Il y a des cloches qui sonnent, des fanfares qui dissonent, du vent dans les arbres et, dans l’ombre, de vieilles tombes rongées par le temps. Il y a des hommes qui creusent la terre grasse, des alignements de drapeaux jaune et bleu qui vibrent, des chants de deuil qui s’élèvent et se changent en chants de guerre: «Gloire à l’Ukraine! Gloire à nos héros!» Il y a des femmes, des mères qui pleurent à genoux. Les fossoyeurs se retirent. Contrechamp: la caméra dévoile les nouvelles tombes. C’est une masse compacte, confuse de fleurs, de bougies, de photos, l’expression hébétée du deuil. En douze minutes, Champ de Mars (2026) exprime l’absurdité de la guerre avec une force inouïe et proclame le talent de Sergei Loznitsa, un des trois invités d’honneur de Visions du Réel.

Né en 1964 dans la Biélorussie soviétique, il n’y reste que deux mois, ses parents ayant la «bonne idée» d’aller s’établir à Kiev. Tandis que nombre de cinéastes sèchent l’école pour hanter les cinémathèques, Sergei Loznitsa étudie les mathématiques à l’Université polytechnique de Kiev. Diplômé en ingénierie et mathématiques, il travaille à l’Institut de cybernétique de Kiev. En 1991, attiré soudain par les lettres et les arts, il s’inscrit au prestigieux Institut national de la cinématographie de Moscou, dont il sort diplômé sept ans plus tard.