« First Cow » : Histoire d’amitié dans l’Oregon
Même dans cette petite ville tranquille de Nouvelle-Angleterre, parviennent, à la télévision, à la radio, dans la rue, les échos du monde, ceux de la guerre du Vietnam. Il y a dix ans, dans Night Moves, Kelly Reichardt s’intéressait déjà à la politique, en mettant en scène un groupe d’éco-terroristes menés par Jesse Eisenberg, Dakota Fanning et Peter Sarsgaard. La politique sert ici de toile de fond au portrait d’un homme qui reste opaque dans ses motivations. Alors qu’autour de lui, la jeunesse manifeste, se rebelle contre la politique de son pays, « JB » paraît extérieur aux événements qui l’entourent. Il semble juste vouloir tromper son ennui en se lançant dans un improbable casse.
Braquage matérialiste
Avec The Mastermind, Kelly Reichardt signe un film de braquage totalement décalé. On en retrouve les éléments : la préparation du plan, l’exécution, l’enquête, la cavale… Mais, jamais, la cinéaste ne se conforme au récit hollywoodien classique. Elle signe au contraire un thriller en mode mineur, qui se contente de décrire, de façon très matérialiste, naturaliste, les actions de son protagoniste. Toute la tension reposant sur l’excellente partition jazzy de Rob Mazurek.
L’Oregon selon Kelly Reichardt
À l’écran, l’Anglais Josh O’Connor (vu en prince Charles dans la série The Crown, mais aussi face à Zendaya dans Challengers ou dans La Chimère d’Alice Rohrwacher) est une fois encore fascinant à observer, portant, avec son sourire triste et ses épaules baissées, un thriller en sourdine.
Si l’on prend plaisir à retrouver la singulière Alina Haim — vue dans Licorice Pizza et One Battle After Another de Paul Thomas Anderson —, on regrette que son personnage soit aussi transparent. Mais c’est bien là l’ambition, un peu casse-gueule de Reichardt, de signer un film tout en délicatesse, sans jamais se plier aux codes du genre, pour se jouer des attentes du spectateur et imposer son propre rythme et son regard humaniste…

Dans « The Mastermind », on retrouve avec bonheur Alana Haim, découverte dans « Licorice Pizza » de Paul Thomas Anderson. ©Cinéart
©CinéartThe Mastermind
Drame Scénario, réalisation et montage Kelly Reichardt Photographie Christopher Blauvelt Musique Rob Mazurek Avec Josh O’Connor, Alana Haim, John Magaro, Hope Davis… Durée 1h50