Les acteurs et les spectateurs du match de 3e ligue valaisanne de football entre le FC Lens Chermignon et St-Léonard (1-1) ont eu droit à un match un peu particulier, samedi soir. L’arbitre de la partie était en effet muni d’une… bodycam. Il dit avoir constaté un changement de comportement des joueurs.
Dans le cadre d’un projet pilote de l’UEFA visant l’introduction de bodycams dans le football amateur, l’Association valaisanne (AVF) a fait oeuvre de pionner, samedi soir, lors d’un match disputé au Stade du Christ-Roi entre le FC Lens Chermignon, leader du groupe 1 de 3e ligue valaisanne, et le 5e St-Léonard.
L’utilisation de bodycams (caméras corporelles) dans le football amateur est en cours de développement, principalement pour protéger les arbitres contre les agressions verbales et physiques des joueurs et des entraîneurs, voire des spectateurs.
Bodycam sur un arbitre lors de la présentation d’un projet pilote de l’UEFA, le 18 avril 2026. [© KEYSTONE / LOUIS DASSELBORNE – LOUIS DASSELBORNE]
Ces caméras, portées sur la poitrine par l’arbitre principal, via un harnais, enregistrent les matchs et situations conflictuelles, servant de preuve et d’outil de dissuasion. Cette expérimentation est soutenue par plusieurs fédérations internationales pour réduire les incivilités.
Activée dans les moments « chauds »
Un arbitre muni de cette technologie devra préciser aux responsables des deux équipes, en amont de la partie, qu’il activera sa caméra durant le match, si besoin. Il pourra en expliquer le fonctionnement aux capitaines des deux formations, si ceux-ci le désirent. Il leur rappellera l’utilisation potentielle de sa bodycam, juste avant le coup d’envoi du match.
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La bodycam n’enregistre pas l’intégralité de la rencontre. Elle est activée uniquement qu’en cas de moments jugés « chauds » par l’arbitre. Cela peut être le cas lorsque ce dernier se sent en danger, en cas d’expulsion ou à la suite de toutes autres décisions qui pourraient faire monter la tension sur le terrain ou en cas de comportements inappropriés d’un entraîneur, d’un dirigeant ou d’un spectateur. Cette technologie ne s’apparente en aucun cas à une sorte de VAR du football amateur.
Cet événement se voulait « une opportunité de découvrir concrètement ce dispositif innovant et d’échanger autour de ses enjeux sportifs, organisationnels et réglementaires », résume l’AVF, dans un communiqué.
« On se sent moins seul »
La rencontre-test entre le FC Lens Chermignon et le FC Saint-Léonard a été dirigée par Bruno Ferreira, 44 ans, dont vingt comme arbitre en Valais. Contacté par la RTS, l’homme en noir est revenu sur cette première « bonne expérience », au cours de laquelle il a distribué six cartons et allumé deux fois sa bodycam « au moment d’une faute dangereuse ou avant de sortir une carte » – en plus des essais demandés par les organisateurs.
Bruno Ferreira confirme avoir senti un comportement différent de la part des joueurs sur le terrain. « Ils étaient au courant et ont changé leur manière d’agir. Habituellement, lors d’une faute ou s’ils ne sont pas d’accord, ils viennent réclamer. Là, ils se sont dit ‘On est filmé, donc on arrête tout de suite' », explique-t-il.
Bodycam sur l’arbitre Bruno Ferreira lors de la présentation d’un projet pilote de l’UEFA, le 18 avril 2026. [© KEYSTONE / LOUIS DASSELBORNE – LOUIS DASSELBORNE]
Le Valaisan confie avoir rarement été victime de violences verbales ou physiques au cours de sa carrière d’arbitre. Toutefois, il se dit favorable à la pérennisation de l’utilisation des caméras, « pas forcément pour tous les matches, mais seulement quand on sait qu’il peut y avoir un risque ou des problèmes ». Bruno Ferreira voit aussi une utilité pour les jeunes arbitres, pour qui « c’est plus compliqué ».
Et de conclure son ressenti: « Quand on est seul sur un terrain avec vingt-deux joueurs, la caméra nous fait nous sentir moins seul. On a l’impression que quelqu’un est avec nous. »
>> Revoir aussi le reportage de Temps Présent « La guerre des crampons » :
La guerre des crampons / Temps présent / 51 min. / le 15 mars 2012
Jérémie Favre avec l’ats