Après avoir envisagé la suppression totale des paiements en espèces dès 2030, la Suède fait marche arrière. Non pas par nostalgie, mais pour des raisons de sécurité. Le gouvernement a présenté au Parlement un projet de loi qui obligerait les supermarchés et les pharmacies à accepter les paiements en cash.
En Suède, plus de quatre paiements sur cinq se font sans espèces, soit un des taux les plus élevés au monde. C’est assez paradoxal quand on sait que la Banque de Suède a été la première à imprimer des billets en Europe au 17e siècle.
Mais ils ont quasiment disparu de la circulation en 2026. « Je ne sais pas la dernière fois que j’ai eu des espèces sur moi. J’y suis si peu familière que je ne sais même plus à quoi certaines pièces ressemblent », explique Anika, la cliente d’un supermarché suédois, lundi au micro du 12h30. « Mais on nous a dit d’avoir un peu d’argent liquide à la maison. Si tout tombe en panne, on fait comment? On est foutues sans cash! », ajoute Suzanne, une autre cliente.
Les autorités suédoises recommandent en effet de garder environ 100 euros en liquide à la maison en cas de crise, de guerre ou de panne. Le supermarché d’où sortait Suzanne avait d’ailleurs dû fermer après une cyberattaque touchant des centaines de magasins. Mais le retour du cash pose aussi des défis, explique Jonas Gustafsson, directeur commercial de la banque ICA. « Cela augmente le risque de braquages et d’autres incidents dans les magasins. Les menaces deviennent plus importantes. »
Un projet de loi en discussion
Le projet de loi exige aussi que les banques permettent à leurs clients de retirer et déposer des espèces, ce qui engendrera des coûts, « comme ceux liés aux transports sécurisés et aux services de transport de fonds », poursuit Jonas Gustafsson, s’interrogeant sur qui assumera ces coûts.
« En cas de crise, il est clair que les volumes seront plus importants et ça peut représenter beaucoup d’argent à gérer en même temps. Il faut que quelqu’un prenne en charge les risques », détaille-t-il. « Ici, l’État devrait assumer ses responsabilités. J’espère surtout que l’on travaillera davantage sur les solutions numériques, par exemple en augmentant la limite pour les paiements hors ligne. L’argent liquide est une alternative, peut-être pas la meilleure mais c’est peut-être indispensable en cas de crise. »
La force digitale de la Suède et sa dépendance au numérique sont un peu devenues son talon d’Achille dans le climat de tension actuel, notamment avec la Russie.
Ottilia Férey/fgn