Et si l’énergie de demain était déjà là, tout près de nous? A Rossinière, au Pays-d’Enhaut, des maisons sont chauffées grâce au bois des forêts au-dessus du village. Ce projet illustre comment une commune peut exploiter durablement ses ressources locales pour répondre aux enjeux de la transition énergétique.
À Rossinière, les forêts ne se contentent plus d’être un paysage. Elles deviennent une source d’énergie renouvelable et visible. Depuis quelques mois, la commune du Pays d’Enhaut s’est dotée d’une centrale de chauffage au bois d’une puissance de 400 kW.
Cette installation moderne alimente actuellement 21 bâtiments, avec plusieurs nouveaux raccordements prévus d’ici la fin de l’année.
Exploitation durable
Ce projet s’inscrit dans une logique territoriale. « Si une commune est entourée de forêts, il est logique de les utiliser pour se chauffer. Cela permet aussi de créer des emplois locaux et de réduire notre dépendance aux énergies fossiles importées », explique Stéphane Genoud, professeur à la HES-SO Valais et spécialiste des systèmes énergétiques, invité dans l’émission L’Effet papillon sur RTS La 1ère.
« Ici, on exploite la forêt durablement. Chaque année, nos forêts croissent de 45’000 m³, mais nous n’en utilisons qu’un tiers pour le chauffage », précise le syndic de Rossinière Jean-Pierre Nef.
Le bois ne peut pas tout remplacer. Il faut l’utiliser avec parcimonie, dans des communes qui disposent d’un potentiel forestier suffisant
Stéphane Genoud, professeur à la HES-SO Valais et spécialiste des systèmes énergétiques
Rossinière fait figure d’exemple en misant sur une ressource locale et renouvelable, alors que 60% des ménages suisses se chauffent encore au gaz ou au mazout.
Stéphane Genoud met toutefois en garde contre une généralisation excessive de ce modèle : « Le bois ne peut pas tout remplacer. Il faut l’utiliser avec parcimonie, dans des communes qui disposent d’un potentiel forestier suffisant et où les conditions géographiques sont favorables, notamment au-delà de 800 mètres d’altitude ».
>> Ecouter le reportage à Rossinière : De quel bois je me chauffe / L’Effet papillon / 11 min. / hier à 17:13 Eviter les particules fines
Si le chauffage au bois est une solution prometteuse, il n’est pas exempt de défis. Stéphane Genoud rappelle l’importance de limiter les émissions de particules fines, particulièrement dans les zones urbaines. Les installations modernes, comme celle de Rossinière, intègrent des filtres et des technologies avancées pour garantir une combustion propre.
« Une petite installation domestique peut émettre davantage de particules qu’une centrale bien conçue. Les projets collectifs permettent de mieux maîtriser ces aspects », précise le spécialiste.
Un autre enjeu est la préservation des forêts face au changement climatique. En Suisse, certaines essences comme l’épicéa souffrent déjà des températures élevées et des sécheresses répétées.
Rossinière, village du Pays-d’Enhaut. [L’Oeil d’Anouk RTS – Anouk Ruffieux] Changer de rêve pour une transition durable
Utiliser une ressource locale incite à une consommation plus responsable, estime Stéphane Genoud: « On gaspille moins, on fait attention à la chaleur, on ouvre moins les fenêtres. Ce n’est pas seulement une question écologique, c’est une question de respect pour les autres vivants », souligne-t-il.
Pour Stéphane Genoud, la transition énergétique ne se limite pas à une question technologique. Elle implique de revoir en profondeur nos aspirations. Il conclut: « Nous devons changer de rêve. Si nous restons attachés à l’idée de consommer toujours plus, nous n’y arriverons pas. Il faut apprendre à rêver différemment, à consommer moins et mieux ».
Zoé Decker/lia