Après « Oostduinkerke », récit centré sur une maison de famille en mer du Nord, Claire May revient avec « Rêves d’azote ». L’autrice belgo-suisse y raconte l’histoire d’un couple infertile, en vacances en Italie, pendant que six embryons patientent dans l’azote liquide d’un laboratoire lausannois.
« Rêves d’azote », c’est l’histoire d’une femme médecin qui part en Italie avec son amoureux et un livre fétiche: « Au bonheur des morts » (2015) de la philosophe Vinciane Despret. Au même moment, six embryons patientent dans l’azote liquide d’un congélateur du Centre de procréation médicalement assistée de Lausanne, cristallisant ainsi la possibilité d’une descendance pour ce couple infertile.
Un roman basé sur un vécu
Claire May partage quelques points communs avec sa narratrice. Elles sont toutes deux médecins. L’autrice belgo-suisse a également vécu un épisode d’infertilité au sein de son couple. « Je crois que si je n’avais pas vécu cela, je n’aurais pas pu l’écrire ainsi, confie Claire May dans le 12h45 du 14 avril. Mais il y a aussi une part romanesque fictive et tout un travail littéraire autour de la construction du roman », poursuit-elle.
>> A découvrir, l’interview de Claire May dans le 12h45 du 14 avril :
Rendez-vous culture: Claire May présente son roman « Rêves d’Azote » / 12h45 / 7 min. / mardi à 12:45
En ce qui concerne Claire May, l’infertilité lui a donné envie d’écrire, tout en menant une réflexion sur cette affection. « J’avais envie de penser différemment l’infertilité. Pas seulement sous le prisme de l’absence, du manque de l’enfant espéré, mais aussi de concevoir en quoi elle venait mobiliser quelque chose en moi ».
Une mise en abyme
Une fois n’est pas coutume, « Rêves d’azote » aborde la question de l’infertilité avec beaucoup d’humour. Une nécessité, affirme Claire May, surtout « quand on est dans une situation dans laquelle on ne contrôle rien ». Dans ce nouveau roman, il est question de désir de vie, tout en interrogeant la mort et les liens avec les disparus. C’est ce qui est évoqué à travers le livre que la narratrice transporte avec elle: « Au bonheur des morts » de la philosophe Vinciane Despret.
>> A écouter, une interview de la philosophe Vinciane Despret à propos de son dernier ouvrage: « Les morts à l’oeuvre » : Vivre avec nos défunts. / Tribu / 26 min. / le 29 janvier 2026
« Dans ce livre, Vinciane Despret part à la rencontre des endeuillés, de celles et ceux qui ont perdu un être cher. Elle se rend compte que la mort n’est pas une fin inexorable, une absence radicale comme on a l’habitude de la connaître finalement. Elle réalise que les morts ont une puissance mobilisatrice, qu’ils nous poussent, nous les vivants, à penser, à agir, à prendre des tournants dans nos existences, déclare Claire May. J’ai été très touchée par cette manière de mettre en récit la mort. Et je me suis dit: ‘Est-ce qu’il est possible de faire de même avec l’infertilité?’. Et voilà la genèse du livre ».
Des propos recueillis par Julie Evard
Adaptation web: Sarah Clément
Claire May, « Rêves d’azote », ed. Hélice Hélas, mars 2026.