Toute sa vie, Alice Rivaz (1901-1998) a écrit sur les rapports entre les femmes et les hommes, dénonçant, avec franchise, élégance et mordant, les inégalités entre les sexes. Née Alice Golay à Clarens, la romancière choisit le nom de plume d’Alice Rivaz en 1939, au moment de la parution de son premier roman, Nuages dans la main, salué par Ramuz. Rivaz, comme le village de Lavaux, au bord du Léman.

En 1947, deux ans avant Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, elle signe un roman féministe d’une grande modernité, La Paix des ruches. Aujourd’hui, Feu couvert, recueil de textes publiés entre 1943 et 1980, remet une nouvelle fois en lumière son engagement et son talent d’écrivaine. Alice Rivaz évoque le silence et l’invisibilité dans lesquels étaient maintenues les femmes suisses des années 1940, jusqu’à leur obtention tardive du droit de vote, en 1971, et au-delà. Elle montre comment, au quotidien, les tâches ménagères empêchaient les femmes de développer leur liberté, d’avoir le temps de «lire, mais aussi rêver, humer, regarder, écouter, nous laisser enfin submerger par la beauté du monde que nos soucis et nos occupations non-stop nous rendaient souvent invisible». Alors que les personnages masculins du texte Une Marthe (1944) s’adonnent au loisir de la lecture, la narratrice doit raccommoder leurs chaussettes.