La stabilité avec les nazis plutôt que la chienlit avec les partis démocratiques. Les patrons allemands choisissent Adolf Hitler à l’hiver 1933. Au Théâtre du Vieux-Colombier à Paris jusqu’au 3 mai, Jean Bellorini, qui prendra la direction du Théâtre de Carouge en janvier, orchestre le grand bal des scélérats, où s’illustrent les formidables Laurent Stocker, Julie Sicard, Jérémy Lopez et Baptiste Chabauty, tous de la Comédie-Française. Ils jouent L’Ordre du jour (Ed. Actes Sud), récit en forme de précis de décomposition qui valait à Eric Vuillard le Prix Goncourt en 2017. Le spectacle est à la hauteur de sa phrase, impitoyablement ironique, joueuse dans un bain de noirceur.
Qu’est-ce que cet Ordre du jour? Cette ouverture d’abord: Adolf Hitler en salopette juché sur une échelle revisse une ampoule. Court-circuit. Vous venez d’entrer au royaume des ombres, sur un chant qui froufroute entre les plis de la tragédie. Sur scène, un grand miroir reflète la foule du Vieux-Colombier. Devant vous, des rangées de mocassins lustrés par un chiffon maniaque affichent leur bonne santé. Prospérité, ordre, obéissance. Quatre très grosses têtes – des masques – chauves saluent cette sainte trinité. Elles racontent la réunion du 20 février 1933, où 24 industriels allemands font assaut de politesse devant Hermann Goering, le maître de la propagande et futur fondateur de la Gestapo, et Adolf Hitler.