Le passage à la cantine peut devenir un casse-tête pour les familles dont les enfants souffrent d’allergies alimentaires. A Collonges-Bellerive (GE), la commune propose depuis la rentrée scolaire des repas spécialement adaptés. Une initiative pionnière dans le canton de Genève, mais pas en Suisse romande.
Jusqu’ici, les parents concernés devaient fournir un panier-repas. A la demande de plusieurs familles, la commune a décidé de franchir le pas. Le dispositif s’adresse aux élèves allergiques aux dix allergènes les plus répandus.
Pour en bénéficier, un formulaire doit être rempli et certifié par un médecin, les parents et le GIAP, le groupement intercommunal pour l’animation parascolaire.
Pour l’heure, parmi les plus de 550 élèves inscrits dans les restaurants scolaires de Collonges-Bellerive, il y en a trois qui bénéficient de ce service.
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10 francs par repas
Les parents paient le même prix que les autres, soit 10 francs par repas. La commune prend en charge les coûts supplémentaires. Pour la maire de Collonges-Bellerive, Carole Lapaire, cette démarche va de soi. « Cela me semble être une évidence pour nous, pour les communes », souligne-t-elle mercredi dans La Matinale
Ailleurs en Suisse romande, des villes comme Morges, Yverdon-les-Bains, Neuchâtel ou Fribourg proposent déjà des repas spécifiques pour les enfants allergiques.
Une pratique difficile à appliquer partout
Dans le canton de Genève, la pratique reste toutefois limitée. En cas d’allergie simple, lorsqu’un aliment est visible, il est retiré de l’assiette. Lorsque l’allergie est plus complexe et que l’allergène se trouve dans des préparations moins évidentes, comme un pesto, les parents doivent fournir un panier-repas.
En ville de Genève, parmi les plus de 7500 enfants qui mangent dans les restaurants scolaires, environ 230 doivent amener leur nourriture.
Selon la conseillère administrative Christina Kitsos, il serait difficile d’appliquer la même pratique en ville de Genève qu’à Collonges-Bellerive, en raison du volume d’élèves et pour des questions de sécurité.
Un risque faible mais réel
La question met en balance prudence et inclusivité. Une étude menée par les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) a recensé pendant un an les incidents liés aux allergies alimentaires dans les cantines scolaires du canton. Sur environ 20’000 repas distribués chaque jour, seulement 16 incidents ont été enregistrés.
Pour Philippe Eigenmann, chef de l’unité d’allergologie pédiatrique à l’origine de l’étude, les communes doivent s’adapter à cette problématique de santé publique, mais les parents ont aussi un rôle à jouer en matière de prévention.
« Pendant des années, on a évité l’introduction des allergènes et on s’est rendu compte en fait qu’on était en train de rater une fenêtre de tolérance, c’est à dire une introduction à un âge où l’enfant va plutôt tolérer l’aliment. Et cet âge, c’est dans la première année de vie ».
En Suisse, entre 5 et 10% des enfants souffrent d’allergies alimentaires. L’œuf arrive en tête, suivi des différents types de noix.
Gianluca Agosta