La Chine a testé le 11 avril un nouvel outil capable de couper des câbles sous-marins à 3500 mètres de profondeur, dans un contexte de tensions croissantes autour des infrastructures critiques.
Lors de ce test, un navire de recherche a déployé un dispositif de découpe jusqu’à 3500 mètres sous la surface. Il s’agit d’un système compact combinant une pompe hydraulique, un moteur électrique et une unité de contrôle en un seul bloc.
L’appareil utilise une meule recouverte de diamant capable de trancher des câbles blindés, composés notamment d’acier, de caoutchouc et de polymères.
Une menace pour les liaisons internet
Cette avancée suscite des inquiétudes, car les câbles sous-marins constituent l’épine dorsale d’internet.
Plus de 95% du trafic mondial de données transite par environ 1,5 million de kilomètres de câbles posés au fond des océans. Ils transportent notamment des courriels, des transactions bancaires ou encore des communications militaires.
Pékin affirme que cet outil est destiné à des usages civils, comme la maintenance de pipelines ou l’exploitation des ressources marines. Mais c’est la première fois qu’un État reconnaît publiquement disposer d’une telle capacité de sectionnement.
Une série d’incidents en mer Baltique
Ce test intervient dans un contexte de multiplication des incidents en mer Baltique, devenue un point de tension stratégique. Depuis 2022, une dizaine de câbles y ont été endommagés. En novembre 2024, deux câbles ont été coupés presque simultanément entre la Suède et la Lituanie, puis entre la Finlande et l’Allemagne. Un cargo chinois, le Yi Peng 3, a alors été suspecté.
Un mois plus tard, en décembre 2024, un pétrolier lié à la « flotte fantôme » russe a sectionné un câble électrique entre la Finlande et l’Estonie.
Face à ces menaces, l’Otan a lancé une opération de surveillance baptisée « Baltic Sentry ».
>> Revoir le reportage du 19h30 sur la surveillance de la marine estonienne :
La marine estonienne veille sur les câbles sous-marins de la Baltique. Reportage / 19h30 / 3 min. / le 18 février 2025 La capacité existe déjà ailleurs, sans être affichée
La Chine n’est toutefois pas la seule à disposer de moyens d’intervention sur les câbles sous-marins. Pendant la Guerre froide, les États-Unis avaient déjà mené des opérations d’espionnage, notamment avec l’opération Ivy Bells, consistant à poser des dispositifs d’écoute sur des câbles soviétiques.
Aujourd’hui encore, la Russie et les États-Unis disposent de sous-marins et de robots capables d’atteindre ces infrastructures. La différence réside dans le fait que Pékin est le premier à afficher ouvertement ce type de capacité.
Une analyste du Mercator Institute évoque une « démonstration de force », destinée à signaler que la Chine peut perturber des infrastructures critiques si nécessaire.
Des zones particulièrement exposées
Certaines régions apparaissent plus vulnérables que d’autres. Taïwan, notamment, dépend de 24 câbles sous-marins pour ses communications avec le reste du monde, dont plusieurs ont déjà été endommagés ces dernières années.
Les câbles autour de Guam, base militaire stratégique américaine dans le Pacifique, sont également considérés comme sensibles.
En cas de conflit, la capacité de la Chine à sectionner ces liaisons pourrait permettre d’isoler rapidement un adversaire sur le plan numérique. À de telles profondeurs, les réparations pourraient prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
Pascal Wassmer/juma