Avant la projection du film, le réalisateur Jonas Spriestersbach a prévenu les spectateurs: voir Meanwhile in Namibia, c’est «comme lorsqu’on fait du car sharing et qu’on tombe sur une équipe tenant des propos nauséabonds». La comparaison est juste. Le film donne à voir la bonne conscience post-coloniale dans un pays où règne l’inégalité économique et sociale. L’Allemagne a colonisé la Namibie en 1884. Le premier gouverneur, Heinrich Göring, est le père d’Hermann Göring, ce qui fait dire à un indigène facétieux que les camps de concentration ont été inventés en Afrique du sud-ouest avant d’être exportés en Allemagne… Entre 1904 et 1908, l’administration coloniale allemande ordonne l’extermination du peuple Héréro – entre 80 000 et 150 000 personnes tuées. Ce massacre est considéré comme le premier génocide du XXe siècle.
Meanwhile in Namibia dévoile une forme de néo-colonialisme soft, de discrimination aimable. Les Noirs triment et végètent, les Blancs mènent le bal et font des affaires. Les premiers fabriquent les barbelés que les seconds disposeront autour de leur sweet home. Le tourisme est une industrie florissante. Des managers affables travaillent sur des projets de «musée ethnique vivant» renvoyant forcément au «village nègre» de l’Exposition nationale de Paris (1889) et autres zoos humains de triste mémoire. Les membres de différentes ethnies sont invités à reproduire des activités séculaires. Ils bâtissent des huttes en torchis et sculptent des crocodiles en bois. Lorsque le 4×4 d’un touriste arrive, ils se dépêchent de troquer leurs jeans contre le pagne réglementaire.