Sa mémoire est sonore. Il se souvient de la musique du camion à glaces qui surgissait du coin de la rue, au nord de Chicago. Il chantonne «do your ears hang low?» et, immédiatement, lui revient le goût de la fusée à l’eau. Il se souvient du crépitement du vinyle lorsque son frère est arrivé à la maison avec trois exemplaires de l’album Voodoo de D’Angelo. «Un pour lui, un pour mon père, un pour moi.» En l’an 2000, Isaiah Sharkey avait 11 ans. Il ignorait que ce son-là le poursuivrait toute sa vie.

Il est ce qu’on appelle, avec cette expression ambiguë qui dit autant l’admiration que le soupçon, un guitariste pour guitaristes. «Pour moi, c’est un compliment. Depuis mon plus jeune âge, j’ai appris mon instrument en écoutant les géants qui m’ont précédé.» Son père est un musicien professionnel, pianiste, batteur, de jazz, de funk – il y a des instruments à disposition partout pour les six frères et sœurs qui, le dimanche, tiennent l’orchestre de l’église, quand papa prêche.