Il y a des tendances dont on se serait bien passé, et le looksmaxxing en fait partie. Ce phénomène désigne un ensemble de pratiques consistant à “optimiser” son apparence pour arriver à la “meilleure version de soi-même”. Cette tendance a explosé sur Internet vers 2020, d’abord comme une sous-culture, puis a progressivement touché un plus large public. Le looksmaxxing cristallise une certaine vision de la beauté chez les jeunes hommes, et encourage l’adoption de standards extrêmes : entraînement physique intensif, injections hormonales, massages sculptants, soins de la peau rigoureux et chirurgie esthétique.

Mais cette quête effrénée d’un idéal esthétique radical est également en grande partie liée à la culture incel, ou “célibataires involontaires”. Pour rappel, ces hommes hétérosexuels s’estiment exclus de la vie amoureuse et sexuelle par la société et ses normes actuelles, ce qui se traduit souvent par des attitudes toxiques et persécutrices envers les femmes, qu’ils considèrent comme la cause de leur marginalisation.

Le looksmaxxing s’impose donc comme une réponse paradoxale à cette exclusion, prétendant atteindre des standards de beauté exceptionnels même lorsque, selon ses adeptes, la vie ne vous a pas offert tous les atouts esthétiques traditionnellement considérés comme tels (taille, largeur des épaules, etc.). Le contenu partagé en ligne peut parfois sembler inoffensif, comme des énièmes conseils beauté et fitness, mais dissimule souvent une exaltation débridée du physique, de la beauté et du pouvoir exercé par l’apparence, excluant et ridiculisant celles et ceux qui n’atteignent pas certains niveaux d’attractivité. Le lien entre cette tendance et la culture incel a refait surface ces dernières semaines grâce à une interview de l’un des ambassadeurs les plus connus et controversés du looksmaxxing, l’influenceur américain Braden Eric Peters, ou “Clavicular”.

Clavicular s’est fait connaître sur Internet pour avoir pratiqué et recommandé des méthodes extrêmement dangereuses afin de booster son apparence, notamment la consommation de méthamphétamine pour rester mince et l’infliction de microfractures aux os du visage à l’aide d’un marteau pour remodeler la mâchoire. Il a également été au cœur de démêlés judiciaires et de controverses après avoir provoqué et filmé une bagarre entre deux femmes, avoir ouvert le feu sur un alligator, et qualifié le vice-président américain JD Vance de “sous-homme” qui ne prendrait pas suffisamment soin de son physique. Interviewé par le journaliste Adam Hegarty pour l’émission 60 Minutes Australia, Clavicular a quitté le plateau en signe de protestation après avoir été interrogé sur ses liens avec la culture incel et des figures notoires de la manosphère comme Andrew Tate, désormais accusé de viol et de trafic d’êtres humains.

“Te définis-tu comme un incel ?”, lui a demandé Adam Hegarty. Il a répondu : “Comment peux-tu me poser cette question après m’avoir interrogé sur mes relations avec les femmes ? Franchement, c’est la pire question que j’aie jamais entendue.” Le journaliste a alors reformulé : “Le looksmaxxing est un terme manifestement créé par la communauté incel. Que penses-tu d’être associé à ce groupe ?” Ce qui a provoqué une nouvelle réponse cinglante : “Je ne suis absolument pas associé à ce groupe”, a ajouté Braden Eric Peters. “Le looksmaxxing, c’est chercher à s’améliorer, non ? Donc, potentiellement, sortir de cette catégorie.” L’influenceur a ensuite quitté le studio d’enregistrement, juste après que le journaliste l’a interrogé sur ses relations avec des personnalités comme Andrew Tate : “Je vois que tu essaies de me faire faire une déclaration politique. Dommage que je n’aie pas eu le temps de me renseigner sur toi, ou sur la personne avec qui tu as trompé ta femme…” Puis, apprenant que le journaliste n’était pas marié : “J’aurais pu t’expliquer le looksmaxxing et ça aurait pu te changer la vie.”

Initialement publié sur GQ Italie