Retraité depuis 2018 et son 6e et dernier titre national avec Zurich, Mathias Seger (48 ans) coule désormais des jours paisibles, en famille. L’ex-défenseur saint-gallois, reconverti en livreur de bières à vélo, s’est replongé dans sa propre légende pour RTSsport.ch.
Non, le mot « légende » n’est pas exagéré pour définir Mathias Seger. Car celui-ci, après avoir disputé 16 Mondiaux et 4 Jeux olympiques, a été désigné par la Fédération internationale (IIHF) comme l’un des 2 meilleurs défenseurs suisses de tous les temps en 2020. L’autre heureux élu n’étant autre que Mark Streit, son compère de longue date en club et en sélection.
En compagnie de ce dernier, le Saint-Gallois a surtout été introduit au Temple de la renommée de cette même IIHF! « Cela me rend très fier. C’est même un peu irréel, quand on pense à tous ces géants qui y figurent aussi », nous avoue-t-il à l’autre bout du fil.
En clair, l’ancien capitaine des ZSC Lions et de la Nati a incarné, en compagnie d’autres joueurs, le renouveau du hockey helvétique dès le tournant du siècle. Et ce en triomphant en 2009 avec le « Z » en Ligue des champions, et en devenant vice-champion du monde en 2013 à Stockholm. Entretien avec un homme modeste et plein d’humour.
Je livre des bières à domicile et ça rend les gens heureux. C’est beau!
Mathias Seger
RTSsport.ch: Comment se passe votre nouvelle vie d’homme au foyer?
MATHIAS SEGER: Je voulais permettre à ma femme de travailler à 100%. Je me suis donc occupé de mes 2 filles, et même parfois des enfants des voisins. A midi, je devais de temps en temps cuisiner pour 8 bambins. C’était un privilège de vivre ces moments. Mais maintenant, mes filles ont grandi. C’est devenu plus calme à la maison… Ce qui me laisse plus de temps pour d’autres projets.
RTSsport.ch: L’occasion de remettre les patins?
MATHIAS SEGER: Oui, je travaille dans le mouvement juniors des ZSC Lions, avec les M14 et les M21. J’y prends beaucoup de plaisir. Il ne faut jamais dire jamais, mais je ne me vois pas revenir derrière un banc au plus haut niveau (cf. encadré ci-dessous). J’ai adoré les émotions qu’on ressent en tant que joueur, et la vie d’équipe. Un coach est davantage dans l’analyse.
RTSsport.ch: Vous avez aussi fondé une brasserie.
MATHIAS SEGER: Nous comptons désormais 1000 actionnaires, mais je ne suis plus dans le conseil d’administration. Une fois par semaine, je travaille pour cette entreprise comme livreur à vélo.
RTSsport.ch: Un monument du hockey suisse reconverti en coursier, c’est particulier!
MATHIAS SEGER: J’apporte des bières aux gens et ça les rend heureux. C’est beau! En effet, c’est mieux que de leur amener des factures (rires).
Finir sur un titre? On ne peut pas rêver meilleure conclusion
Mathias Seger
RTSsport.ch: Retournons dans le passé. Vous avez fini votre carrière en beauté en 2018, avec un 6e titre de champion.
MATHIAS SEGER: On ne peut pas rêver meilleure conclusion. C’était surréaliste, comme dans un film hollywoodien. Je n’avais pas apporté une grande contribution en playoffs (réd: 0 point en 14 rencontres, bilan de -3). Je suis donc d’autant plus heureux que les gars m’aient permis de soulever ce trophée.
Hockey / NL : Zurich remporte le titre ! / Sport dimanche / 5 min. / le 29 avril 2018
RTSsport.ch: On vous a toutefois retiré le capitanat pour votre dernière saison.
MATHIAS SEGER: Pour moi, la décision du directeur sportif Sven Leuenberger n’était pas un gros problème. C’était spécial, mais en même temps positif que ce changement s’opère alors que j’étais encore actif. Cela a permis à Patrick Geering (réd: capitaine du « Z » depuis lors) de soigner la transition. Je restais tout de même capitaine assistant, donc mon rôle ne changeait pas énormément.
RTSsport.ch: Dans un épisode précédent de « Dans le rétro », Thibaut Monnet, votre ex-coéquipier à Zurich, soulignait que vous marquiez peu, mais souvent des buts importants. Notamment lors des séries en 2012 (par exemple lors de l’acte V de la finale, cf. ci-dessous).
MATHIAS SEGER: Je n’ai pas marqué tant de buts décisifs que ça… Ce qui est sûr, c’est que j’aimais les défis. Je sautais volontiers sur la glace pour les situations « chaudes ». En tant que capitaine, j’essayais toujours d’inspirer mes coéquipiers en me donnant à fond.
5e acte Berne-Zurich (1-2) : Mathias Seger offre un sursis à Zurich dans les prolongations, il y aura un 6e acte / Hockey sur glace / 1 min. / le 12 avril 2012
Contre Chicago, on avait livré le match parfait
Mathias Seger
RTSsport.ch: Le triomphe de Zurich en Ligue des champions en 2009, 7-2 au total face à Magnitogorsk en finale, reste aussi un moment marquant de votre parcours. Vous aviez inscrit le 3-0 lors de la finale retour (cf. vidéo ci-dessous dès 00″25), gagnée 5-0 à Rapperswil.
MATHIAS SEGER: C’était cool de se mesurer à la crème de la crème, car les clubs russes étaient justement de la partie à l’époque. Les longs déplacements durant cette campagne européenne avaient soudé l’équipe. D’habitude, durant le championnat, chacun rentre chez lui après un entraînement ou un match. Mais là, nous passions beaucoup de temps ensemble. Le coach Sean Simpson nous avait parfaitement préparés pour chacune de ces parties. D’autre part, Zurich n’est pas un club très aimé en Suisse. Pourtant, toute la Suisse du hockey nous avait soutenus. On avait même eu droit à une ovation debout à Bienne en championnat. C’était incroyable!
L’actualité sportive avec Maïque Perez / 12h45 / 1 min. / le 29 janvier 2009
RTSsport.ch: Quelques mois plus tard, vous remportiez la Victoria Cup, sorte de Mondial des clubs, 2-1 au Hallenstadion face aux Chicago Blackhawks. Où évoluaient Patrick Kane, Jonathan Toews, Cristobal Huet et Cie.
MATHIAS SEGER: On avait livré le match parfait. Les Blackhawks nous avaient sans doute sous-estimés, car ils restaient sur un succès facile contre Davos la veille (réd: 9-2). Là aussi, c’était cool d’affronter ces stars de NHL. Si on avait rejoué ce duel 100 fois, je pense qu’on l’aurait probablement perdu à 99 reprises.
Mathias Seger serre la main de Jonathan Toews après la victoire 2-1 du « Z » lors de la Victoria Cup face à Chicago, en septembre 2009. [Keystone – Steffen Schmidt]
A Rapperswil, c’étaient 3 années géniales
Mathias Seger
RTSsport.ch: Un mot sur vos débuts en LNA à Rapperswil, de 1996 à 1999?
MATHIAS SEGER: C’étaient vraiment 3 années géniales. Il y avait de bons gars et une belle ambiance dans le vestiaire. Le coach Pekka Rautakallio m’avait offert la chance d’évoluer aux côtés du Finlandais Kari Martikainen. C’était un défenseur de classe mondiale. Il m’avait pris sous son aile et m’avait beaucoup appris, du haut de mes 18 ans. En parallèle, j’avais pu finir mon apprentissage de polymécanicien, durant lequel j’ai noué de belles amitiés.
RTSsport.ch: Le point négatif du club saint-gallois, à l’époque, c’était ses chandails plutôt hideux.
MATHIAS SEGER: Je ne connaissais pas encore le design des maillots au moment de signer mon contrat (rires). En réalité, ce n’était pas si important. On n’y faisait pas attention… C’était une belle période, où le sport n’était pas aussi professionnalisé qu’aujourd’hui.
Mathias Seger (à gauche) sous le maillot de Rapperswil en janvier 1997. Un maillot -et un casque- au design pour le moins hasardeux. [Freshfocus – Andy Mueller]
Mon but a toujours été de faire partie des meilleurs. Et on retrouve ceux-ci en équipe nationale
Mathias Seger
RTSsport.ch: Votre carrière internationale fut également prolifique. Cerise sur le gâteau, la médaille d’argent au Mondial 2013, là aussi sous l’égide de Sean Simpson.
MATHIAS SEGER: Ce Championnat du monde à Stockholm était incroyable. Nous avons fait tout juste, jusqu’à la finale (réd: défaite 5-1 contre la Suède)… C’était l’aboutissement des progrès réalisés par l’équipe nationale durant les années précédentes. Grâce au sélectionneur Ralph Krueger (réd: en poste jusqu’à 2010), mais pas seulement. Du bon travail avait aussi été réalisé dans les sélections suisses juniors.
Finale, Suède – Suisse (5-1): la remise de la médaille d’argent pour les joueurs suisses / Hockey sur glace / 4 min. / le 19 mai 2013
RTSsport.ch: Après 2014, vous n’avez plus été convoqué pour un grand tournoi. Ce n’était pourtant pas l’envie qui manquait.
MATHIAS SEGER: Mon but a toujours été de faire partie des meilleurs. Et on retrouve ceux-ci en équipe nationale. C’est pour ça que je refusais de renoncer à la sélection, jusqu’au bout. J’ai toujours donné mon maximum, et quand ce n’était plus suffisant pour prétendre à une convocation, je l’ai accepté. C’était plus facile à digérer en sachant que mon engagement n’a jamais faibli.
RTSsport.ch: Andres Ambühl, retraité depuis le Championnat du monde 2025, a battu 2 de vos records. A savoir le nombre de sélections et de Mondiaux disputés avec l’équipe nationale, qu’il a portés respectivement à 352 et 20. Vous en êtes « resté » à 305 et 16.
MATHIAS SEGER: Je suis content pour Andres. C’est un bon gars, avec le coeur sur la main et les pieds sur terre. Et c’était un joueur incroyable. Ce qui me réjouit aussi, c’est que désormais les journalistes l’appellent lui -à part vous- lorsqu’il s’agit d’évoquer ces sujets (rires). Plus sérieusement, dès qu’il mettait ses patins, il devenait une machine. Il a su faire durer la passion et l’énergie qu’il amenait sur la glace jusqu’à un âge avancé. C’est exemplaire.
Interview: Michaël Taillard
Sujet vidéo: John Nicolet