L’émission On en parle a acheté des graines dans les huit principales enseignes qui en proposent en Suisse romande. Le résultat est édifiant: les graines conventionnelles peuvent être jusqu’à 15 fois plus chères d’une marque à l’autre, et les bio jusqu’à 8 fois plus chères. De plus, la provenance est parfois incertaine.

Le contenu de 65 sachets vendus par 11 marques différentes – des graines de salade à tondre, de radis ronds, de courgettes, de basilic et de capucines – a été pesé sur une balance au dixième de milligramme dans le laboratoire de la section de chimie et de génie chimique de l’EPFL. Bonne surprise: tous les sachets sauf deux contenaient un poids de graines supérieur à ce qui était indiqué sur le paquet. A noter que ce poids peut fluctuer de 10% à 20% en fonction de l’humidité, les semences étant des organismes vivants.

Les prix par gramme et la provenance des échantillons ont ensuite été comparés.

À consulter: les résultats complets de l’enquête

Tableau comparatif du prix des graines. [On en parle/RTS - Frédérique Volery, Delphine Sage et Deborah Maida] Tableau comparatif du prix des graines. [On en parle/RTS – Frédérique Volery, Delphine Sage et Deborah Maida] Des graines jusqu’à 15 fois plus chères selon la marque

Les radis ronds Riesenbutter conventionnels, par exemple, coûtent 10 centimes par gramme chez Lidl contre 1,57 franc pour ceux de la marque Sperli (achetés chez Obi), qui figure parmi les marques les plus chères avec Floraself. L’Allemand Sperli justifie ses prix par la qualité, les variétés et l’approvisionnement, tout en soulignant que les détaillants suisses fixent librement les prix, souvent plus élevés chez nous à cause des coûts d’exploitation et de logistique importants.

Du côté de Lidl Suisse, qui a la palme des graines les moins chères, Sylvain Jaccard, son porte-parole, explique leur recette pour proposer des graines bon marché: « Nous sommes présents dans un peu plus de 30 pays. Lorsque nous commandons des graines, cela ne va pas être seulement pour un pays, mais pour des millions de jardiniers ou de jardinières en Europe. Ces volumes d’achat nous permettent de négocier des tarifs que d’autres n’auront pas dans le cas d’une commande uniquement pour la Suisse. »

En matière de provenance, « la réglementation ne nous oblige pas à la mentionner pour ce type de produit », poursuit Sylvain Jaccard, qui explique que les graines du test provenaient de cinq pays: l’Inde, la Chine, l’Italie, le Danemark et la Tanzanie.

Manque de traçabilité

On en parle a présenté les résultats de son enquête à Antoine Meier, maraîcher au sein de l’entreprise d’agriculture écologique Praz Bonjour à Blonay. Les résultats ne l’étonnent pas. « Les différences de prix peuvent être expliquées en partie par le manque de traçabilité des graines. Par exemple, certaines indiquent être produites en Suisse, d’autres Suisse/Europe. On ne sait donc pas s’il s’agit de la Suisse ou de l’Europe. »

Il questionne également les circuits et les marges de la grande distribution. « S’il y a beaucoup d’intermédiaires, on ne sait pas qui va marger. Ils sont libres de pratiquer les prix qu’ils souhaitent. »

Antoine Meier attire l’attention sur les variétés avec la mention hybride F1. « Ce sont des obtentions de l’agro-industrie qui sont souvent brevetées et qui coûtent cher à produire par rapport à des variétés traditionnelles. Après, certaines variétés traditionnelles rares peuvent aussi coûter cher à la production. »

Conclusion: les graines les moins chères sont celles qu’on produit soi-même ou qu’on échange, dans des grainothèques ou via les réseaux sociaux.

Sujet radio: Frédérique Volery, Delphine Sage et Deborah Maida

Adaptation web: Myriam Semaani