Alors que des élections législatives israéliennes doivent se tenir dans les prochains mois, Jean-Paul Chagnollaud, spécialiste du Moyen-Orient, estime dans Tout un monde que même sans le Premier ministre actuel, Benjamin Netanyahu, la politique extérieure d’Israël ne devrait pas changer, la population étant largement unie sur ces questions. Seule la politique intérieure pourrait évoluer.
Jean-Paul Chagnollaud, professeur émérite des universités, identifie plusieurs clivages structurels dans la société israélienne: le refus des ultra-orthodoxes de faire leur service militaire, les oppositions entre laïcs et religieux, et entre droite et extrême droite.
« Les clivages actuels sont anciens et renforcés par la politique intérieure de ces dernières années », observe-t-il jeudi au micro de la RTS. Ils sont visibles au sein même de la Knesset, le Parlement israélien. « Elle est élue au suffrage universel direct, à la représentation proportionnelle, donc c’est véritablement le miroir de la société israélienne. » Il relève qu’une bonne dizaine de partis composent la Knesset aujourd’hui, et qu’ils seront tout autant à se présenter aux législatives d’octobre, entraînant les mêmes difficultés que lors des scrutins précédents pour constituer un gouvernement.
En revanche, sur la politique extérieure, Jean-Paul Chagnollaud estime que la population israélienne partage la même vision. Il identifie un consensus au sein de la société pour « la destruction du régime iranien », un rassemblement autour de « la lutte contre le Hezbollah », et assure qu' »une large majorité essaye d’écraser la question palestinienne ».
>> L’interview de Jean-Paul Chagnollaud dans Tout Un Monde : Les Israéliens sont-ils unis? Avec Jean-Paul Chagnollaud / Tout un monde / 8 min. / jeudi à 08:13 « Pas de changement » de politique extérieure
Selon l’auteur d' »Oublier ou punir? Justice pénale internationale et politique » (éd. Cavalier Bleu), la politique extérieure de l’Etat hébreu ne devrait pas changer sur ces trois points. « C’est absolument évident », souligne-t-il. « Il y a un discours un peu différent, mais sur le fond, il n’y aura rien de changé », dit-il en faisant référence au discours de Yaïr Lapid, chef de l’opposition, en conférence de presse deux jours plus tôt.
Il estime que si Yaïr Lapid était ministre des Affaires étrangères de la nouvelle coalition, les relations avec les Etats-Unis ou avec d’autres Etat pourraient être meilleures. « La volonté serait sans doute de renouer des liens à l’extérieur et faire en sorte de sortir Israël de son isolement diplomatique », explique-t-il.
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Une société israélienne radicalisée
Jean-Paul Chagnollaud souligne que la société israélienne s’est profondément radicalisée au cours des vingt dernières années, bien avant le traumatisme du 7 octobre 2023. Depuis 2001-2002, tous les gouvernements sont de droite, et chacun s’est révélé plus à droite que le précédent, explique-t-il. La gauche, qui représentait environ 50% des votes à l’époque du processus d’Oslo dans les années 1990, pèse aujourd’hui moins de 10% et a failli ne pas franchir le seuil des 3,25% requis pour siéger à la Knesset lors des dernières élections, relève encore le spécialiste du Moyen-Orient.
« Il ne faut pas attendre grand-chose de ces élections, sauf sur le plan interne », conclut-il. « On est vraiment dans une forme d’impasse » sur les trois dossiers fondamentaux de politique extérieure.
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Propos recueillis par Eric Guevara-Frey
Article web: juma