Imaginez une vraie plateforme où vous sélectionnez vos produits, tout en sachant qu’il n’y aura ni paiement, ni livraison… Ces sites de « faux shopping » sont en expansion. Les spécialistes se méfient toutefois de ces achats fictifs, notamment de la promesse de gratuité.
Ces sites sont conçus pour créer un sentiment de satisfaction, puisque le simple fait d’envisager d’acheter un article qui plaît procure du plaisir. Les psychologues parlent même de « sites à dopamine » précisément pour cette raison.
Venues de Corée du Sud, ces plateformes se sont récemment développées à l’étranger. Elles proposent de fausses commandes de nourriture, par exemple.
>> Lire/écouter : Comment fonctionne la dopamine?
« Siphonnage de données privées »
Mais comme souvent sur internet, rien n’est réellement gratuit. « Il peut y avoir quand même pas mal de siphonnage de données privées en termes d’adresses IP, de profils par Google ou par d’autres qui ont des moyens de récupérer ces informations », rappelle dans La Matinale Olivier Crochat, directeur exécutif du Centre pour la confiance numérique de l’EPFL.
Il résume: « Il y a clairement une motivation commerciale derrière [ces sites], donc il doit y avoir de l’argent qui est récupéré ».
>> Ecouter les précisions dans La Matinale : Le « faux shopping », des achats fictifs en ligne qui inquiètent / La Matinale / 1 min. / mercredi à 06:21 Economie de l’attention
Les sites peuvent récupérer de l’argent grâce aux internautes qui prennent du temps pour remplir leur panier. « Ils vont rester longtemps sur ces sites et ils vont voir des publicités [ciblées grâce à l’utilisation des données] pendant longtemps », souligne le spécialiste.
« Pour une entreprise qui veut faire de la publicité pour ses propres produits, on a un marché de gens qui sont plus enclins à acheter des produits online. C’est une cible prioritaire pour quelqu’un qui veut faire de la publicité en ligne », analyse-t-il.
D’abord en Corée
L’historique de ce type de plateforme est très récent. Le Korea Times relève fin mai cette nouvelle tendance qui séduit les jeunes Coréens. Un de ces sites indique « les délais de livraison et met des étoiles de satisfaction, ce qui donne l’impression d’utiliser une véritable application » de commande de nourriture.
Mais pas de paiement et pas de réelle commande. « Pour les utilisateurs, c’est justement là tout l’intérêt: le site offre la satisfaction de commander à manger sans en payer le prix », souligne le média. Les utilisateurs interrogés décrivent ces sites comme de courtes pauses qui les aident à se ressourcer.
Boosté par IA
Les développeurs ont repéré l’intérêt et des « sites à dopamine » sont accessibles depuis peu en anglais dans un grand nombre de pays. Souvent cité en exemple dans les médias, foodnevercomes.com (« la nourriture n’arrive jamais ») est aussi un site de fausses commandes de nourriture.
Il décrit « un petit rituel apaisant et sans culpabilité pour les envies de grignoter tard le soir » et a été mis en ligne par NeuroX AI, qui transforme en logiciels des prototypes créés par intelligence artificielle.
Capture d’écran de foodnevercomes.com (« la nourriture n’arrive jamais »), site mis en ligne par NeuroX AI
Dans le même genre, fakeats.com se targue de proposer plus de 100 (faux) restaurants et plus de 600 (faux) menus. Tous créés avec IA. Le site a été mis en ligne « par une personne [Neil Belot] qui ne sait pas coder, dirigeant des agents IA ». Il imagine même un évènement fictif, le Global Council on Consumer Wellness Technology 2026, avec des photos aussi créées par IA.
Sujet radio: Jacqueline Pirszel
Adaptation web: Julie Liardet