La politique menée par Donald Trump pousse un nombre croissant d’étudiants en provenance des Etats-Unis à postuler en Suisse. Plusieurs institutions académiques enregistrent une forte hausse de candidatures, certaines atteignant jusqu’à 80% d’augmentation en un an.
Il y a six mois, Nadir Gerber a quitté le Michigan pour Genève et le Graduate Institute. A 24 ans, cet étudiant en relations internationales a décidé de fuir les restrictions académiques imposées par l’administration Trump.
« J’étais très préoccupé, car je savais que si je restais aux Etats-Unis, je n’aurais pas eu la possibilité d’étudier dans un environnement académique libre », témoigne-t-il dans le 19h30 jeudi.
Je pense qu’il y a un profond malaise et une forte désapprobation en regardant ces institutions se soumettre
Camille Serrano, étudiante au Geneva Graduate Institute
Le jeune Américain suit des études spécialisées sur le Moyen-Orient, il craignait les conséquences possibles de ses propos en classe: il s’est demandé ce qui pourrait arriver à lui ou à sa famille s’il tenait des propos susceptibles d’attirer l’attention de personnes opposées à ce type d’opinions.
Climat de défiance
Aux craintes d’autocensure s’ajoute, selon plusieurs étudiants interrogés, une défiance envers les institutions académiques américaines, contraintes de restreindre leur liberté pour préserver leurs financements.
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« Je pense qu’il y a un profond malaise et une forte désapprobation en regardant ces institutions se soumettre », déclare Camille Serrano, étudiante au Geneva Graduate Institute.
Elle évoque une surveillance accrue des comportements. « Dans les salles de classes, ce qui est dit ou enseigné est contrôlé. Moi, j’ai envie d’être dans un environnement où je sens que je peux parler librement, penser librement et être entourée d’étudiants et de professeurs qui encouragent la pensée critique et l’analyse », explique-t-elle.
Selon la jeune femme originaire de New York, certains professeurs encouragent même les étudiants à envisager des études à l’étranger.
Forte hausse des candidatures
Entre 2024 et 2025, le Graduate Institute a enregistré une hausse de 80% des candidatures américaines. D’autres institutions suisses constatent une tendance similaire.
L’Université de Genève a reçu 25% de candidatures supplémentaires, en majorité pour la Faculté de médecine. L’EPFL observe une augmentation de 30% des demandes pour les doctorats et anticipe une hausse de 60% au niveau des masters pour la prochaine rentrée. L’ETHZ et l’Université de Zurich font également état d’une progression des demandes d’admission en provenance des Etats-Unis.
Atouts de la Suisse
Au-delà du contexte politique américain, le directeur adjoint du Graduate explique cette évolution par l’attractivité du système suisse. Il met en avant la qualité de l’enseignement, les perspectives professionnelles et le coût des études au regard des standards internationaux.
« Malgré le fait que la Suisse reste un pays très cher, je pense qu’on reste un pays très attractif », indique-t-il.
Le phénomène ne concerne pas uniquement les étudiants. Les professeurs états-uniens sont eux-aussi nombreux à envisager ou à choisir de travailler en Suisse.
Gianluca Agosta / juma