Le thé vert, riche en polyphénols, suscite l’intérêt des chercheurs pour ses propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires. Bien qu’il ne puisse pas prévenir le cancer à lui seul, il pourrait s’intégrer à une alimentation saine pour réduire certains risques.
Le thé est l’une des boissons les plus consommées au monde et, depuis plusieurs années, ses effets potentiels sur la santé suscitent l’intérêt des chercheurs. Sur les réseaux sociaux comme dans les rayons bien-être, il est notamment présenté comme un allié qui pourrait contribuer à réduire le risque de certains cancers.
Parmi toutes les variétés, une revient particulièrement souvent : le thé vert. Riche en composés végétaux, il est régulièrement présenté comme la meilleure option pour protéger les cellules et prévenir la maladie. Mais la réalité scientifique est plus nuancée : aucun thé ne permet, à lui seul, d’éviter un cancer, même s’il peut tout à fait s’intégrer à une alimentation et à un mode de vie favorables à la santé.
Pourquoi le thé vert intéresse autant les chercheurs ?
Pour le Dr Amar Rewari, chef du service de radio‑oncologie chez Luminis Health, « Le thé contient de nombreux composés végétaux aux propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires, et certaines études ont établi un lien entre sa consommation et un risque réduit de certains cancers« . Et il ajoute : « Cependant, les données chez l’humain sont contradictoires, et nous ne pouvons pas affirmer que la simple consommation de thé prévient le cancer ».
Si le thé vert intéresse autant les chercheurs, c’est parce qu’il concentre de nombreux polyphénols, en particulier des catéchines comme l’EGCG, pour épigallocatéchine gallate. Les polyphénols sont des molécules végétales capables de neutraliser les espèces réactives de l’oxygène, ces dérivés instables qui endommagent l’ADN. La diététicienne Ginger Hultin rappelle que l’accumulation de lésions de l’ADN peut favoriser l’apparition d’un cancer, d’où l’intérêt théorique de ces composés.
Comment le thé vert pourrait agir sur les cellules ?
Les chercheurs ont mis en avant trois grandes voies d’action possibles du thé vert. D’abord, son effet antioxydant : l’EGCG semble réduire le stress oxydatif en limitant les espèces réactives de l’oxygène et en soutenant les défenses internes de l’organisme. Ensuite vient l’inflammation chronique, qui crée un terrain favorable aux cellules anormales ; des expériences en laboratoire montrent que l’EGCG module certaines voies de signalisation inflammatoires.
Enfin, l’EGCG pourrait intervenir sur la prolifération cellulaire, l’apoptose, ce processus par lequel le corps élimine ses cellules endommagées, et l’angiogenèse, la formation de nouveaux vaisseaux sanguins autour d’une tumeur. Des travaux in vitro indiquent qu’il peut freiner la division de cellules cancéreuses et limiter l’apport sanguin des tumeurs. Ces résultats restent toutefois issus de modèles expérimentaux très éloignés d’une simple tasse infusée.
Combien de thé vert au quotidien ?
Intégrer une à deux tasses de thé vert par jour à son alimentation représente un choix de boisson sain, mais l’effet isolé sur le risque de cancer reste probablement modeste. La Fondation contre le cancer, organisation de lutte contre la maladie, estime qu’aller jusqu’à huit tasses quotidiennes reste acceptable chez l’adulte en bonne santé. Pour des organismes comme l’American Institute for Cancer Research (AICR), la prévention du cancer repose d’abord sur le mode de vie :
au moins 150 minutes d’activité modérée par semaine, plus deux séances de renforcement musculaire ;
une alimentation riche en céréales complètes, fruits, légumes et légumineuses, en limitant les charcuteries ;
éviter les compléments vendus pour « prévenir le cancer » et, en cas de traitement, demander l’avis médical avant d’augmenter le thé ou de prendre des extraits concentrés d’EGCG.
Comme le résume Amar Rewari, « Considérez plutôt le thé vert comme un élément potentiellement bénéfique d’une alimentation équilibrée, et non comme un moyen de prévenir le cancer ».