{"id":102377,"date":"2026-04-24T07:26:07","date_gmt":"2026-04-24T07:26:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/102377\/"},"modified":"2026-04-24T07:26:07","modified_gmt":"2026-04-24T07:26:07","slug":"my-dear-dear-home-entre-zurich-et-sichuan-une-queer-en-exil-filme-le-retour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/102377\/","title":{"rendered":"\u00abMy Dear Dear Home\u00bb: entre Zurich et Sichuan, une queer en exil filme le retour"},"content":{"rendered":"<p>    <img src=\"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/pf-my-dear-dear-home-3-yue-ran-3.jpg\" width=\"815\" height=\"543\" alt=\"Entre Sichuan, Paris et Zurich : confrontations identitaires, tabous familiaux et crise immobili\u00e8re.\" loading=\"eager\" decoding=\"sync\" fetchpriority=\"high\"\/><\/p>\n<p>                Des rapports entre m\u00e8re et fille: le tabou autour de l\u2019homosexualit\u00e9 se conjugue avec la force des structures familiales traditionnelles, qui restent tr\u00e8s pr\u00e9sentes dans la soci\u00e9t\u00e9 chinoise.            <\/p>\n<p>            Yue Ran        <\/p>\n<p>        Dans son court-m\u00e9trage, pr\u00e9sent\u00e9 r\u00e9cemment au festival Cin\u00e9ma du R\u00e9el, \u00e0 Paris, la r\u00e9alisatrice suisso-chinoise Yue Ran filme sa relation complexe avec sa m\u00e8re entre tabous familiaux et crise immobili\u00e8re au c\u0153ur d\u2019une Chine en pleine transformation sociale.\n<\/p>\n<p>        Ce contenu a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 sur    <\/p>\n<p>        24 avril 2026 &#8211; 09:00\n<\/p>\n<p>La programmation de la s\u00e9lection \u00abPremi\u00e8re fen\u00eatre\u00bb de la 48e \u00e9dition du festival de documentaire Cin\u00e9ma du R\u00e9el \u00e0 Paris fut pour le moins impressionnante: dans ces premiers courts-m\u00e9trages documentaires, certains, par leur originalit\u00e9, leur assise formelle, la force de leur geste, auraient sans doute pu rejoindre la comp\u00e9tition.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait notamment le cas d\u2019un court-m\u00e9trage suisso-chinois, My Dear Dear Home. Nous avons rencontr\u00e9 sa jeune r\u00e9alisatrice, Yue Ran, \u00e0 Paris, le lendemain de la seconde projection de son court-m\u00e9trage, \u00e0 la fin du mois de mars.<\/p>\n<p>Si son film est tourn\u00e9 dans la province chinoise du Sichuan, la jeune femme a v\u00e9cu dans plusieurs pays: au Japon, o\u00f9 elle a fait des \u00e9tudes litt\u00e9raires, puis en Italie, \u00e0 Milan, o\u00f9 elle a \u00e9tudi\u00e9 le cin\u00e9ma. C\u2019est au Japon qu\u2019elle a rencontr\u00e9 sa compagne, suisse, avec qui elle s\u2019est install\u00e9e \u00e0 Paris pendant deux ans, puis \u00e0 Zurich.<\/p>\n<p>\u00abElle souhaitait retourner chez elle: la Suisse lui manquait, en France il y a trop de gr\u00e8ves pour elle!\u00bb nous dit-elle en riant autour d\u2019un caf\u00e9. \u00abLa Suisse est un pays s\u00fbr, avec du travail, la nature est belle\u2026\u00bb Elle est aujourd\u2019hui monteuse freelance \u00e0 Zurich, et les deux femmes se sont mari\u00e9es en Suisse il y a plusieurs ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Dans ce court-m\u00e9trage tourn\u00e9 en 2024, \u00e0 la sortie des proc\u00e9dures de confinement li\u00e9es au Covid-19 en Chine, Yue Ran s\u2019entretient avec sa m\u00e8re, et filme au c\u0153ur de la relation conflictuelle qu\u2019elles entretiennent: elle tient la cam\u00e9ra, n\u2019appara\u00eet d\u2019ailleurs jamais \u00e0 l\u2019image, et reste tourn\u00e9e vers sa m\u00e8re, qu\u2019elle interroge.<\/p>\n<p>        Contenu externe    <\/p>\n<p>Le tabou du d\u00e9sir<\/p>\n<p>La perception de l\u2019homosexualit\u00e9 est un enjeu complexe en Chine: les relations avec sa m\u00e8re sont compliqu\u00e9es par cette identit\u00e9 queer qu\u2019elle peine \u00e0 comprendre.<\/p>\n<p>Les \u00e9changes sont durs, parfois violents, d\u2019autres fois cocasses, comme lorsque sa m\u00e8re lui demande si elle \u00e9prouve des d\u00e9sirs sexuels, ce \u00e0 quoi Yue Ran, hors champ, tenant la cam\u00e9ra, r\u00e9pond avec un brin de provocation: \u00abOui!\u00bb Et la m\u00e8re, bouche b\u00e9e, ne sait plus bien quoi r\u00e9pondre.<\/p>\n<p>Ces images, parfois tr\u00e8s belles, de sa m\u00e8re dansant pr\u00e8s d\u2019une fen\u00eatre par exemple, ont d\u2019abord \u00e9t\u00e9 film\u00e9es comme un entra\u00eenement technique; c\u2019est en rentrant en Suisse que Yue Ran, par ailleurs monteuse, organise ce flux d\u2019images, en cherchant, dit-elle, \u00e0 les assembler et \u00e0 former une narration coh\u00e9rente.<\/p>\n<p>    <img src=\"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/pf-yue-ran-lucie-perrotta-300x300-1.jpg\" width=\"300\" height=\"300\" alt=\"La cin\u00e9aste Yue Ran\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" fetchpriority=\"auto\"\/><\/p>\n<p>                La cin\u00e9aste Yue Ran            <\/p>\n<p>            Lucie Perrotta        <\/p>\n<p>Quand Yue Ran commence \u00e0 tourner, elle ne sait pas que My Dear Dear Home sera un \u00abfilm\u00bb \u00e0 proprement parler. \u00abJe voulais surtout m\u2019entra\u00eener avec ma cam\u00e9ra\u00bb, explique-t-elle, en ajoutant qu\u2019elle a fabriqu\u00e9 le film \u00e0 partir d\u2019un mat\u00e9riau tr\u00e8s r\u00e9duit, n\u2019ayant que peu film\u00e9 en Chine: \u00abJe n\u2019avais m\u00eame pas dit \u00e0 ma m\u00e8re que j\u2019en avais fait un film, mais quand il a \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9 au Cin\u00e9ma du R\u00e9el, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de le faire!\u00bb<\/p>\n<p>Le film d\u00e9bute en Suisse, lors du mariage de Yue Ran avec sa compagne \u2013 formalit\u00e9 n\u00e9cessaire pour simplifier l\u2019installation de cette citoyenne chinoise \u00e0 Zurich. Cette ouverture dynamique, l\u00e9g\u00e8re, fonctionne en opposition avec ce qui vient: des conversations plus s\u00e8ches, dans un environnement urbain plus sombre, souvent \u00e0 sens unique, avec cette m\u00e8re dont les mots peuvent sembler cruels, mais qui, petit \u00e0 petit, s\u2019ouvre \u2013 notamment gr\u00e2ce \u00e0 la cam\u00e9ra, \u00e0 la fabrication m\u00eame du film, qui permet \u00e0 la relation de se renouveler.<\/p>\n<p>Le film, dans son r\u00e9cit et dans son geste, raconte donc pas \u00e0 pas le chemin de cette m\u00e8re vers une plus grande acceptation.<\/p>\n<p>\u00catre queer en Chine<\/p>\n<p>Comme on le voit rapidement, le tabou autour de l\u2019homosexualit\u00e9 se conjugue avec la force des structures familiales traditionnelles, qui restent tr\u00e8s pr\u00e9sentes dans la soci\u00e9t\u00e9 chinoise.<\/p>\n<p>\u00abTout cela se passe \u00e0 plusieurs niveaux\u00bb, explique Yue Ran: il y a d\u2019abord le foss\u00e9 entre les grandes villes, o\u00f9 existe une sociabilit\u00e9 queer, des bars gays et lesbiens par exemple, et les r\u00e9gions rurales, o\u00f9 ces enjeux sont bien plus tabous.<\/p>\n<p>\u00abJ\u2019ai espoir, bien s\u00fbr\u00bb, ajoute-t-elle. \u00abJ\u2019ai espoir en la jeunesse, je vois que les jeunes sont plus ouverts, mais je ne suis pas s\u00fbr en ce qui concerne l\u2019avenir de la soci\u00e9t\u00e9. Je viens d\u2019une famille marqu\u00e9e par la politique de l\u2019enfant unique, beaucoup de jeunes ne veulent plus se marier, et l\u2019enjeu de la natalit\u00e9 se pose donc dans la soci\u00e9t\u00e9. Peut-\u00eatre que les personnes gays vont finir par \u00eatre vues comme un obstacle \u00e0 un regain de natalit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019espoir, donc, vient, puis repart; \u00abJ\u2019ai vu une amie ouvrir un bar lesbien, et j\u2019\u00e9tais enthousiaste, puis j\u2019ai vu quelques mois plus tard qu\u2019il \u00e9tait ferm\u00e9\u2026\u00bb C\u2019est justement pour ses jeunes amis queers, dit-elle, qu\u2019elle r\u00e9alise ce film: s\u2019il leur donne le courage de parler \u00e0 leur famille, de mieux vivre leur vie et leur sexualit\u00e9, alors il a atteint son but.<\/p>\n<p>C\u2019est d\u2019autant plus le cas que le film dessine bien un espoir, par la progression de la relation entre la m\u00e8re et la fille. Le dialogue initial, o\u00f9 elle refuse et ose m\u00eame dire tr\u00e8s cr\u00fbment \u00e0 sa fille son incompr\u00e9hension, voire son d\u00e9go\u00fbt, laisse place \u00e0 une relation plus contrast\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00abC\u2019est vraiment un parcours\u00bb, dit la cin\u00e9aste. \u00abElle accepte de plus en plus notre relation. Elle a eu quatre ans, donc elle a sans doute eu un parcours int\u00e9rieur, mais il y a aussi eu du changement pendant que je faisais le film. Peut-\u00eatre que c\u2019est aussi plus facile pour moi d\u2019avoir ces conversations parce que j\u2019ai v\u00e9cu en France et en Suisse\u00bb.<\/p>\n<p>Un changement rendu possible, aussi, par l\u2019apport de la femme de Yue Ran, Lucie, personnage discret, mais essentiel du documentaire; on l\u2019entend, dans une sc\u00e8ne, raconter \u00e0 la m\u00e8re les d\u00e9sirs et les sentiments qu\u2019elle \u00e9prouve envers sa fille. \u00abEn Chine, personne ne dit les choses aussi directement!\u00bb<\/p>\n<p>    <img src=\"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/pf-my-dear-dear-home-1-yue-ran.jpg\" width=\"1272\" height=\"716\" alt=\"Le grand m\u00e9rite de Yue Ran est d'avoir su condenser et entrem\u00ealer plusieurs th\u00e8mes complexes dans un court m\u00e9trage documentaire.\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" fetchpriority=\"auto\"\/><\/p>\n<p>                Le grand m\u00e9rite de Yue Ran est d\u2019avoir su condenser et entrem\u00ealer plusieurs th\u00e8mes complexes dans un court m\u00e9trage documentaire.            <\/p>\n<p>            Yue Ran        <\/p>\n<p>L\u2019\u00e9conomie des sentiments<\/p>\n<p>L\u2019autre grand sujet de My Dear Dear Home, c\u2019est la crise immobili\u00e8re qui a frapp\u00e9 la Chine en 2024: le p\u00e8re de Yue Ran, investisseur dans l\u2019immobilier, avait cach\u00e9 \u00e0 sa famille l\u2019accumulation de dettes importantes.<\/p>\n<p>L\u2019environnement film\u00e9 t\u00e9moigne de ce moment d\u2019inqui\u00e9tude: une ville dont la construction est interrompue, des immeubles en travaux comme fig\u00e9s dans le temps. On sent une inqui\u00e9tude, un trouble familial qui n\u2019est pas sans lien avec les enjeux relationnels et familiaux du court-m\u00e9trage: on comprend que l\u2019acceptation progressive de la m\u00e8re vient aussi du constat que son couple, plus traditionnel, n\u2019a rien d\u2019un horizon \u00e0 tout prix d\u00e9sirable.<\/p>\n<p>Comme le dit Yue Ran, \u00abelle s\u2019est dit: \u2018Si je peux tout perdre du jour au lendemain, pourquoi m\u2019attacher autant aux normes sociales? Ce qui compte vraiment, c\u2019est ma relation avec ma fille.\u2019\u00bb<\/p>\n<p>La grande richesse du film est ainsi d\u2019\u00e9viter toute perspective moralisatrice. La mani\u00e8re d\u2019\u00e9tablir la relation passe par quelque chose de partag\u00e9, d\u2019ouvert, dans une forme de r\u00e9ciprocit\u00e9. Ainsi des sc\u00e8nes tr\u00e8s attentives o\u00f9 l\u2019on voit la m\u00e8re danser ou s\u2019\u00e9tirer devant la cam\u00e9ra: contre le regard un peu condescendant de sa m\u00e8re, Yue Ran construit un regard de curiosit\u00e9 aimante, qui finit peut-\u00eatre par infuser sur le sujet film\u00e9, forc\u00e9e d\u2019avoir une certaine tendresse en retour.<\/p>\n<p>Ce qui n\u2019implique pas que le film soit consensuel ou facile: tendre ce miroir plein d\u2019audace est au contraire la marque d\u2019une grande force. \u00abEn vivant en Suisse et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, j\u2019ai rencontr\u00e9 des gens tellement diff\u00e9rents, vu des mani\u00e8res de vivre tellement vari\u00e9es. C\u2019est tout cela qui m\u2019a donn\u00e9 le courage et l\u2019inspiration pour raconter mon histoire.\u00bb Et \u00e0 l\u2019avenir? \u00abPourquoi pas, mais toujours de la m\u00eame mani\u00e8re: avec une petite \u00e9quipe, et en filmant mes amis!\u00bb<\/p>\n<p>Texte relu et v\u00e9rifi\u00e9 par Virginie Mangin et Eduardo Simantob<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Des rapports entre m\u00e8re et fille: le tabou autour de l\u2019homosexualit\u00e9 se conjugue avec la force des structures&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":102378,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[16],"tags":[657,3949,8901,384,172,8899,28182,1312,658,23,32],"class_list":{"0":"post-102377","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-zurich","8":"tag-article","9":"tag-beat-culture","10":"tag-beat-swiss-cinema","11":"tag-cinema","12":"tag-culture","13":"tag-film-festival","14":"tag-gays-and-lesbians","15":"tag-multi","16":"tag-production-type-external","17":"tag-suisse","18":"tag-zurich"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@ch_fr\/116458500046425374","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/102377","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=102377"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/102377\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/102378"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=102377"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=102377"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=102377"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}