{"id":132957,"date":"2026-05-15T19:32:13","date_gmt":"2026-05-15T19:32:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/132957\/"},"modified":"2026-05-15T19:32:13","modified_gmt":"2026-05-15T19:32:13","slug":"que-vaut-le-film-de-geraldine-nakache","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/132957\/","title":{"rendered":"que vaut le film de G\u00e9raldine Nakache ?"},"content":{"rendered":"<p>Pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Cannes Premi\u00e8re, le long-m\u00e9trage de G\u00e9raldine Nakache d\u00e9laisse la com\u00e9die solaire pour diss\u00e9quer l\u2019horreur feutr\u00e9e d\u2019une emprise narcissique. Entre Duba\u00ef et Paris, Niels Schneider et Monia Chokri incarnent avec une justesse gla\u00e7ante ce lent naufrage. Un film en apn\u00e9e, d\u2019une cruelle v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>                            Introduction<\/p>\n<p>On connaissait <a href=\"https:\/\/leclaireur.fnac.com\/article\/543142-geraldine-nakache-les-reseaux-sociaux-sont-inquietants\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener nofollow\">G\u00e9raldine Nakache<\/a> lumineuse, explorant avec une tendre l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 <a href=\"https:\/\/leclaireur.fnac.com\/article\/125693-amelie-nothomb-le-livre-des-soeurs-je-suis-pop-et-ravie-de-letre\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener nofollow\">les liens sororaux<\/a> de Tout ce qui brille ou de <a href=\"https:\/\/www.fnac.com\/a13994375\/J-irai-ou-tu-iras-DVD-Pascale-Arbillot-DVD-Zone-2\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener nofollow\">J\u2019irai o\u00f9 tu iras<\/a>. Avec Si\u00a0tu\u00a0penses bien, pr\u00e9sent\u00e9 au <a href=\"https:\/\/leclaireur.fnac.com\/article\/238602-festival-de-cannes-2025-quels-sont-les-films-selectionnes\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener nofollow\">Festival de\u00a0Cannes\u00a02026<\/a>, le changement est radical. En tant que r\u00e9alisatrice et cosc\u00e9nariste, elle s\u2019attaque \u00e0 un sujet aussi complexe que destructeur\u00a0: la m\u00e9canique de l\u2019emprise psychologique. Tout commence par l\u2019\u00e9clat aveuglant de\u00a0Duba\u00ef. C\u2019est l\u00e0 que Gil rencontre Jacques.<\/p>\n<p>Le coup de foudre est imm\u00e9diat, total, presque trop beau. Un flash-back nous ram\u00e8ne six ans en arri\u00e8re, au c\u0153ur de cette passion fulgurante o\u00f9 l\u2019on d\u00e9cide de garder un enfant et de se marier dans l\u2019intimit\u00e9, loin des siens. Mais d\u00e9j\u00e0, derri\u00e8re les sourires de Jacques, les premiers signaux d\u2019alarme \u2013 ces fameux \u00ab\u00a0red flags\u00a0\u00bb \u2013 clignotent pour qui sait les voir. Jacques r\u00e9\u00e9crit leur histoire, l\u2019h\u00e9ro\u00efse \u00e0 son profit\u00a0: \u00ab\u00a0Je l\u2019ai sauv\u00e9e\u00a0\u00bb, lance-t-il \u00e0 leur rabbin, apr\u00e8s un simple malaise de\u00a0Gil. L\u2019h\u00e9ro\u00efsme, premier pas vers la\u00a0domination.<\/p>\n<p>Sous le sceau du sacr\u00e9<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.fnac.com\/video.asp\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener nofollow\">Le film<\/a> s\u2019ouvre sur une s\u00e9quence d\u2019une puissance symbolique rare. Gil retire tout. Son vernis \u00e0 ongles, ses boucles d\u2019oreilles, ses bagues, ses colliers. Elle doit \u00eatre nue, d\u00e9pouill\u00e9e de ses artifices, pour \u00eatre \u00ab\u00a0pure\u00a0\u00bb et plong\u00e9e dans le bassin du Mikv\u00e9. Ce rite de purification juif devient ici, sous le regard de Jacques, moins un acte de foi qu\u2019un outil de contr\u00f4le.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"484\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/si-tu-penses-bien3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-671963\"  \/>Monia Chokri et Niels Schneider dans Si tu penses bien.\u00a9Tanguy Pels\/Pan Cin\u00e9ma\/Art\u00e9mis Productions\/Shelter Prod\/Liaison Cin\u00e9matographique<\/p>\n<p>Car, si le couple \u00e9volue dans une pratique religieuse assum\u00e9e, si le quotidien des Juifs en France et le bruit de fond de l\u2019antis\u00e9mitisme teintent le r\u00e9cit, Jacques utilise la religion comme un carcan. Bien qu\u2019elle partage sa foi, il impose ses rites, sa vision. Le mantra qu\u2019il lui ass\u00e8ne \u2013 \u00ab\u00a0Si elle pense bien, il ne lui arrivera que du bien\u00a0\u00bb \u2013 r\u00e9sonne moins comme une promesse que comme une menace \u00e0 peine voil\u00e9e.<\/p>\n<p>Petit trait\u00e9 de d\u00e9molition<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, Gil veut reprendre sa vie en main. Son ancien chef op\u00e9rateur lui propose un projet, une \u00e9tincelle de travail apr\u00e8s qu\u2019elle s\u2019est arr\u00eat\u00e9e pour tenter d\u2019avoir un deuxi\u00e8me enfant. Jacques s\u2019y oppose, sournoisement. C\u2019est l\u00e0 que le film devient proprement insoutenable. La manipulation ne hurle pas, elle chuchote. Elle se loge dans les regards fuyants, les silences pesants et une pluie de messages passifs-agressifs d\u00e8s que Gil ne r\u00e9pond pas.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"484\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/si-tu-penses-bien3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-671963\"  \/>Monia Chokri et Niels Schneider dans Si tu penses bien.\u00a9Tanguy Pels\/Pan Cin\u00e9ma\/Art\u00e9mis Productions\/Shelter Prod\/Liaison Cin\u00e9matographique<\/p>\n<p>Niels Schneider compose un bourreau magnifique de subtilit\u00e9, retournant syst\u00e9matiquement les situations pour faire de la victime la coupable. Et rappelle \u00e0 nos m\u00e9moires sa partition dans <a href=\"https:\/\/www.fnac.com\/o10535362\/Un-amour-impossible\/w-4\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener nofollow\">Un amour impossible<\/a> (2018) de Catherine Corsini. <\/p>\n<p>Il utilise tout : la jalousie, le pass\u00e9 de Gil, et m\u00eame leur fille, bouclier ultime pour lui reprocher son absence. Sous emprise, Gil perd sa lumi\u00e8re. Monia Chokri, bouleversante, incarne ce d\u00e9litement psychologique o\u00f9 l\u2019on finit par croire \u00e0 sa propre folie.<\/p>\n<p>Le vertige de l\u2019impuissance<\/p>\n<p>La r\u00e9alisation de G\u00e9raldine Nakache, soign\u00e9e et organique, refuse le spectaculaire pour privil\u00e9gier l\u2019immersion. Ses tr\u00e8s gros plans conf\u00e8rent au film une dimension sensorielle saisissante, nous collant \u00e0 la peau de Gil. On \u00e9touffe avec elle pendant 94 minutes de tension pure. Les dialogues, d\u2019un r\u00e9alisme frappant, peuvent \u00e9voquer la perversion narcissique, soulignant ce que le sociologue Marc Joly d\u00e9finit dans <a href=\"https:\/\/www.philomag.com\/articles\/marc-joly-sociologue-le-pervers-narcissique-nest-pas-une-categorie-galvaudee\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener nofollow\">Philosophie magazine<\/a> comme \u00ab\u00a0un m\u00e9canisme interactif qui place une personne sous la d\u00e9pendance d\u2019une autre, d\u2019une mani\u00e8re particuli\u00e8re, via des attaques sournoises r\u00e9p\u00e9t\u00e9es contre son propre narcissisme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais on peut \u00e9galement y voir la r\u00e9alit\u00e9 brute de l\u2019emprise. Comme le r\u00e9sume la psychiatre Marie-France Hirigoyen (<a href=\"https:\/\/www.fnac.com\/o7662262\/Femmes-sous-emprise\/w-4\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener nofollow\">Femmes sous emprise : le ressort de la violence dans le couple<\/a>, \u00c9ditions Robert Laffont), ce processus n\u2019est pas une simple d\u00e9faillance relationnelle, mais une v\u00e9ritable d\u00e9possession : \u00ab\u00a0L\u2019emprise consiste \u00e0 paralyser la pens\u00e9e de l\u2019autre pour mieux le dominer. C\u2019est un processus de d\u00e9possession de soi.\u00a0\u00bb Une sorte de mise \u00e0 mort psychique, qui s\u2019inscrit dans le continuum des violences sexistes et sexuelles.<\/p>\n<p class=\"price-wrapper inline-list\">\n                                    \u00c0 partir de<\/p>\n<p>                    19\u20ac\n                            <\/p>\n<p class=\"stock inline-list\">En stock<\/p>\n<p class=\"btn btn-buy\">Acheter sur Fnac.com<\/p>\n<p>On ressort de la salle avec une col\u00e8re sourde et une impuissance chevill\u00e9e au corps. Car Gil n\u2019est pas qu\u2019une silhouette de cin\u00e9ma\u00a0; elle est notre s\u0153ur, notre amie, notre m\u00e8re. En filmant la difficult\u00e9 de partir malgr\u00e9 l\u2019\u00e9vidence du poison, G\u00e9raldine Nakache signe une \u0153uvre n\u00e9cessaire et d\u2019une justesse cruelle, port\u00e9e par un casting impeccable \u2013 mention sp\u00e9ciale \u00e0 Cl\u00e9mentine C\u00e9lari\u00e9 et Mina Kavani, qui incarnent avec force la d\u00e9tresse des proches face au mur de l\u2019emprise. Un film dont on sort en reprenant, enfin, sa respiration, mais qui nous reste encore longtemps en\u00a0t\u00eate.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Cannes Premi\u00e8re, le long-m\u00e9trage de G\u00e9raldine Nakache d\u00e9laisse la com\u00e9die solaire pour diss\u00e9quer l\u2019horreur feutr\u00e9e d\u2019une&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":132958,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[13],"tags":[229,113,112,862,5506,34611,23,142,32450],"class_list":{"0":"post-132957","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-television","8":"tag-couple","9":"tag-divertissement","10":"tag-entertainment","11":"tag-feminisme","12":"tag-festival-de-cannes","13":"tag-pervers-narcissique","14":"tag-suisse","15":"tag-television","16":"tag-violence-conjugale"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@ch_fr\/116580263173741646","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/132957","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=132957"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/132957\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/132958"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=132957"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=132957"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=132957"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}