{"id":161501,"date":"2026-06-04T22:31:19","date_gmt":"2026-06-04T22:31:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/161501\/"},"modified":"2026-06-04T22:31:19","modified_gmt":"2026-06-04T22:31:19","slug":"des-neurones-humains-entraines-a-jouer-a-doom-cortical-labs-poussent-lordinateur-biologique-vers-une-nouvelle-frontiere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/161501\/","title":{"rendered":"Des neurones humains entra\u00een\u00e9s \u00e0 jouer \u00e0 Doom : Cortical Labs poussent l\u2019ordinateur biologique vers une nouvelle fronti\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s <a href=\"https:\/\/kulturegeek.fr\/news-249705\/science-insolite-chercheurs-apprennent-cellules-neuronales-jouer-pong\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Pong<\/a>, place \u00e0 Doom. La start-up australienne Cortical Labs affirme (<a href=\"https:\/\/phys.org\/news\/2026-05-brain-cells-play-doom.html\" rel=\"external nofollow noopener\" target=\"_blank\">via<\/a>) avoir franchi une \u00e9tape spectaculaire dans le domaine de l\u2019informatique biologique en entra\u00eenant des cellules c\u00e9r\u00e9brales humaines cultiv\u00e9es en laboratoire \u00e0 interagir avec le c\u00e9l\u00e8bre jeu de tir des ann\u00e9es 1990. Derri\u00e8re l\u2019image presque provocatrice d\u2019un amas de neurones affrontant des d\u00e9mons pixelis\u00e9s se cache un enjeu technologique majeur : comprendre comment des r\u00e9seaux neuronaux vivants peuvent apprendre, s\u2019adapter et r\u00e9pondre \u00e0 un environnement num\u00e9rique en temps r\u00e9el.<\/p>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience repose sur une puce baptis\u00e9e CL1, un syst\u00e8me hybride qui associe \u00e9lectronique en silicium et neurones humains vivants. Chaque unit\u00e9 embarque environ 200 000 cellules c\u00e9r\u00e9brales obtenues \u00e0 partir de cellules souches, elles-m\u00eames issues de dons biologiques. Ces neurones ne jouent \u00e9videmment pas \u00e0 Doom comme un humain devant son clavier. Ils re\u00e7oivent des signaux \u00e9lectriques traduisant certains \u00e9l\u00e9ments du jeu, puis produisent une activit\u00e9 neuronale que le syst\u00e8me interpr\u00e8te comme des commandes.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-353174\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/neurones-jouent-a-doom.jpg\" alt=\"Neurones Jouent A Doom\" width=\"1200\" height=\"800\"  \/><\/p>\n<p>Un ordinateur biologique face \u00e0 l\u2019un des jeux les plus embl\u00e9matiques du PC<\/p>\n<p>Doom n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 choisi au hasard. Depuis des ann\u00e9es, le jeu culte d\u2019id Software est devenu une sorte de test officieux pour d\u00e9montrer la souplesse d\u2019une technologie. On l\u2019a vu fonctionner sur des calculatrices, des distributeurs automatiques, des montres connect\u00e9es ou encore des appareils improbables. Cette fois, le d\u00e9fi est diff\u00e9rent : il ne s\u2019agit pas seulement de faire tourner le jeu, mais de permettre \u00e0 un r\u00e9seau de neurones biologiques d\u2019interagir avec son univers.<\/p>\n<p>La marche est importante par rapport \u00e0 Pong, que Cortical Labs avait d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9 pour d\u00e9montrer les capacit\u00e9s d\u2019apprentissage de ses cultures neuronales. Le jeu de raquette repose sur un environnement simple, en deux dimensions, avec peu d\u2019actions possibles. Doom, lui, impose un espace en 3D, des d\u00e9placements, des ennemis, des tirs, des changements d\u2019orientation et une forme de prise de d\u00e9cision beaucoup plus complexe.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-353175\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/australian-researchers.jpg\" alt=\"Australian Researchers\" width=\"800\" height=\"530\"  \/><\/p>\n<p>Comment des cellules c\u00e9r\u00e9brales peuvent-elles jouer \u00e0 Doom ?<\/p>\n<p>Le principe consiste \u00e0 transformer l\u2019environnement num\u00e9rique du jeu en impulsions \u00e9lectriques compr\u00e9hensibles par les neurones. Lorsqu\u2019un ennemi appara\u00eet ou lorsqu\u2019une action devient n\u00e9cessaire, les \u00e9lectrodes de la puce CL1 stimulent certaines zones de la culture neuronale. En retour, l\u2019activit\u00e9 \u00e9lectrique produite par ces cellules est capt\u00e9e, analys\u00e9e puis convertie en commandes dans le jeu : tirer, tourner, avancer ou r\u00e9agir \u00e0 une menace.<\/p>\n<p>Les chercheurs suivent cette activit\u00e9 depuis un ordinateur, sous la forme de milliers de signaux. L\u2019objectif n\u2019est pas d\u2019obtenir une partie fluide ou spectaculaire, mais de v\u00e9rifier si le r\u00e9seau vivant peut modifier son comportement au fil des essais. Autrement dit, le syst\u00e8me ne se contente pas de r\u00e9pondre m\u00e9caniquement \u00e0 une stimulation : il doit progressivement ajuster ses r\u00e9actions pour mieux atteindre un objectif.<\/p>\n<p>Des d\u00e9buts maladroits, mais des signes d\u2019apprentissage<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res tentatives \u00e9taient loin d\u2019\u00e9voquer un joueur exp\u00e9riment\u00e9. Alon Loeffler, scientifique chez Cortical Labs, a d\u00e9crit des neurones se comportant comme un d\u00e9butant complet : ils se cognaient fr\u00e9quemment contre les murs, tiraient dans la mauvaise direction et encha\u00eenaient des mouvements d\u00e9sordonn\u00e9s. Au fil de l\u2019entra\u00eenement, le syst\u00e8me aurait cependant commenc\u00e9 \u00e0 cibler les ennemis de mani\u00e8re plus r\u00e9guli\u00e8re.<\/p>\n<p>La performance reste rudimentaire. Les tirs ne sont pas toujours pr\u00e9cis, les mouvements peuvent sembler erratiques et l\u2019\u00e9limination d\u2019un adversaire demande souvent plusieurs tentatives. Mais pour Cortical Labs, l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019exp\u00e9rience se situe ailleurs : montrer que des cultures neuronales vivantes, lorsqu\u2019elles sont int\u00e9gr\u00e9es \u00e0 un dispositif informatique, peuvent d\u00e9velopper une forme d\u2019apprentissage orient\u00e9 vers un but.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-353176\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/each-so-called-biologi.jpg\" alt=\"Each So Called Biologi\" width=\"800\" height=\"530\"  \/><\/p>\n<p>La puce CL1, entre neurosciences, IA et biotechnologie<\/p>\n<p>La CL1 n\u2019est pas pens\u00e9e comme une simple curiosit\u00e9 de laboratoire. Cortical Labs pr\u00e9sente sa technologie comme une plateforme programmable permettant d\u2019exposer des neurones vivants \u00e0 diff\u00e9rents types de t\u00e2ches. Les jeux vid\u00e9o servent ici de d\u00e9monstration visuelle et compr\u00e9hensible, mais les applications envisag\u00e9es d\u00e9passent largement le divertissement.<\/p>\n<p>Dans le domaine m\u00e9dical, un tel syst\u00e8me pourrait aider \u00e0 \u00e9tudier le fonctionnement de r\u00e9seaux neuronaux humains, \u00e0 mod\u00e9liser certaines maladies neurologiques ou \u00e0 tester l\u2019effet de mol\u00e9cules sur des cellules vivantes. Le criblage de m\u00e9dicaments, la recherche sur les troubles cognitifs, la m\u00e9decine personnalis\u00e9e et l\u2019\u00e9tude de l\u2019apprentissage biologique font partie des pistes les plus s\u00e9rieuses.<\/p>\n<p>Une piste pour une informatique plus sobre en \u00e9nergie<\/p>\n<p>L\u2019autre promesse concerne l\u2019efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique. Le cerveau humain fonctionne avec une consommation extr\u00eamement faible au regard de ses capacit\u00e9s, souvent estim\u00e9e autour de 20 watts. \u00c0 l\u2019inverse, les centres de donn\u00e9es et les puces utilis\u00e9es pour l\u2019intelligence artificielle exigent des quantit\u00e9s consid\u00e9rables d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, en particulier pour l\u2019entra\u00eenement et l\u2019inf\u00e9rence des grands mod\u00e8les.<\/p>\n<p>Cortical Labs ne pr\u00e9tend pas remplacer l\u2019IA actuelle par des cellules vivantes. Brett Kagan, responsable scientifique de l\u2019entreprise, pr\u00e9sente plut\u00f4t cette approche comme une mani\u00e8re d\u2019ouvrir des capacit\u00e9s in\u00e9dites, compl\u00e9mentaires des syst\u00e8mes num\u00e9riques classiques. L\u2019id\u00e9e est de tirer parti de propri\u00e9t\u00e9s propres au vivant : plasticit\u00e9, adaptation, apprentissage rapide et sobri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Une technologie encore loin d\u2019un usage industriel<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 son potentiel, l\u2019ordinateur biologique reste \u00e0 un stade tr\u00e8s exp\u00e9rimental. Les cellules ont une dur\u00e9e de vie limit\u00e9e, d\u2019environ quelques mois, et les r\u00e9sultats ne sont pas encore suffisamment constants pour envisager une production ou une programmation fiable \u00e0 grande \u00e9chelle. Il faut aussi maintenir les neurones dans des conditions biologiques strictes, ce qui complexifie fortement l\u2019exploitation de tels syst\u00e8mes.<\/p>\n<p>Des questions \u00e9thiques \u00e9mergent \u00e9galement. M\u00eame si une culture de 200 000 neurones ne constitue pas un cerveau conscient, l\u2019id\u00e9e de connecter des cellules humaines vivantes \u00e0 des logiciels soul\u00e8ve des interrogations sur les limites \u00e0 fixer, les protocoles de recherche et la mani\u00e8re d\u2019encadrer ces travaux \u00e0 mesure que les syst\u00e8mes deviennent plus sophistiqu\u00e9s.<\/p>\n<p>Un pas de plus vers le wetware computing<\/p>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience men\u00e9e avec Doom ne transforme pas encore les neurones humains en joueurs autonomes ni en rempla\u00e7ants des processeurs modernes. Elle illustre plut\u00f4t une tendance \u00e9mergente : le rapprochement entre biologie et informatique, parfois d\u00e9sign\u00e9 sous le terme de wetware computing. Dans cette vision, les cellules vivantes ne sont plus seulement \u00e9tudi\u00e9es par des machines, elles deviennent une partie active du syst\u00e8me de calcul.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9monstration spectaculaire sert donc autant de vitrine que de signal scientifique. En apprenant \u00e0 un r\u00e9seau de neurones humains \u00e0 interagir avec un jeu vid\u00e9o complexe, Cortical Labs montre que l\u2019informatique de demain pourrait ne pas reposer uniquement sur le silicium. Entre promesse m\u00e9dicale, recherche fondamentale et qu\u00eate d\u2019une IA moins \u00e9nergivore, les ordinateurs biologiques quittent peu \u00e0 peu le registre de la science-fiction pour entrer dans celui des technologies \u00e0 surveiller de tr\u00e8s pr\u00e8s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Apr\u00e8s Pong, place \u00e0 Doom. 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