{"id":244635,"date":"2026-08-03T19:31:35","date_gmt":"2026-08-03T19:31:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/244635\/"},"modified":"2026-08-03T19:31:35","modified_gmt":"2026-08-03T19:31:35","slug":"bilan-en-berne-candidats-en-verve-maroc-hebdo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/244635\/","title":{"rendered":"Bilan en berne, candidats en verve | Maroc Hebdo"},"content":{"rendered":"<p>Une r\u00e9union du conseil de gouvernement.<\/p>\n<p class=\"first-letter:text-[4rem] first-letter:text-red-500 first-letter:font-bold first-letter:float-left first-letter:pt-4 first-letter:pr-4\">Il est des \u00e9nigmes politiques que la logique ordinaire peine \u00e0 \u00e9lucider. En voici une : comment un ministre dont le mandat s&rsquo;ach\u00e8ve sur un bilan poliment qualifi\u00e9 de \u00ab demi-teinte \u00bb \u2014 et plus cr\u00fbment de rat\u00e9 par ses d\u00e9tracteurs \u2014 trouve-t-il l&rsquo;\u00e9nergie, le culot, disons le panache, de repartir au charbon \u00e9lectoral pour cinq ans de rab ? La r\u00e9ponse tient en une formule : au Maroc de 2026, on ne se repr\u00e9sente pas malgr\u00e9 son bilan. On se repr\u00e9sente parce qu&rsquo;on a un fief.<\/p>\n<p>Prenons la photo de famille. Le PAM, qui r\u00eave tout haut de finir premier, aligne une v\u00e9ritable \u00e9quipe gouvernementale : une demi-douzaine de ministres au d\u00e9part, et une recrue de choix, Fouzi Lekjaa, qui vient de troquer sa casquette de grand argentier \u2014 il en garde celle de patron du foot national, on ne se refait pas \u2014 pour la carte du Tracteur, direction Berkane. L&rsquo;op\u00e9ration a tellement plu que m\u00eame le RNI, barreur du gouvernement, en a aval\u00e9 son sifflet.<\/p>\n<p>Car voil\u00e0 le premier paradoxe savoureux : la vraie bataille de 2026 ne se livre pas entre la majorit\u00e9 et l&rsquo;opposition \u2014 cette derni\u00e8re, port\u00e9e disparue, a laiss\u00e9 un avis de recherche \u2014, mais \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur m\u00eame de la coalition sortante, chacun d\u00e9bauchant les vedettes de l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>Passons aux \u00e9tats de service, puisqu&rsquo;on nous les vante. L&rsquo;Emploi ? Le ministre d\u00e9fend ses chantiers temporaires pendant que le ch\u00f4mage caracole \u00e0 son plus haut niveau depuis vingt ans et que celui des jeunes fr\u00f4le les 35 %. D\u00e9tail cocasse : quand les statistiques officielles ne plaisent pas, on les conteste \u2014 l&rsquo;ex\u00e9cutif a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ses propres chiffres \u00e0 ceux du Haut-Commissariat au Plan. Un joueur qui recale l&rsquo;arbitre, il fallait oser.<br \/>La Justice ? Peines alternatives \u00e0 l&rsquo;actif, Code de la famille en chantier, mais un Code de proc\u00e9dure p\u00e9nale qui a dress\u00e9 contre le ministre les associations anticorruption, et un Code p\u00e9nal qui patine depuis si longtemps que son propre auteur s&rsquo;est d\u00e9clar\u00e9 \u00ab mi-optimiste, mi-pessimiste \u00bb. En clair : pile je gagne, face vous perdez.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00c9ducation ? Le Royaume se pointe au 79e rang sur 81 au dernier classement PISA, un enseignant qualifi\u00e9 manque dans plus d&rsquo;un \u00e9tablissement sur deux, et les facs de m\u00e9decine ont encha\u00een\u00e9 les ann\u00e9es blanches. L&rsquo;Industrie, elle, aligne de vrais chiffres \u00e0 l&rsquo;export \u2014 et un ministre qui promet 50 % de PIB en plus d&rsquo;ici huit ans, ce qui a au moins le m\u00e9rite de nous donner rendez-vous apr\u00e8s le scrutin.<\/p>\n<p>Alors, pourquoi rempiler ? Trois bonnes raisons, toutes mauvaises pour le citoyen.<br \/>Un : le si\u00e8ge vaut brevet. L&rsquo;\u00e9lu tire une \u00ab l\u00e9gitimit\u00e9 populaire \u00bb de son \u00e9charpe. Et le plus beau \u2014 c&rsquo;est \u00e9crit noir sur blanc dans les calculs partisans \u2014 s&rsquo;il gagne, il pourra renoncer \u00e0 son mandat de d\u00e9put\u00e9 pour&#8230; retrouver son maroquin minist\u00e9riel. On se fait donc \u00e9lire pour ne pas si\u00e9ger. \u00c9l\u00e9gant.<\/p>\n<p>Deux : le fief ignore le bilan national. Ces candidats-l\u00e0 sont d&rsquo;abord des notables locaux, ma\u00eetres de leurs circonscriptions, du Souss \u00e0 Marrakech. Le PISA, le ch\u00f4mage, la file d&rsquo;attente \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, tout cela s&rsquo;\u00e9vapore \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e du douar, o\u00f9 comptent le service rendu et une m\u00e9canique \u00e9lectorale bien huil\u00e9e.<\/p>\n<p>Trois : le sortant part avec l&rsquo;\u00c9tat dans sa besace. Statut, visibilit\u00e9, inaugurations opportunes en pleine campagne \u2014 la fronti\u00e8re entre la gestion des affaires publiques et la conqu\u00eate des suffrages devient, disons, poreuse.<br \/>Reste le clou du spectacle, et il n&rsquo;a rien de dr\u00f4le. Pendant que ces messieurs-dames peaufinent leurs listes pour le 23 septembre, des dizaines de milliers de jeunes \u2014 60 000, dit-on \u2014 se sont ru\u00e9s, mineurs en t\u00eate, vers Sebta, au prix de leur vie, \u00e0 la nage, en savates ou pieds nus. Un scrutin d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, un exode de l&rsquo;autre. Les uns briguent un si\u00e8ge ; les autres votent avec leurs pieds, direction Sebta.<\/p>\n<p>M\u00eame le chef du gouvernement a fini par lire le vent : Akhannouch, lui, ne se repr\u00e9sente pas. Retrait \u00ab personnel et m\u00fbrement r\u00e9fl\u00e9chi \u00bb, jure-t-il ; sortie de secours avant l&rsquo;orage, soup\u00e7onnent les mauvaises langues. Il quitte la pr\u00e9sidence du parti mais garde, murmure-t-on, la t\u00e9l\u00e9commande.<br \/>Morale de l&rsquo;histoire : un bilan p\u00e2le ne se paie pas dans les urnes tant que l&rsquo;opposition sommeille, que le fief tient bon et que le maroquin attend sagement son propri\u00e9taire. Les jeunes de Fnideq, eux, ont trouv\u00e9 une autre fa\u00e7on de rendre leur bulletin. \u00c0 la nage.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Une r\u00e9union du conseil de gouvernement. 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