{"id":283307,"date":"2026-08-30T15:56:13","date_gmt":"2026-08-30T15:56:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/283307\/"},"modified":"2026-08-30T15:56:13","modified_gmt":"2026-08-30T15:56:13","slug":"zurich-hisse-un-gigantesque-drapeau-blanc-mais-ce-nest-pas-une-reddition","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/283307\/","title":{"rendered":"Zurich hisse un gigantesque drapeau blanc. Mais ce n\u2019est pas une reddition"},"content":{"rendered":"<p>                                                    WHITE FLAG, FERNANDO SANCHEZ CASTILLO             \u00a9\u00a0Marco Morosini                                          Agrandir l\u2019image : Illustration 1        <\/p>\n<p>Sur le lac de Zurich flotte en ce moment un drapeau qui n\u2019appartient \u00e0 personne. Il ne porte ni croix ni \u00e9toiles, ni blasons ni couleurs nationales. Il est enti\u00e8rement blanc. Et il est immense : 14 m\u00e8tres sur 22,22, soit plus de 311 m\u00e8tres carr\u00e9s de tissu suspendus dans le ciel au-dessus de la Landiwiese, la grande prairie au bord du lac o\u00f9 se d\u00e9roule chaque \u00e9t\u00e9 le grand festival <a href=\"https:\/\/www.theaterspektakel.ch\/en\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Z\u00fcrcher Theater Spektakel<\/a>.<\/p>\n<p>Le vent le gonfle, le tend, le fait retomber, puis le soul\u00e8ve \u00e0 nouveau. Ce n\u2019est pas un d\u00e9tail : le vent fait partie de l\u2019\u0153uvre. Le titre, <a href=\"https:\/\/www.theaterspektakel.ch\/en\/program26\/production\/fernando-sanchez-castillo-white-flag\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">WHITE FLAG<\/a>, renvoie en effet aussi \u00e0 <a href=\"https:\/\/www.centrobotin.org\/obra\/coreografia-01\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Coreograf\u00eda 01<\/a> : une sorte de gigantesque chor\u00e9graphie entre le tissu et l\u2019air, dans laquelle le drapeau ne prend jamais une forme d\u00e9finitive.<\/p>\n<p>L\u2019\u0153uvre a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue par <a href=\"https:\/\/fernandosanchezcastillo.com\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Fernando S\u00e1nchez Castillo<\/a>, artiste espagnol n\u00e9 \u00e0 Madrid en 1970, qui travaille depuis des d\u00e9cennies sur les symboles \u00e0 travers lesquels le pouvoir se repr\u00e9sente lui-m\u00eame : monuments, dictateurs, statues, arm\u00e9es, drapeaux. Ses \u0153uvres sont entr\u00e9es dans les collections du Centre Pompidou, du Reina Sof\u00eda et du MUDAM ; en ce moment m\u00eame, le Museo Reina Sof\u00eda de Madrid lui consacre une grande exposition, La Perla Peregrina, r\u00e9unissant quelque deux cents \u0153uvres.<\/p>\n<p>S\u00e1nchez Castillo a d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment fait fabriquer son drapeau blanc 22 centim\u00e8tres plus grand que le gigantesque <a href=\"https:\/\/www.alamy.it\/foto-immagine-bandiera-spagnola-nella-plaza-colon-di-madrid-spagna-50665381.html\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">drapeau national espagnol qui domine la Plaza de Col\u00f3n \u00e0 Madrid<\/a>. Et par la m\u00eame entreprise qui avait produit ce drapeau. Ce d\u00e9tail est loin d\u2019\u00eatre secondaire. L\u2019artiste s\u2019empare de l\u2019un des dispositifs symboliques les plus puissants invent\u00e9s par les \u00c9tats \u2014 le drapeau national \u2014 et lui retire tout : couleurs, embl\u00e8mes, arm\u00e9e, territoire, appartenance.<\/p>\n<p>Pas de rouge, pas de jaune, pas de croix, pas d\u2019\u00e9toiles. Pas de \u00ab nous \u00bb oppos\u00e9 \u00e0 \u00ab eux \u00bb. Il ne reste que le blanc. S\u00e1nchez Castillo a expliqu\u00e9 ainsi l\u2019intention de son \u0153uvre : \u00ab Je voulais inviter la soci\u00e9t\u00e9 civile \u00e0 se mobiliser pour la paix. \u00bb Il a \u00e9galement parl\u00e9 du drapeau blanc comme d\u2019une \u00ab invitation \u00e0 l\u2019entente \u00bb, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 d\u2019un monde rempli de drapeaux utilis\u00e9s pour exacerber les oppositions.<\/p>\n<p>C\u2019est ici que commence la partie la plus int\u00e9ressante. Car un drapeau blanc ne signifie pas n\u00e9cessairement la reddition. Dans le langage courant, l\u2019\u00e9quation semble automatique : hisser le drapeau blanc signifie se rendre. En droit international humanitaire, pourtant, sa signification est plus ancienne et plus complexe. Le drapeau blanc d\u00e9signe traditionnellement celui qui s\u2019approche de l\u2019adversaire pour communiquer, parlementer, n\u00e9gocier. Avant la reddition, il signifie donc quelque chose de plus \u00e9l\u00e9mentaire encore : s\u2019arr\u00eater, ne pas tirer, parler.<\/p>\n<p>Et il est difficile d\u2019imaginer un lieu plus charg\u00e9 de sens que la Suisse pour hisser aujourd\u2019hui ce symbole. Le programme du festival relie explicitement WHITE FLAG \u00e0 l\u2019histoire du droit international humanitaire, \u00e0 la tradition diplomatique suisse et \u00e0 la responsabilit\u00e9 internationale \u00e0 une \u00e9poque de nouveau travers\u00e9e par les guerres.<\/p>\n<p>Une question d\u00e9rangeante demeure \u00e9videmment. Face \u00e0 un agresseur, hisser un drapeau blanc est-il un appel \u00e0 la paix ou une capitulation ? Est-il possible d\u2019invoquer la neutralit\u00e9 lorsque quelqu\u2019un envahit votre pays ? Est-ce encore la paix lorsqu\u2019elle est obtenue en acceptant la loi du plus fort ? L\u2019\u0153uvre de S\u00e1nchez Castillo n\u2019apporte pas de r\u00e9ponse. Et c\u2019est peut-\u00eatre pr\u00e9cis\u00e9ment pour cela qu\u2019elle fonctionne. L\u2019artiste ne place pas dans le ciel un slogan pacifiste. Il y place une ambigu\u00eft\u00e9.<\/p>\n<p>Le lieu o\u00f9 il le fait est peu connu hors de Suisse, mais m\u00e9rite de l\u2019\u00eatre. Fond\u00e9 en 1980, le <a href=\"https:\/\/de.wikipedia.org\/wiki\/Z%C3%BCrcher_Theater_Spektakel\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Z\u00fcrcher Theater Spektakel<\/a> est le plus grand festival de th\u00e9\u00e2tre de Suisse et l\u2019un des principaux festivals europ\u00e9ens consacr\u00e9s aux arts contemporains de la sc\u00e8ne. Pendant dix-huit jours, chaque \u00e9t\u00e9, la Landiwiese se transforme en une petite ville \u00e9ph\u00e9m\u00e8re : chapiteaux, sc\u00e8nes en plein air, th\u00e9\u00e2tre, danse, performances, cirque contemporain, musique, restaurants et bars. Des dizaines de compagnies internationales y participent et quelque 150 000 personnes fr\u00e9quentent le site. Son esprit originel \u00e9tait celui du th\u00e9\u00e2tre alternatif des ann\u00e9es 1970 : sortir des temples de la culture, installer les artistes sous des chapiteaux et au milieu des gens. Tous ceux qui arrivent \u00e0 la Landiwiese n\u2019ach\u00e8tent pas un billet pour les quelques spectacles payants \u2014 la majorit\u00e9 sont gratuits ou \u00e0 prix libre. Beaucoup viennent simplement se promener, manger sur l\u2019herbe ou dans l\u2019un des vingt espaces de restauration r\u00e9partis sur la Landiwiese, se rencontrer, regarder ce qui se passe. Ainsi, l\u2019une des \u0153uvres les plus politiques de cette \u00e9dition n\u2019est enferm\u00e9e ni dans un mus\u00e9e ni sur une sc\u00e8ne. Elle flotte l\u00e0-haut, visible gratuitement par tous.<\/p>\n<p>S\u00e1nchez Castillo conna\u00eet bien ce proc\u00e9d\u00e9 : s\u2019emparer des monuments du pouvoir et les modifier jusqu\u2019\u00e0 en renverser le sens. Dans S\u00edndrome de Guernica, il transforma les restes de l\u2019Azor, le yacht de Francisco Franco, en un \u00e9norme bloc m\u00e9tallique. Dans Tank Man, il monumentalisa au contraire l\u2019homme anonyme qui, en juin 1989, se pla\u00e7a devant les chars sur la place Tian\u2019anmen : non plus le g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 cheval, mais l\u2019individu d\u00e9sarm\u00e9 qui r\u00e9siste au pouvoir.<\/p>\n<p>Et dans son travail appara\u00eet \u00e9galement Tomiko Higa, la petite fille d\u2019Okinawa qui, pendant la bataille de 1945, s\u00e9par\u00e9e de sa famille, s\u2019avan\u00e7a devant les soldats am\u00e9ricains en portant un drapeau blanc. Elle avait sept ans. Dans son cas, le blanc ne signifiait aucune doctrine g\u00e9opolitique. Il signifiait simplement : je veux vivre.<\/p>\n<p>C\u2019est peut-\u00eatre pr\u00e9cis\u00e9ment cette multiplicit\u00e9 de significations qui donne sa force au gigantesque drapeau sur le lac de Zurich. Vu de loin, il semble extr\u00eamement puissant. Trois cent onze m\u00e8tres carr\u00e9s de surface, plus grand que bien des drapeaux nationaux monumentaux. Mais il suffit de l\u2019observer quelques minutes pour s\u2019apercevoir qu\u2019il est extr\u00eamement fragile. Il d\u00e9pend enti\u00e8rement du vent. Il se tend, lutte, c\u00e8de, se froisse et recommence.<\/p>\n<p>La paix, pense-t-on en le regardant, n\u2019est pas l\u2019absence de vent. C\u2019est parvenir \u00e0 maintenir ensemble le tissu alors m\u00eame que le vent ne cesse de changer.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"WHITE FLAG, FERNANDO SANCHEZ CASTILLO \u00a9\u00a0Marco Morosini Agrandir l\u2019image : Illustration 1 Sur le lac de Zurich flotte&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":283308,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[16],"tags":[61176,61177,4138,23,61178,61179,61180,32],"class_list":["post-283307","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-zurich","tag-drapeau-blanc","tag-fernando-sanchez-castillo","tag-paix","tag-suisse","tag-theaterspektakel","tag-white-flag","tag-zuercher-theater-spektakel","tag-zurich"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@ch_fr\/117185281016659272","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/283307","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=283307"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/283307\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/283308"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=283307"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=283307"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=283307"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}