{"id":284993,"date":"2026-08-31T19:51:17","date_gmt":"2026-08-31T19:51:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/284993\/"},"modified":"2026-08-31T19:51:17","modified_gmt":"2026-08-31T19:51:17","slug":"cinema-suisse-le-sous-financement-menace-desormais-loutil-de-production","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/284993\/","title":{"rendered":"Cin\u00e9ma suisse : le sous-financement menace d\u00e9sormais l\u2019outil de production"},"content":{"rendered":"<p>Le d\u00e9bat sur le financement du cin\u00e9ma suisse change de nature. Il ne s\u2019agit plus seulement de d\u00e9terminer combien de films peuvent \u00eatre soutenus par les pouvoirs publics, mais de savoir si les entreprises qui les produisent disposent encore d\u2019un mod\u00e8le \u00e9conomique viable. <a href=\"https:\/\/www.fonction-cinema.ch\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Fonction : Cin\u00e9ma<\/a> alerte sur une fragilisation croissante des soci\u00e9t\u00e9s de production et appelle la branche \u00e0 se r\u00e9unir en Assises pour d\u00e9fendre une hausse des moyens consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019audiovisuel, en particulier en Suisse romande.<\/p>\n<p>Le diagnostic repose sur un effet de ciseaux d\u00e9sormais bien identifi\u00e9 : les co\u00fbts progressent alors que plusieurs enveloppes de financement stagnent. Au niveau f\u00e9d\u00e9ral, les cr\u00e9dits cin\u00e9ma sont soumis \u00e0 une politique de croissance z\u00e9ro pour la p\u00e9riode 2025-2028. Dans le m\u00eame temps, la pression sur l\u2019aide s\u00e9lective s\u2019est fortement accrue : selon les chiffres cit\u00e9s par Fonction : Cin\u00e9ma, le nombre de demandes re\u00e7ues par l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la culture (OFC) est pass\u00e9 de 464 en 2022 \u00e0 640 en 2025, soit pr\u00e8s de 38 % de hausse. Le taux de soutien des projets formellement admissibles serait, lui, pass\u00e9 de 38 % \u00e0 23 %.<\/p>\n<p>Quand les producteurs deviennent la variable d\u2019ajustement<br \/>Cette tension pourrait rester un probl\u00e8me de politique culturelle si elle ne produisait pas une cons\u00e9quence \u00e9conomique tr\u00e8s concr\u00e8te : une partie du financement des \u0153uvres est aujourd\u2019hui absorb\u00e9e par les entreprises elles-m\u00eames.<\/p>\n<p>Fonction : Cin\u00e9ma s\u2019appuie sur un rapport de l\u2019OFC consacr\u00e9 au financement de la production ind\u00e9pendante : CHF 7,1 millions de fonds propres participeraient chaque ann\u00e9e au financement des longs m\u00e9trages, dont environ CHF 6 millions correspondant \u00e0 des honoraires et frais g\u00e9n\u00e9raux de producteurs mis en participation dans l\u2019espoir de recettes futures. L\u2019association estime ainsi qu\u2019entre 7 % et 8 % du financement apparent des films repose sur des frais g\u00e9n\u00e9raux et des r\u00e9mun\u00e9rations auxquels les soci\u00e9t\u00e9s de production renoncent dans l\u2019imm\u00e9diat.<\/p>\n<p>Dans un march\u00e9 domestique de taille limit\u00e9e, o\u00f9 les recettes d\u2019exploitation ne permettent g\u00e9n\u00e9ralement pas de r\u00e9cup\u00e9rer ces montants, ce m\u00e9canisme revient \u00e0 transformer la marge et parfois la r\u00e9mun\u00e9ration de l\u2019entreprise en instrument de bouclage du financement. C\u2019est un point essentiel pour comprendre le probl\u00e8me. Une production peut \u00eatre financ\u00e9e sur le papier et rester \u00e9conomiquement sous-financ\u00e9e pour l\u2019entreprise qui la porte. Le nombre de films r\u00e9alis\u00e9s ne constitue donc pas, \u00e0 lui seul, un indicateur de bonne sant\u00e9 de la fili\u00e8re.<\/p>\n<p>Cette situation intervient alors que les charges progressent. Les nouveaux bar\u00e8mes salariaux indicatifs entr\u00e9s en vigueur d\u00e9but 2025 repr\u00e9sentent, selon Fonction : Cin\u00e9ma, une hausse moyenne de 6,9 % par rapport aux pr\u00e9c\u00e9dents bar\u00e8mes datant de 2009. S\u2019y ajoutent l\u2019inflation, les transports, l\u2019h\u00e9bergement, le mat\u00e9riel ainsi que de nouvelles exigences li\u00e9es notamment aux pratiques environnementales et \u00e0 la pr\u00e9vention des atteintes \u00e0 la personnalit\u00e9. L\u2019enjeu n\u2019est \u00e9videmment pas de remettre en cause ces standards professionnels. Il consiste plut\u00f4t \u00e0 d\u00e9terminer qui en assume le co\u00fbt lorsque les budgets de production ne sont pas ajust\u00e9s en cons\u00e9quence.<\/p>\n<p>Produire moins ? Une r\u00e9ponse \u00e9conomiquement risqu\u00e9e<br \/>Face \u00e0 la rar\u00e9faction relative des moyens, une solution para\u00eet intuitive : financer moins de projets, mais mieux les financer. Fonction : Cin\u00e9ma rejette cette approche et avance un argument qui d\u00e9passe la seule politique culturelle : l\u2019audiovisuel a besoin d\u2019une masse critique de productions pour entretenir son infrastructure professionnelle.<\/p>\n<p>Une diminution durable des tournages affecterait les techniciens et techniciennes, mais aussi les capacit\u00e9s de d\u00e9veloppement des producteurs, les trajectoires des auteurs et r\u00e9alisateurs, la rel\u00e8ve et la diversit\u00e9 des formats. Elle pourrait \u00e9galement rendre plus difficile le maintien d\u2019\u00e9quipes permanentes au sein des soci\u00e9t\u00e9s de production.<\/p>\n<p>Cette probl\u00e9matique rapproche le cin\u00e9ma d\u2019autres industries cr\u00e9atives : les comp\u00e9tences ne peuvent \u00eatre conserv\u00e9es durablement si le volume d\u2019activit\u00e9 devient trop irr\u00e9gulier. Dans l\u2019audiovisuel, la production d\u2019une \u0153uvre mobilise un r\u00e9seau de PME, d\u2019ind\u00e9pendants, de techniciens et de prestataires dont la p\u00e9rennit\u00e9 d\u00e9pend aussi de la continuit\u00e9 des commandes.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e9galement ce qui rend le d\u00e9bat particuli\u00e8rement important pour l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9conomie de la communication. La production audiovisuelle ne se limite plus au film de cin\u00e9ma : les comp\u00e9tences, infrastructures et talents circulent entre s\u00e9ries, contenus de marques, publicit\u00e9, t\u00e9l\u00e9vision et nouvelles formes narratives. L\u2019affaiblissement de l\u2019appareil de production peut donc avoir des effets qui d\u00e9passent le seul p\u00e9rim\u00e8tre culturel.<\/p>\n<p>La Lex Netflix ne peut pas encore servir de solution miracle<br \/>Depuis le 1er janvier 2024, les services de t\u00e9l\u00e9vision et de vid\u00e9o \u00e0 la demande concern\u00e9s doivent investir au moins 4 % de leur chiffre d\u2019affaires r\u00e9alis\u00e9 en Suisse dans la cr\u00e9ation cin\u00e9matographique. Sur le papier, ce nouveau flux financier pourrait modifier l\u2019\u00e9quation.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\">Comme Cominmag l\u2019a r\u00e9cemment relev\u00e9, CHF 128 millions restent encore \u00e0 investir dans le cin\u00e9ma suisse au titre de la Lex Netflix. Le m\u00e9canisme explique en partie ce d\u00e9calage : l\u2019obligation est calcul\u00e9e sur une p\u00e9riode de quatre ans, ce qui permet aux entreprises concern\u00e9es de reporter une partie de leurs investissements avant qu\u2019une \u00e9ventuelle taxe de remplacement ne soit exig\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\">La prudence s\u2019impose \u00e9galement dans la lecture des montants d\u00e9j\u00e0 comptabilis\u00e9s. Certains investissements concernent des projets engag\u00e9s avant m\u00eame l\u2019entr\u00e9e en vigueur de la nouvelle r\u00e9glementation. Winter Palace, premi\u00e8re collaboration entre la RTS et Netflix, avait par exemple \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9e en 2023 et son tournage avait d\u00e9but\u00e9 avant l\u2019application de la Lex Netflix.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\">Pour la production ind\u00e9pendante, la v\u00e9ritable question est donc celle de l\u2019additionnalit\u00e9 : quelle part des investissements r\u00e9alis\u00e9s par les plateformes correspond effectivement \u00e0 de nouveaux moyens inject\u00e9s dans la cr\u00e9ation suisse ? Et surtout, dans quelles proportions ces investissements b\u00e9n\u00e9ficieront-ils aux diff\u00e9rentes r\u00e9gions linguistiques et aux soci\u00e9t\u00e9s de production ind\u00e9pendantes ?<\/p>\n<p>SSR, OFC et Cin\u00e9forom : trois n\u00e9gociations d\u00e9cisives<br \/>La Lex Netflix constitue ainsi un levier potentiellement important, mais elle ne peut pas servir d\u2019argument pour compenser une stagnation des financements de l\u2019OFC, de la SSR ou des fonds r\u00e9gionaux.<\/p>\n<p>Pour la Suisse romande, trois acteurs concentrent d\u00e9sormais une grande partie des enjeux : la SSR, l\u2019OFC et Cin\u00e9forom :<br \/>Du c\u00f4t\u00e9 de la SSR, les transformations et \u00e9conomies en cours interviennent au moment o\u00f9 se pr\u00e9pare d\u00e9j\u00e0 une \u00e9ch\u00e9ance importante : l\u2019actuel Pacte de l\u2019audiovisuel, dot\u00e9 de CHF 34 millions par ann\u00e9e, arrive \u00e0 son terme fin 2027. Fonction : Cin\u00e9ma demande notamment que le prochain accord tienne compte de la hausse effective des co\u00fbts de production. L\u2019organisation souhaite aussi prot\u00e9ger, dans les budgets, 7 % de frais g\u00e9n\u00e9raux, 5 % de r\u00e9mun\u00e9ration de la production et 5 % d\u2019impr\u00e9vus afin que ces postes cessent de servir de variables d\u2019ajustement.<\/p>\n<p>Concernant l\u2019OFC, l\u2019association va beaucoup plus loin en proposant notamment un doublement des moyens de l\u2019aide s\u00e9lective, une indexation automatique des aides \u00e0 la production sur l\u2019inflation et une r\u00e9\u00e9valuation de la quote-part propre demand\u00e9e aux producteurs. Elle r\u00e9clame \u00e9galement davantage de pr\u00e9visibilit\u00e9 administrative, avec des d\u00e9lais mesurables pour le traitement des dossiers, la contractualisation et les versements.<\/p>\n<p>Ce dernier point est moins visible que les montants des subventions, mais il est d\u00e9terminant pour des PME. Dans une activit\u00e9 o\u00f9 les calendriers de tournage, les contrats de coproduction et la disponibilit\u00e9 des \u00e9quipes sont \u00e9troitement imbriqu\u00e9s, un retard administratif peut rapidement devenir un probl\u00e8me de tr\u00e9sorerie ou de production.<\/p>\n<p>En Suisse romande, Cin\u00e9forom face \u00e0 son propre effet de seuil<br \/>C\u2019est toutefois autour de Cin\u00e9forom que le d\u00e9bat prend une dimension sp\u00e9cifiquement romande. En 2026, son budget global atteint CHF 11,2348 millions, dont CHF 4,25 millions pour l\u2019aide s\u00e9lective et CHF 5,91 millions pour le soutien compl\u00e9mentaire. Mais son effet amplificateur s\u2019est r\u00e9duit : le soutien compl\u00e9mentaire cin\u00e9ma, qui repr\u00e9sentait 70 % du financement de r\u00e9f\u00e9rence au d\u00e9but du dispositif, est aujourd\u2019hui de 50 %. Selon les \u00e9l\u00e9ments avanc\u00e9s par Fonction : Cin\u00e9ma, Cin\u00e9forom estime qu\u2019un retour au niveau initial n\u00e9cessiterait au minimum CHF 5 millions suppl\u00e9mentaires par ann\u00e9e. L\u2019association propose d\u2019ouvrir la discussion autour d\u2019une augmentation pouvant atteindre \u00e0 terme CHF 6 millions suppl\u00e9mentaires, mobilisant cantons, villes et partenaires priv\u00e9s.<\/p>\n<p>La comparaison avec la Suisse al\u00e9manique nourrit directement cette revendication. Fonction : Cin\u00e9ma rappelle que la Z\u00fcrcher Filmstiftung dispose aujourd\u2019hui d\u2019un financement de CHF 15 millions hors frais de fonctionnement, tandis que d\u2019autres m\u00e9canismes r\u00e9gionaux existent notamment \u00e0 B\u00e2le, Berne et en Suisse centrale.<\/p>\n<p>La question devient d\u00e8s lors aussi celle de la comp\u00e9titivit\u00e9 territoriale. Dans une industrie o\u00f9 \u00e9quipes, tournages et coproductions sont mobiles, la capacit\u00e9 d\u2019une r\u00e9gion \u00e0 financer des projets contribue \u00e0 maintenir localement des comp\u00e9tences, des emplois et des soci\u00e9t\u00e9s capables de d\u00e9velopper de nouvelles \u0153uvres.<\/p>\n<p>Le point de vue de Cominmag<br \/>Le signal lanc\u00e9 par Fonction : Cin\u00e9ma est donc moins celui d\u2019une crise ponctuelle que celui d\u2019un possible changement de mod\u00e8le. Si les \u0153uvres continuent d\u2019exister parce que les entreprises et les professionnels renoncent progressivement \u00e0 une partie de leur r\u00e9mun\u00e9ration, le syst\u00e8me peut maintenir temporairement son volume de production tout en \u00e9rodant l\u2019infrastructure qui le rend possible.<\/p>\n<p>Cette fragilisation d\u00e9passe par ailleurs le seul cin\u00e9ma. Le march\u00e9 publicitaire est lui aussi directement concern\u00e9 par la sant\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s de production audiovisuelle. Films de marque, campagnes publicitaires, contenus digitaux ou formats destin\u00e9s aux r\u00e9seaux sociaux mobilisent en partie les m\u00eames entreprises, techniciens, r\u00e9alisateurs et infrastructures que la fiction et le documentaire. Un affaiblissement durable du tissu de production risque donc de r\u00e9duire les capacit\u00e9s disponibles, d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer la perte de comp\u00e9tences et, \u00e0 terme, de peser sur l\u2019ensemble de la cha\u00eene de valeur de la communication audiovisuelle en Suisse romande.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Le d\u00e9bat sur le financement du cin\u00e9ma suisse change de nature. 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