{"id":294163,"date":"2026-09-06T11:08:10","date_gmt":"2026-09-06T11:08:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/294163\/"},"modified":"2026-09-06T11:08:10","modified_gmt":"2026-09-06T11:08:10","slug":"simone-rinieri-grimaldi-redessiner-les-femmes-pour-quelles-se-retrouvent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/294163\/","title":{"rendered":"Simone Rinieri-Grimaldi, redessiner les femmes pour qu\u2019elles se retrouvent"},"content":{"rendered":"<p>\t\t\t\t\t \u00ab Je suis une obs\u00e9d\u00e9e du sourcil. \u00bb Simone Rinieri-Grimaldi le dit en riant, mais elle est parfaitement s\u00e9rieuse. Dans son univers, le sourcil n\u2019est pas un d\u00e9tail. Il encadre le visage, donne sa forme au regard, participe \u00e0 ce que l\u2019on reconna\u00eet de soi dans le miroir : \u00ab Le sourcil change une vie. Le regard, c\u2019est ce qu\u2019il y a de plus important. \u00bb <\/p>\n<p>L\u2019esth\u00e9tique, Simone est tomb\u00e9e dedans presque malgr\u00e9 elle. Sa m\u00e8re avait cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Corte le premier salon d\u2019esth\u00e9tique. Elle aurait pu reprendre le flambeau sans r\u00e9fl\u00e9chir. Elle choisit pourtant de partir \u00e0 Nice, de se former, d\u2019apprendre le maquillage, le conseil en image, puis le maquillage permanent. Elle cherche alors quelque chose de plus pr\u00e9cis, de plus cr\u00e9atif, qui lui permette de \u00ab s\u2019exprimer davantage \u00bb. <\/p>\n<p>Elle ne sait pas encore que ce savoir-faire va l\u2019emmener bien plus loin qu\u2019un institut de beaut\u00e9. Un jour, des femmes atteintes de cancer arrivent dans son fauteuil. Elles ont perdu leurs cheveux, leurs cils, leurs sourcils. Sur leur visage, la maladie est devenue visible. Simone leur redessine les sourcils. Et elles commencent \u00e0 lui parler : \u00ab Elles me disaient qu\u2019elles avaient d\u2019autres probl\u00e8mes, de peau, de muqueuses\u2026 Mais je ne savais m\u00eame pas quoi leur r\u00e9pondre. \u00bb <\/p>\n<p>Alors elle \u00e9coute. Une fois. Puis une autre. Les questions d\u00e9passent les sourcils. Elles parlent du corps qui change, de l\u2019intimit\u00e9, de la sexualit\u00e9, de l\u2019argent, de ce que l\u2019on ne dit pas forc\u00e9ment \u00e0 ses proches. Simone comprend qu\u2019elle ne peut pas tout r\u00e9gler. Mais qu\u2019elle peut essayer de ne laisser personne seule avec ces questions. En 2012, elle cr\u00e9e Belles et Battantes. <\/p>\n<p>\u00ab On n\u2019est pas aujourd\u2019hui une femme et demain malade\u00a0\u00bb\u00a0 <\/p>\n<p>\u00c0 travers cette association, elle imagine une \u00ab cha\u00eene rose \u00bb, un r\u00e9seau de professionnels capables d\u2019intervenir l\u00e0 o\u00f9 le parcours m\u00e9dical ne suffit plus : di\u00e9t\u00e9ticiennes, nutritionnistes, ost\u00e9opathes, r\u00e9flexologues, sexologues\u2026 Le principe tient en une phrase, qu\u2019elle r\u00e9p\u00e8te comme une conviction : \u00ab On n\u2019est pas aujourd\u2019hui une femme et demain malade, on est aussi une femme quand on est malade. \u00bb <\/p>\n<p>Dans son salon, ses \u00ab Girls \u00bb, comme elle aime les appeler, viennent parler autant qu\u2019elles viennent se faire pigmenter. La premi\u00e8re rencontre commence souvent par un \u00e9change. Puis elle prend un crayon. Elle dessine un sourcil sur le visage nu. Elle montre la forme, explique, ajuste. Il ne s\u2019agit pas seulement de retrouver deux lignes au-dessus des yeux. Il faut r\u00e9apprendre \u00e0 se regarder. \u00ab Le plus dur, quand on n\u2019a pas de cheveux, de sourcils, c\u2019est vraiment de soutenir le regard de l\u2019autre \u00bb, poursuit Simone.\u00a0 <\/p>\n<p>Alors elle transforme le rendez-vous en parenth\u00e8se. Elle apprend \u00e0 maquiller une peau devenue tr\u00e8s s\u00e8che, \u00e0 recr\u00e9er un regard lorsque les cils ont disparu. Elle cherche des astuces, teste des techniques. Les femmes participent, apprennent avec elle. Elle voudrait m\u00eame cr\u00e9er des \u00ab soins roses \u00bb chez les esth\u00e9ticiennes, avec des produits adapt\u00e9s aux peaux fragilis\u00e9es par les traitements et propos\u00e9s gratuitement. <\/p>\n<p>Le corps apr\u00e8s le cancer <\/p>\n<p>Et puis il y a les seins. Lorsqu\u2019elle \u00e9voque la pigmentation des ar\u00e9oles apr\u00e8s une mastectomie, son ton se fait plus grave : \u00ab C\u2019est tr\u00e8s particulier pour moi. \u00c7a me touche vraiment profond\u00e9ment. \u00bb Elle a vu des femmes mutil\u00e9es. Elle sait que les techniques de reconstruction ont progress\u00e9, mais elle sait aussi qu\u2019une reconstruction n\u2019est pas toujours souhait\u00e9e. Elle se souvient d\u2019une femme ayant subi une double mastectomie et qui avait choisi de ne pas se faire reconstruire. Elle voulait seulement retrouver des ar\u00e9oles. Simone a dessin\u00e9, observ\u00e9, cherch\u00e9 la bonne couleur, le bon relief. Deux \u00e0 trois heures pour une premi\u00e8re pigmentation. Puis une seconde s\u00e9ance, lorsque les pigments ont \u00e9clairci, pour apporter les derniers d\u00e9tails. <\/p>\n<p>Et puis vient le moment o\u00f9 elles d\u00e9couvrent le r\u00e9sultat : \u00ab \u00c7a y est ! \u00bb. Quelques mots. Mais pour Simone, ils disent tout. \u00ab C\u2019est comme si elles avaient fini le parcours. Elles ont retrouv\u00e9 leur f\u00e9minit\u00e9 et on arrive \u00e0 la fin du voyage.\u00a0\u00bb\u00a0 <\/p>\n<p>Simone ne compte plus vraiment les femmes qui sont pass\u00e9es sur sa table. Une cinquantaine, peut-\u00eatre. \u00ab Des dizaines, c\u2019est certain. \u00bb Elle se souvient surtout de leurs histoires, des conversations, de tout ce qui se dit dans le calme d\u2019un rendez-vous. Et elle reconna\u00eet quelque chose d\u2019inattendu : \u00e0 force de vouloir les aider, elle s\u2019est mise \u00e0 apprendre d\u2019elles. <\/p>\n<p>Avec ses \u00ab Girls \u00bb, ce qui compte d\u00e9sormais pour Simone tient parfois \u00e0 un sourcil, un regard, deux ar\u00e9oles redessin\u00e9es sur une poitrine meurtrie. Derri\u00e8re le pigment, elle cherche toujours la m\u00eame chose : aider ces femmes \u00e0 retrouver un peu de ce que la maladie a tent\u00e9 de leur enlever. \u00c0 Ajaccio, Bastia, Corte et Calvi, Simone continue de les recevoir. Elle \u00e9coute, dessine, pigmente, oriente\u2026 et recommence.\n\t\t\t\t <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\u00ab Je suis une obs\u00e9d\u00e9e du sourcil. \u00bb Simone Rinieri-Grimaldi le dit en riant, mais elle est parfaitement&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":294164,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[9],"tags":[39765,39747,39751,39752,39753,6478,6784,39763,24383,39766,17780,39754,39757,39761,39755,83,39748,39749,39750,39758,36745,84,39760,39762,39764,39759,23,39756],"class_list":["post-294163","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-sante","tag-ac-ajaccio","tag-actualites-corse","tag-actualites-en-ligne-corse","tag-actualites-locales-corse","tag-actualites-regionales-corse","tag-ajaccio","tag-bastia","tag-bonifacio","tag-calvi","tag-carnet-de-deuil-corse","tag-corte","tag-culture-corse","tag-economie-corse","tag-environnement-corse","tag-evenements-corse","tag-health","tag-infos-corse","tag-journal-corse","tag-media-corse","tag-politique-corse","tag-porto-vecchio","tag-sante","tag-sante-corse","tag-sartene","tag-sc-bastia","tag-sports-corse","tag-suisse","tag-tourisme-corse"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@ch_fr\/117223784921243989","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/294163","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=294163"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/294163\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/294164"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=294163"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=294163"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=294163"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}