{"id":362532,"date":"2026-10-23T13:31:11","date_gmt":"2026-10-23T13:31:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/362532\/"},"modified":"2026-10-23T13:31:11","modified_gmt":"2026-10-23T13:31:11","slug":"art-basel-paris-lartiste-ivoirien-carl-edouard-keita-entre-new-york-et-abidjan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/362532\/","title":{"rendered":"Art Basel Paris: l\u2019artiste ivoirien Carl-\u00c9douard Ke\u00efta entre New York et Abidjan"},"content":{"rendered":"<p>\n                        Carl-\u00c9douard Ke\u00efta a eu tout juste le temps de montrer sa nouvelle s\u00e9rie d\u2019\u0153uvres in\u00e9dites aux collectionneurs et au grand public venu au Grand Palais. Demain, l\u2019artiste ivoirien \u00e2g\u00e9 de 34 ans et bas\u00e9 \u00e0 New York sera d\u00e9j\u00e0 reparti en direction d\u2019Abidjan, et la prestigieuse foire d\u2019art contemporain Art Basel Paris sera forc\u00e9e de fermer, apr\u00e8s seulement une journ\u00e9e, au lieu de trois pr\u00e9vues, \u00e0 cause des risques de violences autour des manifestations organis\u00e9es samedi dans la capitale fran\u00e7aise. Entretien.        <\/p>\n<p>RFI\u00a0: Votre travail Les muses de l\u2019H\u00f4tel Ivoire montre deux femmes dans des couleurs vives dont une met sa main sur l\u2019\u00e9paule d\u2019une sculpture en bois r\u00e9alis\u00e9e d\u2019une fa\u00e7on traditionnelle, mais prenant la pose d\u2019une femme d\u2019aujourd\u2019hui. <\/p>\n<p>Carl-\u00c9douard Ke\u00efta\u00a0: Cette peinture m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e par la sculpture qu&rsquo;on voit sur la peinture. Je suis all\u00e9 \u00e0 un salon de design en 2025 et je suis tomb\u00e9 sur cette sculpture ivoirienne. Jusque-l\u00e0, je n&rsquo;ai jamais vu de sculpture ivoirienne dans ce style-l\u00e0. Cela m&rsquo;a intrigu\u00e9 et je me suis mis \u00e0 faire beaucoup de recherches dessus pour en savoir plus. Cela m&rsquo;a permis de d\u00e9couvrir de nouvelles choses sur les arts premiers de la C\u00f4te d&rsquo;Ivoire. Cette \u0153uvre repr\u00e9sente deux figures d&rsquo;un style r\u00e9aliste, mais tout aussi un peu abstrait. C\u2019est une sorte de conversation entre une femme des ann\u00e9es 1900 et deux femmes modernes juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Ces derni\u00e8res \u00e9taient \u00e0 l\u2019\u00e9poque des mannequins qui travaillaient dans des studios de cin\u00e9ma de Paris. Et elles faisaient des d\u00e9fil\u00e9s Miss Dior \u00e0 Abidjan, plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel Ivoire, dans les ann\u00e9es 1960.<\/p>\n<p>En 2018, votre \u0153uvre Les Demoiselles or Whatever parlait de l\u2019influence des arts premiers sur l\u2019art contemporain, avec une r\u00e9interpr\u00e9tation du chef-d\u2019\u0153uvre cubiste de Picasso. Les Muses de l\u2019H\u00f4tel Ivoire, est-ce aussi une allusion au ma\u00eetre espagnol\u00a0?<\/p>\n<p>Non, pas vraiment. Ici, ces muses sont des muses pour le \u00ab\u00a0design\u00a0\u00bb. Tout designer est oblig\u00e9 d&rsquo;avoir des muses pour faire ses habits. L\u2019axe central de cette \u0153uvre est le v\u00eatement. Le v\u00eatement \u00e0 gauche a \u00e9t\u00e9 fait par Karl Lagerfeld en 1976 pour la marque Chlo\u00e9. La robe s&rsquo;appelait \u00ab\u00a0C\u00f4te d&rsquo;Ivoire\u00a0\u00bb, mais on ne sait pas vraiment pourquoi il a choisi ce nom, pourquoi il a fait cette robe. La seule information dont je dispose est qu\u2019il l\u2019avait fait pour la femme d&rsquo;un milliardaire texan. Mais pourquoi ces couleurs et tout \u00e7a ? C&rsquo;est vraiment un travail d&rsquo;archives qui se m\u00e9langent et qui donne ce tableau.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"low\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Keita2-IMG-E1989.jpg\"   alt=\"\u00ab Les muses de l\u2019H\u00f4tel Ivoire \u00bb (d\u00e9tail), \u0153uvre de l\u2019artiste ivoirien Carl-\u00c9douard Ke\u00efta expos\u00e9e \u00e0 Art Basel Paris par la galerie C\u00e9cile Fakhoury, Abidjan.\" style=\"max-height:478px\" loading=\"lazy\" class=\"a-img \"\/><\/p>\n<p>                \u00ab Les muses de l\u2019H\u00f4tel Ivoire \u00bb (d\u00e9tail), \u0153uvre de l\u2019artiste ivoirien Carl-\u00c9douard Ke\u00efta expos\u00e9e \u00e0 Art Basel Paris par la galerie C\u00e9cile Fakhoury, Abidjan.        \u00a9 Siegfried Forster \/ RFI                    <\/p>\n<p>La peinture en face, Gbahi\u00e9 est pass\u00e9 par l\u00e0 (allons \u00e0 Toukouzou), nous envoie dans un tout autre univers\u00a0: une femme noire, v\u00eatue tout en blanc, tient une sculpture traditionnelle entre ses bras. Au-del\u00e0 d\u2019elle, sur le c\u00f4t\u00e9, tr\u00f4ne une croix blanche, mais on ne sait pas si c\u2019est un signe de protection ou de soumission. <\/p>\n<p>C&rsquo;est inspir\u00e9 d\u2019une photo d&rsquo;une de mes grandes-tantes. La statue baoul\u00e9 provient de la Fondation Barnes, situ\u00e9e \u00e0 Philadelphie. En tant que Baoul\u00e9, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 surpris de voir que c&rsquo;\u00e9tait l\u2019une des statues importantes de la collection, et j&rsquo;ai toujours voulu la repr\u00e9senter. Je suis tomb\u00e9 sur une photo d&rsquo;archive montrant la sculpture. La photo s&rsquo;appelle \u00ab\u00a0La maladie noire\u00a0\u00bb. J&rsquo;ai trouv\u00e9 \u00e7a assez int\u00e9ressant. Je me suis dit que je vais essayer de l&rsquo;utiliser aussi dans le cadre de ce que moi j&rsquo;appelle \u00ab\u00a0la maladie noire\u00a0\u00bb\u00a0: la religion, parce que la religion est devenue tr\u00e8s importante en Afrique. Cela a atteint un point o\u00f9 je trouve que c\u2019est le point de non-retour.<\/p>\n<p>Mais comment cr\u00e9er une conversation ? Pour cela, j&rsquo;ai repr\u00e9sent\u00e9 la femme de cette mani\u00e8re. Il s\u2019agit d\u2019un bapt\u00eame o\u00f9 elle tient cette sculpture, parce que chacun a sa sculpture baoul\u00e9. Et avant une conversion, elle tient sa sculpture et essaie de garder son identit\u00e9 originelle.<\/p>\n<p>Le b\u00e2timent qu&rsquo;on aper\u00e7oit est l\u2019\u00e9glise d&rsquo;un village ivoirien qui s&rsquo;appelle Toukouzou. Et les membres de cette \u00c9glise harriste ont pour particularit\u00e9 de s&rsquo;habiller en tout blanc et de ne pas porter de chaussures. Puis, il y a le bougainvillier, un arbre, un arbuste, qu&rsquo;on voit beaucoup en Afrique. C\u2019est le pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de ma m\u00e8re et de moi aussi.<\/p>\n<p>Vous \u00eates n\u00e9 \u00e0 Abidjan et apparemment, ce n&rsquo;\u00e9tait pas si facile de convaincre vos parents que vous vouliez devenir artiste.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai d\u00fb commencer d&rsquo;abord par l&rsquo;\u00e9conomie. Je n&rsquo;avais pas le choix. J&rsquo;ai obtenu mon dipl\u00f4me d&rsquo;\u00e9conomie \u00e0 Georgia State University, \u00e0 Atlanta. Ensuite, ma m\u00e8re voulait que je fasse un master en finance, mais je ne me sentais pas capable. Ma m\u00e8re m&rsquo;a dit textuellement\u00a0: si tu veux que je te soutienne dans ce projet-l\u00e0, tu dois \u00eatre admis dans les meilleures \u00e9coles. Pour cette raison, j&rsquo;ai postul\u00e9 \u00e0 la Parsons School of Design \u00e0 New York et plus tard \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie des Arts de New York.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"low\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Keita3-IMG-E1992.jpg\"   alt=\"Visiteurs regardent \u00ab Gbahi\u00e9 est pass\u00e9 par l\u00e0 \u00bb, \u0153uvre de l\u2019artiste ivoirien Carl-\u00c9douard Ke\u00efta expos\u00e9e \u00e0 Art Basel Paris par la galerie C\u00e9cile Fakhoury, Abidjan.\" style=\"max-height:478px\" loading=\"lazy\" class=\"a-img \"\/><\/p>\n<p>                Visiteurs regardent \u00ab Gbahi\u00e9 est pass\u00e9 par l\u00e0 \u00bb, \u0153uvre de l\u2019artiste ivoirien Carl-\u00c9douard Ke\u00efta expos\u00e9e \u00e0 Art Basel Paris par la galerie C\u00e9cile Fakhoury, Abidjan.        \u00a9 Siegfried Forster \/ RFI                    <\/p>\n<p>Pourquoi avez-vous une obsession pour l&rsquo;angle droit\u00a0? <\/p>\n<p>Quand j&rsquo;\u00e9tais jeune, ma m\u00e8re avait un livre d&rsquo;architecture o\u00f9 l\u2019on pr\u00e9sentait des maisons am\u00e9ricaines. Cela m&rsquo;a fascin\u00e9. Quand j\u2019ai vu ces angles, j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 dessiner ma future maison, ma future \u00e9cole de foot, ma future \u00e9cole, mon futur quartier&#8230; C&rsquo;est l\u00e0 que cette histoire a commenc\u00e9. Maintenant, avec l\u2019\u00e2ge que j\u2019ai, je me dis que je vais m\u2019arrondir un peu\u2026 [rires].<\/p>\n<p>Dans la plupart de vos tableaux, il y a une couleur dominante. Pendant votre processus cr\u00e9atif, \u00e0 quel moment le choix de la couleur s\u2019impose-t-il\u00a0? <\/p>\n<p>Avant, je n\u2019utilisais que le noir. J\u2019\u00e9tais obs\u00e9d\u00e9 par les fonds noirs. Pour cette exposition, je me suis dit qu\u2019il faut que je sorte de ce noir-l\u00e0. \u00a0C\u2019est un d\u00e9fi d\u2019utiliser des couleurs que je n&rsquo;ai jamais utilis\u00e9es, par exemple ce vert, cette orange, d\u00e9couvrir les blancs\u2026<\/p>\n<p>Vous avez une pr\u00e9f\u00e9rence pour les grands formats, sauf un petit tableau rond, Le bleu de l\u2019\u00e9t\u00e9. Est-ce que cela \u00e9tait une sorte de respiration entre deux grands formats\u00a0? <\/p>\n<p>En fait, j&rsquo;ai trouv\u00e9 ce cadre et je me suis dit qu\u2019il faut absolument que je fasse quelque chose avec. C\u2019\u00e9tait difficile, parce que je n&rsquo;ai jamais peint sur un objet rond, donc il fallait savoir les angles et tout \u00e7a, pour que cela reste droit vis-\u00e0-vis de l&rsquo;\u0153il de la personne qui regarde.<\/p>\n<p>Vous avez \u00e9t\u00e9 form\u00e9 \u00e0 New York et vous vivez et travaillez aujourd\u2019hui entre New York et Abidjan. Confirmez-vous l\u2019impression de certains qu\u2019Abidjan est devenu le nouveau centre de la culture contemporaine en Afrique de l&rsquo;Ouest\u00a0?<\/p>\n<p>Oui, on peut dire \u00e7a. Ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es, il s\u2019est vraiment d\u00e9velopp\u00e9 une sc\u00e8ne \u00e0 Abidjan. Il y a beaucoup de jeunes artistes, beaucoup de gens essaient de faire des choses importantes pour l&rsquo;art, des archives, des workshops sur l&rsquo;art africain\u2026 C&rsquo;est vraiment important, parce que nous avons grandi sans grandes r\u00e9f\u00e9rences artistiques. Aujourd&rsquo;hui, par la force des choses, on commence \u00e0 devenir des r\u00e9f\u00e9rences. On ne s&rsquo;y attendait pas, mais on le prend avec le sourire\u2026<\/p>\n<p>Quand vous avez \u00e9tudi\u00e9 aux Etats-Unis, vos r\u00e9f\u00e9rences \u00e9taient-elles occidentales, am\u00e9ricaines, africaines ? <\/p>\n<p>Ce n&rsquo;\u00e9taient que des r\u00e9f\u00e9rences africaines. Et mes proches et mes profs ne le comprenaient pas, parce que la plupart des \u00e9l\u00e8ves am\u00e9ricains ont des r\u00e9f\u00e9rences am\u00e9ricaines. Quand je venais avec mes r\u00e9f\u00e9rences africaines, les profs \u00e9taient du genre \u00e0 dire : \u00ab\u00a0De quoi parlez-vous ?\u00a0\u00bb. Mais je tenais \u00e0 avoir des gens qui me ressemblent comme r\u00e9f\u00e9rence. J&rsquo;ai toujours utilis\u00e9 mes r\u00e9f\u00e9rences africaines, ivoiriennes, comme\u00a0Ouattara Watts. Dans mon travail, vous voyez aussi toutes ces r\u00e9f\u00e9rences ivoiriennes. C&rsquo;est important, parce que notre culture n&rsquo;est pas connue et je souhaite la faire conna\u00eetre aupr\u00e8s d&rsquo;autres personnes pour qui cela pourrait \u00eatre int\u00e9ressant.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/cecilefakhoury.com\/en\/events\/523-art-basel-paris-2026-carl-edouard-keita\/\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">L\u2019\u0153uvre de Carl-\u00c9douard Ke\u00efta est pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 l\u2019Art Basel Paris au Grand Palais de Paris par la galerie C\u00e9cile Fakhoury, Abidjan.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Carl-\u00c9douard Ke\u00efta a eu tout juste le temps de montrer sa nouvelle s\u00e9rie d\u2019\u0153uvres in\u00e9dites aux collectionneurs et&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":362533,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[18],"tags":[414,175,176,28378,172,27045,34908,23],"class_list":["post-362532","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-bale","tag-arts","tag-bale","tag-basel","tag-cote-divoire","tag-culture","tag-culture-afrique","tag-notre-selection","tag-suisse"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@ch_fr\/117490475536120576","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/362532","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=362532"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/362532\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/362533"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=362532"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=362532"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=362532"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}