{"id":47537,"date":"2026-03-14T10:05:07","date_gmt":"2026-03-14T10:05:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/47537\/"},"modified":"2026-03-14T10:05:07","modified_gmt":"2026-03-14T10:05:07","slug":"avec-la-fille-de-sel-sonia-zoran-signe-un-roman-sensible-en-forme-dhommage-a-un-pere-mutique-sur-son-passe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/47537\/","title":{"rendered":"Avec \u00abLa Fille de sel\u00bb, Sonia\u00a0Zoran signe un roman sensible en forme d\u2019hommage \u00e0 un p\u00e8re mutique sur son pass\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Faire d\u2019une \u00eele de l\u2019Adriatique un lieu d\u2019\u00e9lection et de qu\u00eate identitaire, tout en comblant les silences d\u2019un p\u00e8re lentement emport\u00e9 par la maladie, c\u2019est le propos du roman de Sonia\u00a0Zoran, La Fille de sel. \u00abC\u2019est dans l\u2019\u00eele que j\u2019esp\u00e8re reprendre l\u2019histoire qui murmure en moi. Celle que tu n\u2019as pas su me raconter.\u00bb La toute petite \u00eele en forme de pince de homard, roche blanche et terre rouge entour\u00e9es de bleu, la narratrice l\u2019appellera simplement Otok, c\u2019est-\u00e0-dire \u00eele, en croate.<\/p>\n<p>Dans le monde de l\u2019enfance, pour la narratrice, il y avait un \u00abchez-nous\u00bb, en Suisse, et un \u00abchez-toi\u00bb, le pays du p\u00e8re. L\u2019ex-Yougoslavie qu\u2019il a quitt\u00e9e pour ne plus y revenir. Un pays et une enfance dont il ne parlait pas. Entre Ivan le Terrible et Omar Sharif, se dessine dans l\u2019imaginaire de la petite fille un Orient immense et fabuleux. Partir, revenir, rien de plus naturel pour les habitants d\u2019Otok, que la mer relie \u00e0 la terre enti\u00e8re. Marine marchande, mines belges ou r\u00eaves australiens, tout le monde est parti un jour ou a attendu le retour de quelqu\u2019un.<\/p>\n<p>Nager des heures durant<\/p>\n<p>\u00abSur Otok, la mer est partout. Je la vois en cuisinant. [\u2026] Elle brille au bout des ruelles, devant l\u2019\u00e9glise, et quand il fait nuit, elle devient miroir pour la lune.\u00bb Nager des heures durant en observant poulpes, oursins et poissons, \u00eatre attentive aux incessantes mutations de la lumi\u00e8re, de la couleur de l\u2019eau, dict\u00e9es par la danse des vents dominants, maestral, bura, jugo: la beaut\u00e9 des lieux offre la plus sensuelle des invitations. Apprivoiser les \u00eeliens demande en revanche une patience infinie. Ils font preuve d\u2019une attentive brusquerie, vous scrutent et ne vous adressent pas la parole avant de savoir \u00ab\u00e0 qui\u00bb vous appartenez.<\/p>\n<p>Puis, par paliers successifs, ils savent se montrer terriblement attachants. Sans vous conna\u00eetre encore, on fait mine de vous reconna\u00eetre, on vous adresse la parole. Sans se presser. Jusqu\u2019au jour o\u00f9 vous serez l\u00e9gitime \u00e0 vous fondre dans le petit th\u00e9\u00e2tre qui se joue chaque soir sur le port. Le Professeur, la Fleur, le Ventre, le Poisson: tout le monde a un surnom, et tout le monde fait \u00e0 la fois partie du spectacle et du public. Et puis viendra le moment o\u00f9 votre voix pourra se m\u00ealer aux chants qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent dans la nuit. Vous pourrez monter sur une petite barque de p\u00eacheur au petit matin et m\u00eame, et vous ne serez l\u00e0 plus tout \u00e0 fait une \u00e9trang\u00e8re, participer \u00e0 la r\u00e9colte des olives.<\/p>\n<p>Tous ensemble et chacun pour soi<\/p>\n<p>Sur Otok, on prend le temps. On pose une question, on lance une boutade au coin d\u2019une rue, avant de s\u2019\u00e9loigner sans attendre de r\u00e9ponse. R\u00e9ponse qui viendra le lendemain ou un autre jour, adress\u00e9e peut-\u00eatre \u00e0 une tierce personne. Ainsi circule la parole, entre familiarit\u00e9 et retenue: \u00abC\u2019est comme si nous faisions un long voyage, tous ensemble et chacun pour soi, partageant jour apr\u00e8s jour quelques instants sur le port.\u00bb<\/p>\n<p>Pour \u00e9pouser au mieux les rythmes de la parole, mettre en dialogue pass\u00e9 et pr\u00e9sent, \u00abchez-nous\u00bb et \u00abchez-toi\u00bb, l\u2019\u00e9criture proc\u00e8de par fragments. Une conversation brusquement interrompue permet d\u2019encha\u00eener avec les \u00abil n\u2019y a rien \u00e0 dire\u00bb paternels, mani\u00e8re d\u2019esquiver toute question relative au pass\u00e9. La mer qui soudainement s\u2019assombrit renvoie aux sautes d\u2019humeur du p\u00e8re et son irr\u00e9m\u00e9diable solitude. Beaucoup de mots croates s\u2019invitent dans le texte, mani\u00e8re pour la narratrice de d\u00e9clarer son amour pour la langue que son p\u00e8re n\u2019a pas voulu lui transmettre.<\/p>\n<p>L\u2019empreinte des guerres<\/p>\n<p>A Otok non plus, on n\u2019aime pas parler de ce qui peine, de ce qui blesse. Encore moins de sa sant\u00e9, et surtout pas du pass\u00e9. \u00abTout le monde ici conna\u00eet sa propre ombre, celle des siens, mais aussi celle qui accompagne son voisin. Et bien s\u00fbr celle de toutes et tous, l\u2019ombre des deux guerres, et m\u00eame des pr\u00e9c\u00e9dentes, que les vivants d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019ont pas v\u00e9cues, mais dont ils sont issus.\u00bb<\/p>\n<p>Les ombres du pass\u00e9, Sonia Zoran les conna\u00eet bien, elle qui a couvert comme journaliste l\u2019\u00e9clatement de l\u2019ex-Yougoslavie. Ses chroniques de guerre ont \u00e9t\u00e9 rassembl\u00e9es dans son premier livre, D\u00e9chirements yougoslaves, publi\u00e9 aux Editions Metropolis en 1993. Des ombres de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, qui n\u2019ont eu de cesse de poursuivre son p\u00e8re, la narratrice n\u2019entendra que quelques bribes. Terribles: les trains de la d\u00e9portation vers l\u2019Allemagne qui traversaient les gares; les cadavres flottant sur le Danube, que les enfants p\u00eachaient contre quelques sous.<\/p>\n<p>La Fille de sel. Un roman de Sonia Zoran, L\u2019Aire, 340 p.<\/p>\n<p>Sonia Zoran sera pr\u00e9sente au Salon du livre de Gen\u00e8ve (18-22\u00a0mars): le 21\u00a0mars de 12h \u00e0 13h30, d\u00e9dicace sur le stand des Editions de l\u2019Aire; de 14h \u00e0 15h, rencontre (sc\u00e8ne Chalet) avec <a href=\"https:\/\/www.letemps.ch\/culture\/livres\/avec-en-beaux-caracteres-dora-kiss-fait-le-choix-du-roman-pour-combler-les-silences-d-une-famille-arrivee-de-hongrie-en-suisse-en-1956\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">D\u00f3ra Kiss (En beaux caract\u00e8res. Une vie hongroise<\/a>, La Baconni\u00e8re) sur le th\u00e8me \u00abH\u00e9ritage culturel: retour vers le pass\u00e9\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Faire d\u2019une \u00eele de l\u2019Adriatique un lieu d\u2019\u00e9lection et de qu\u00eate identitaire, tout en comblant les silences d\u2019un&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":47538,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[3],"tags":[16357,1260,25,389,214,23],"class_list":["post-47537","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-suisse","tag-balkans","tag-entre-temps","tag-free","tag-litterature","tag-livres","tag-suisse"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@ch_fr\/116226970301769768","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47537","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=47537"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47537\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/47538"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=47537"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=47537"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=47537"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}