{"id":5219,"date":"2026-02-15T18:51:19","date_gmt":"2026-02-15T18:51:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/5219\/"},"modified":"2026-02-15T18:51:19","modified_gmt":"2026-02-15T18:51:19","slug":"luniversite-de-berne-met-fin-a-son-enseignement-du-tibetain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/5219\/","title":{"rendered":"L\u2019Universit\u00e9 de Berne met fin \u00e0 son enseignement du tib\u00e9tain"},"content":{"rendered":"<p>La seule fili\u00e8re universitaire en Suisse qui enseignait le tib\u00e9tain va fermer ses portes. Une d\u00e9cision qui suscite de vives r\u00e9actions, car elle touche \u00e0 la visibilit\u00e9 de la diaspora tib\u00e9taine en Suisse, l\u2019une des plus importantes au monde.<\/p>\n<p>Le cursus \u00ab\u00a0Etudes d&rsquo;Asie Centrale\u00a0\u00bb propose l\u2019\u00e9tude du Tibet sous toutes ses coutures: religion, art, histoire, politique. La langue enseign\u00e9e \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Berne n\u2019est pas celle que parlent les Tib\u00e9tains \u00e0 la maison. C\u2019est du tib\u00e9tain litt\u00e9raire, un peu comme le latin en Europe: une langue ancienne, utilis\u00e9e pour lire et comprendre les textes historiques.<\/p>\n<p>Tenzin Yundung est suisse et tib\u00e9taine et vient de terminer son master \u00e0 Berne. Pour elle, suivre ces \u00e9tudes a \u00e9t\u00e9 un privil\u00e8ge. \u00ab\u00a0Pour moi, c\u2019est essentiel d\u2019avoir la chance de pouvoir \u00e9tudier ma langue et ma culture, non seulement dans la vie priv\u00e9e, mais aussi dans un contexte acad\u00e9mique\u00a0\u00bb, explique-t-elle mardi dans La Matinale de la RTS.<\/p>\n<p>Une discipline exigeante<\/p>\n<p>Officiellement, l&rsquo;universit\u00e9 a d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;arr\u00eater ce cursus en raison du manque d&rsquo;\u00e9tudiants. On parle de cinq \u00e0 dix personnes par cours, et d&rsquo;un seul master par an.<\/p>\n<p>La d\u00e9cision \u00e9tait sur la table depuis longtemps. La tib\u00e9tologie est une discipline exigeante, avec une langue complexe, affirme Christoph Pappa, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Universit\u00e9 de Berne. \u00ab\u00a0Tr\u00e8s peu de gens avaient envie, ou m\u00eame la capacit\u00e9, de s\u2019y plonger. Et qu\u2019est-ce qu\u2019on est cens\u00e9 faire avec ces \u00e9tudes apr\u00e8s? C\u2019est tellement sp\u00e9cifique que \u00e7a n\u2019a attir\u00e9 que tr\u00e8s peu de monde\u00a0\u00bb, souligne-t-il.<\/p>\n<p>Une d\u00e9cision qui ne fait pas l\u2019unanimit\u00e9<\/p>\n<p>Yannick Laurent, charg\u00e9 des cours tib\u00e9tains jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e, juge simpliste l\u2019argument du manque d\u2019\u00e9tudiants. Selon lui, l\u2019apprentissage du tib\u00e9tain \u00ab\u00a0demande du temps\u00a0\u00bb et un certain \u00ab\u00a0investissement, mais pas plus que pour d\u2019autres langues comme le grec ancien ou le chinois, \u00e9galement enseign\u00e9es \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Berne\u00a0\u00bb. Il ajoute que \u00ab\u00a0toutes les universit\u00e9s suisses qui proposent des sciences des religions font face \u00e0 une baisse g\u00e9n\u00e9rale des effectifs. Ce n\u2019est donc pas un ph\u00e9nom\u00e8ne propre \u00e0 Berne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Une d\u00e9cision par ailleurs incompr\u00e9hensible pour Tenzin Yundung, qui estime qu\u2019elle ne fait pas honneur \u00e0 l\u2019histoire forte entre la Suisse et la communaut\u00e9 tib\u00e9taine. Elle rappelle que dans les ann\u00e9es 1960 et 1970, \u00ab\u00a0la Suisse a \u00e9t\u00e9 le premier pays occidental \u00e0 recueillir des r\u00e9fugi\u00e9s tib\u00e9tains\u00a0\u00bb. La famille de son p\u00e8re faisait d&rsquo;ailleurs partie de ceux qui ont fui \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p>\n<p>Une d\u00e9cision acad\u00e9mique aux r\u00e9sonances politiques<\/p>\n<p>Plusieurs associations tib\u00e9taines en Suisse et en Europe s&rsquo;inqui\u00e8tent \u00e9galement. Elles y voient un signal tr\u00e8s n\u00e9gatif pour une communaut\u00e9 d\u00e9j\u00e0 fragilis\u00e9e, surtout dans un contexte o\u00f9 la Chine cherche \u00e0 effacer le mot \u00ab\u00a0Tibet\u00a0\u00bb de ses textes officiels. L\u2019Association internationale des \u00e9tudes tib\u00e9taines, qui rassemble des chercheurs notamment \u00e0 Paris et \u00e0 Oxford, partage cette inqui\u00e9tude. Elle redoute qu\u2019un vide acad\u00e9mique s\u2019installe en Suisse.<\/p>\n<p>L\u2019Universit\u00e9 de Berne affirme que ce n\u2019est pas son r\u00f4le de maintenir une fili\u00e8re cr\u00e9\u00e9e il y a vingt ans autour d\u2019une professeure sp\u00e9cialis\u00e9e aujourd\u2019hui retrait\u00e9e. Selon le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral Christoph Pappa, cette formation n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e comme un geste politique. L\u2019universit\u00e9, dit-il, \u00ab\u00a0est responsable du volet scientifique, pas du volet politique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pour sauver l\u2019\u00e9tude de la tib\u00e9tologie en Suisse, plusieurs pistes sont \u00e9voqu\u00e9es. L\u2019Universit\u00e9 de Lausanne pourrait reprendre le programme, d\u2019autant plus que sa biblioth\u00e8que poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0 une riche collection sur le Tibet. Mais un tel programme repr\u00e9sente un co\u00fbt important. Par ailleurs, une motion politique a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9e au Grand Conseil bernois.<\/p>\n<p class=\"sources\">Sujet radio: C\u00e9lia Bertholet<\/p>\n<p class=\"credit\">Adaptation web: Miroslav Mares<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"La seule fili\u00e8re universitaire en Suisse qui enseignait le tib\u00e9tain va fermer ses portes. 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