{"id":89945,"date":"2026-04-15T08:02:21","date_gmt":"2026-04-15T08:02:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/89945\/"},"modified":"2026-04-15T08:02:21","modified_gmt":"2026-04-15T08:02:21","slug":"montres-soie-et-bons-offices-la-diaspora-suisse-au-japon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/89945\/","title":{"rendered":"Montres, soie et bons offices: la diaspora suisse au\u00a0Japon"},"content":{"rendered":"<p>    <img src=\"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/yokohama-titelbild.webp.jpeg\" width=\"1800\" height=\"1067\" alt=\"Carte du port de Yokohama en 1868.\" loading=\"eager\" decoding=\"sync\" fetchpriority=\"high\"\/><\/p>\n<p>                Le port de Yokohama, par Sadahide Hashimoto, 1868.            <\/p>\n<p>            Wikim\u00e9dia        <\/p>\n<p>        Apr\u00e8s l\u2019ouverture forc\u00e9e du Japon au commerce mondial, la Suisse voulut elle aussi s\u2019implanter \u00e9conomiquement dans le pays du Soleil Levant. Yokohama, l\u2019un des ports ouverts aux \u00e9changes internationaux, devint rapidement l\u2019\u00e9picentre de la diaspora suisse locale.\n<\/p>\n<p>        Ce contenu a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 sur    <\/p>\n<p>        15 avril 2026 &#8211; 08:19\n<\/p>\n<p>Swissinfo publie\u00a0r\u00e9guli\u00e8rement d\u2019autres articles tir\u00e9s du\u00a0<a href=\"https:\/\/blog.nationalmuseum.ch\/fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener nofollow\">blog du Mus\u00e9e national suisseLien externe<\/a> consacr\u00e9s \u00e0 des sujets historiques. Ces articles sont disponibles en allemand, en fran\u00e7ais et en anglais.<\/p>\n<p>Durant l\u2019\u00e9poque d\u2019Edo (1603\u20131868), le Japon avait fortement restreint ses relations ext\u00e9rieures et instaur\u00e9 un strict contr\u00f4le du commerce avec l\u2019\u00e9tranger. Les derni\u00e8res ann\u00e9es du shogunat Tokugawa furent notamment marqu\u00e9es par la pression des grandes puissances \u00e9trang\u00e8res, qui parvinrent \u00e0 imposer des \u00abtrait\u00e9s in\u00e9gaux\u00bb \u00e0 un r\u00e9gime affaibli. <\/p>\n<p>La Suisse souhaita elle aussi tirer parti du nouveau march\u00e9 qui s\u2019ouvrait en Asie orientale. Dans le sillage d\u2019une premi\u00e8re tentative infructueuse en 1859, le Neuch\u00e2telois Aim\u00e9 Humbert-Droz mit sur pied une mission diplomatique entre 1862 et 1864 qui se solda par la conclusion d\u2019un trait\u00e9 commercial.<\/p>\n<p>    <img src=\"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/aime-humbert.webp.jpeg\" width=\"1500\" height=\"1862\" alt=\"Aim\u00e9 Humbert-Droz\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" fetchpriority=\"auto\"\/><\/p>\n<p>                Aim\u00e9 Humbert-Droz, ancien conseiller aux \u00c9tats et pr\u00e9sident de l\u2019Union horlog\u00e8re , fut \u00e0 la t\u00eate de la d\u00e9l\u00e9gation qui n\u00e9gocia le premier trait\u00e9 commercial entre la Suisse et le Japon.            <\/p>\n<p>            Wikim\u00e9dia        <\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 d\u2019autres accords sign\u00e9s par le Japon, le trait\u00e9 nippo-suisse se voulait plus \u00e9galitaire. Il \u00e9tablit une pr\u00e9sence officielle de la Suisse dans le pays, avec des consulats \u00e0 Yokohama et, plus tard, \u00e0 Tokyo.<\/p>\n<p>Commerce et transfert de technologie<\/p>\n<p>Un embryon de diaspora suisse \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent au Japon avant m\u00eame la signature du trait\u00e9 de 1864, gr\u00e2ce souvent \u00e0 une double nationalit\u00e9. Parmi eux, l\u2019horloger franco-suisse Fran\u00e7ois Perregaux et le photographe fribourgeois Pierre Rossier, qui travaillait pour la soci\u00e9t\u00e9 britannique Negretti\u00a0&amp;\u00a0Zambra dans les ann\u00e9es\u00a01850. <\/p>\n<p>\u00c0 partir de 1864, plusieurs entreprises suisses \u00e9tablirent des succursales au Japon. Nombre d\u2019entre elles \u00e9taient actives dans l\u2019import-export. Outre le th\u00e9 et la soie, produits phares de l\u2019\u00e9conomie d\u2019exportation japonaise, les machines et les montres jou\u00e8rent un r\u00f4le important dans le commerce avec la Suisse.<\/p>\n<p>Les \u00e9changes entre la Suisse et le Japon \u00e9taient ainsi marqu\u00e9s par des entreprises comme Siber-Hegner ou Favre-Brandt. L\u2019horloger Alberto Favre-Zanotti fit office d\u2019\u00abexpert \u00e9tranger\u00bb et dispensa l\u2019expertise n\u00e9cessaire aux partenaires japonais. Le transfert de connaissances li\u00e9 \u00e0 l\u2019exportation de montres et la pr\u00e9sence sur place d\u2019horlogers comme Favre-Zanotti contribua largement \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une industrie horlog\u00e8re japonaise. <\/p>\n<p>La demande en montres prit l\u2019ascendant \u00e0 partir de 1873, apr\u00e8s l\u2019adoption par le Japon du calendrier gr\u00e9gorien en lieu et place du calendrier lunaire traditionnel. Ce d\u00e9veloppement permit \u00e0 la diaspora suisse de se positionner comme un acteur cl\u00e9 sur le march\u00e9 d\u2019importation et en tant qu\u2019interm\u00e9diaire avec l\u2019industrie horlog\u00e8re suisse. <\/p>\n<p>En 1896, le journal <a href=\"https:\/\/www.e-newspaperarchives.ch\/?a=d&amp;d=LSL18960116-01.2.9.1&amp;e=-------de-20--1--img-txIN--------0-----\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener nofollow\">La Suisse lib\u00e9raleLien externe<\/a> rapporta qu\u2019une nouvelle soci\u00e9t\u00e9 pour la fabrication de montres du nom de Japan Pocket Watch Co. avait \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e: \u00abCette soci\u00e9t\u00e9 a fait venir de Suisse quelques machines et les outils n\u00e9cessaires et elle sera dirig\u00e9e par un jeune Japonais qui a pass\u00e9 quelques ann\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00c9cole d\u2019horlogerie du Locle.\u00bb <\/p>\n<p>Hattori Kintar\u014d, fondateur de la marque <a href=\"https:\/\/blog.nationalmuseum.ch\/fr\/2023\/05\/les-chronographes-suisses-aux-jeux-olympiques\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener nofollow\">SeikoLien externe<\/a>, fut lui aussi form\u00e9 par des horlogers suisses au Japon. La marque Citizen est \u00e9galement issue d\u2019un partenariat helv\u00e9tico-japonais.<\/p>\n<p>    <img src=\"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/seiko-laurel.webp.jpeg\" width=\"647\" height=\"1050\" alt=\"La toute premi\u00e8re montre-bracelet Seiko\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" fetchpriority=\"auto\"\/><\/p>\n<p>                En 1913, la marque Seiko produisit sa premi\u00e8re montre-bracelet: le mod\u00e8le \u00abLaurel\u00bb.            <\/p>\n<p>            Seiko        <\/p>\n<p>Un petit bout de Suisse de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du monde<\/p>\n<p>La diaspora suisse \u00e0 Yokohama \u00e9tait majoritairement issue des classes ais\u00e9es et principalement masculine. Diplomates, commer\u00e7ants, missionnaires et ing\u00e9nieurs exer\u00e7aient souvent plusieurs fonctions en parall\u00e8le. <\/p>\n<p>La minorit\u00e9 f\u00e9minine se composait d\u2019\u00e9pouses, de missionnaires et de voyageuses. Cependant, bon nombre de Suissesses et de Suisses ne furent que de passage au Japon. Seule une minorit\u00e9 s\u2019y installa durablement. En d\u00e9pit des obstacles linguistiques et confessionnels, une identit\u00e9 commune forte parvint \u00e0 se d\u00e9velopper. La f\u00eate nationale suisse du 1er\u00a0ao\u00fbt, avec l\u2019organisation de concours de tir, \u00e9tait un temps fort de la vie de la diaspora.<\/p>\n<p>La vie de la communaut\u00e9 de Yokohama \u00e9tait \u00e9galement marqu\u00e9e par d\u2019autres f\u00eates de tir. L\u2019une d\u2019elles, qui \u00e9tait organis\u00e9e au mois de juin et qui attirait \u00e9galement d\u2019autres communaut\u00e9s occidentales, laissa des traces dans les archives. En 1868, le journal <a href=\"https:\/\/www.e-newspaperarchives.ch\/?a=d&amp;d=LCE18680823-01.2.5&amp;e=-------de-20--1--img-txIN--------0-----\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener nofollow\">Le Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9Lien externe<\/a> relata l\u2019\u00e9v\u00e9nement en \u00e9voquant un \u00abvieux souvenir du pays, qui a fait battre le c\u0153ur \u00e0 plus d\u2019un Suisse\u00bb.<\/p>\n<p>                Pr\u00e9c\u00e9dent            <\/p>\n<p>                Suivant            <\/p>\n<p>    <img src=\"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/villa-basilea-1.webp.jpeg\" width=\"1500\" height=\"1125\" alt=\"La villa Basilea \u00e0 Yokomama.\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" fetchpriority=\"auto\"\/><\/p>\n<p>                La bataille de Sempach \u00e9tait \u00e9galement comm\u00e9mor\u00e9e \u00e0 Yokohama: le 9 juillet 1886, la diaspora suisse se r\u00e9unit \u00e0 la villa Basilea d\u00e9cor\u00e9e pour l\u2019occasion, o\u00f9 une cantine avait \u00e9t\u00e9 install\u00e9e.            <\/p>\n<p>            Mus\u00e9e national suisse        <\/p>\n<p>    <img src=\"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/villa-basilea-2.webp.jpeg\" width=\"1500\" height=\"1125\" alt=\"La villa Basilea \u00e0 Yokohama.\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" fetchpriority=\"auto\"\/><\/p>\n<p>                La bataille de Sempach \u00e9tait \u00e9galement comm\u00e9mor\u00e9e \u00e0 Yokohama: le 9 juillet 1886, la diaspora suisse se r\u00e9unit \u00e0 la villa Basilea d\u00e9cor\u00e9e pour l\u2019occasion, o\u00f9 une cantine avait \u00e9t\u00e9 install\u00e9e.            <\/p>\n<p>            Mus\u00e9e national suisse        <\/p>\n<p>Neutra\u00adli\u00adt\u00e9 en temps de guerre<\/p>\n<p>Le Japon se retrouva de plus en plus isol\u00e9 sur la sc\u00e8ne internationale au cours de la Seconde Guerre mondiale dans le Pacifique. Parall\u00e8lement, un sentiment de m\u00e9fiance croissante se d\u00e9veloppa \u00e0 l\u2019\u00e9gard des \u00e9trang\u00e8res et \u00e9trangers occidentaux. <\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s japonaises se mirent \u00e0 consid\u00e9rer les communaut\u00e9s europ\u00e9ennes comme une \u00abcinqui\u00e8me colonne\u00bb potentielle, susceptible de menacer l\u2019effort de guerre. La neutralit\u00e9 suisse rev\u00eatit alors une importance particuli\u00e8re, puisque la Suisse proposa ses bons offices au gouvernement japonais et finit par repr\u00e9senter les int\u00e9r\u00eats de 16\u00a0pays au Japon et ceux du Japon dans 19\u00a0pays.<\/p>\n<p>La Seconde Guerre mondiale entra\u00eena une diminution de la diaspora suisse au Japon. Les bombardements alli\u00e9s des villes portuaires forc\u00e8rent ses membres restants \u00e0 se retirer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres, notamment vers Onomichi ou Karuizawa.<\/p>\n<p>La capitulation du Japon en ao\u00fbt\u00a01945 et l\u2019occupation de l\u2019archipel par les Alli\u00e9s mit fin au syst\u00e8me des ports ouverts. Plusieurs facteurs contribu\u00e8rent \u00e0 ce changement, dont l\u2019\u00e9puisement \u00e9conomique des puissances europ\u00e9ennes et la croissance rapide du Japon durant l\u2019apr\u00e8s-guerre. Le Japon fut par ailleurs int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 l\u2019ordre g\u00e9opolitique de la guerre froide.<\/p>\n<p>Une histoire faite d\u2019interd\u00e9pendances<\/p>\n<p>De nos jours, la diaspora suisse au Japon compte quelque 10\u2019000\u00a0personnes, principalement concentr\u00e9es dans les m\u00e9tropoles. Le Japon fait par ailleurs partie des destinations touristiques les plus populaires aupr\u00e8s de la population suisse. Ce qui subsiste des quartiers internationaux des si\u00e8cles pass\u00e9s s\u2019est dissous dans le tissu urbain au fil du temps, laissant la place \u00e0 des quartiers ordinaires.<\/p>\n<p>L\u2019histoire de la diaspora suisse \u00e0 Yokohama illustre le r\u00f4le d\u00e9terminant du commerce, du transfert de technologies et de l\u2019activit\u00e9 diplomatique dans les relations bilat\u00e9rales. Entre soie et montres, il s\u2019agit d\u2019un chapitre m\u00e9connu des relations entre la Suisse et le Japon.<\/p>\n<p>                Sur l\u2019auteur            <\/p>\n<p>William Favre est historien et mus\u00e9ologue, actuellement assistant de recherche \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/blog.nationalmuseum.ch\/fr\/2026\/03\/la-diaspora-suisse-au-japon\/\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener\">L\u2019article original sur le site du blog du Mus\u00e9e national suisseLien externe<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Le port de Yokohama, par Sadahide Hashimoto, 1868. 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