{"id":97681,"date":"2026-04-21T03:34:09","date_gmt":"2026-04-21T03:34:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/97681\/"},"modified":"2026-04-21T03:34:09","modified_gmt":"2026-04-21T03:34:09","slug":"il-y-a-65-000-ans-une-seule-region-de-france-a-efface-toute-la-diversite-genetique-des-neandertaliens-deurope","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/ch-fr\/97681\/","title":{"rendered":"Il y a 65 000 ans, une seule r\u00e9gion de France a effac\u00e9 toute la diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique des N\u00e9andertaliens d&rsquo;Europe"},"content":{"rendered":"<p>Il y a 65 000 ans, quelque chose a effac\u00e9 toute la diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique des N\u00e9andertaliens d\u2019Europe. Pas une catastrophe soudaine, pas une m\u00e9t\u00e9orite, pas un volcan. Un goulot d\u2019\u00e9tranglement d\u00e9mographique silencieux, concentr\u00e9 dans une seule r\u00e9gion : le sud-ouest de la France actuelle. Une \u00e9tude publi\u00e9e en mars 2026 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences vient de reconstituer ce basculement avec une pr\u00e9cision in\u00e9dite, et les conclusions bousculent ce qu\u2019on croyait comprendre de l\u2019extinction de nos cousins les plus proches.<\/p>\n<p style=\"font-weight:700;font-size:1.05em;margin:0 0 0.7em 0;color:#333;\">\u00c0 retenir<\/p>\n<p>Une seule r\u00e9gion fran\u00e7aise a concentr\u00e9 l\u2019ensemble de la diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique n\u00e9andertalienne avant son effondrement<br \/>\nUn \u00e9v\u00e9nement climatique brutal il y a 75 000 ans a d\u00e9cim\u00e9 les populations du nord et cr\u00e9\u00e9 un refuge inattendu<br \/>\nMalgr\u00e9 une expansion g\u00e9ographique, les N\u00e9andertaliens tardifs partageaient tous le m\u00eame ADN : une fragilit\u00e9 biologique masqu\u00e9e<\/p>\n<p style=\"font-weight:700;margin:0 0 0.5em 0;color:#333;font-size:0.95em;\">Sommaire<\/p>\n<p><a href=\"#59-genomes-une-seule-lignee\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">59 g\u00e9nomes, une seule lign\u00e9e<\/a><br \/>\n<a href=\"#le-sud-ouest-de-la-france-dernier-refuge\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Le sud-ouest de la France, dernier refuge<\/a><br \/>\n<a href=\"#la-diversite-genetique-un-facteur-cle-de-l-extinction\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">La diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique : un facteur cl\u00e9 de l\u2019extinction<\/a><\/p>\n<p>59 g\u00e9nomes, une seule lign\u00e9e<\/p>\n<p>Une \u00e9quipe internationale dirig\u00e9e par l\u2019arch\u00e9og\u00e9n\u00e9ticien Cosimo Posth, de l\u2019Universit\u00e9 de T\u00fcbingen, a analys\u00e9 les s\u00e9quences d\u2019ADN mitochondrial d\u2019un total de 59 individus n\u00e9andertaliens. La m\u00e9thode repose sur une ressource g\u00e9n\u00e9tique particuli\u00e8rement robuste face au temps : les chercheurs ont \u00e9tudi\u00e9 l\u2019ADN mitochondrial, un mat\u00e9riel g\u00e9n\u00e9tique pr\u00e9sent dans les mitochondries. Bien qu\u2019il contienne moins d\u2019informations que le g\u00e9nome complet, cet ADN se conserve souvent mieux dans les restes anciens. Un avantage d\u00e9cisif quand on tente de lire l\u2019histoire d\u2019ossements vieux de plusieurs dizaines de mill\u00e9naires.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9quipe a s\u00e9quenc\u00e9 l\u2019ADN mitochondrial de dix nouveaux individus n\u00e9andertaliens, provenant de six sites arch\u00e9ologiques situ\u00e9s en Belgique, en France, en Allemagne et en Serbie. Ces donn\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 compar\u00e9es \u00e0 49 g\u00e9nomes mitochondriaux d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9s. Parmi les sites particuli\u00e8rement riches : le site sous roche de Tourtoirac, en France, o\u00f9 ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts trois restes de N\u00e9andertaliens analys\u00e9s dans cette \u00e9tude. Pour aller plus loin que la seule g\u00e9n\u00e9tique, l\u2019\u00e9quipe a crois\u00e9 ces analyses avec la base de donn\u00e9es arch\u00e9ologique ROAD, afin de mod\u00e9liser l\u2019\u00e9volution spatiale de l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat est sans appel. Presque tous les N\u00e9andertaliens tardifs d\u2019Europe appartiennent \u00e0 une seule lign\u00e9e mitochondriale de diversification r\u00e9cente, confirmant un remplacement g\u00e9n\u00e9tique \u00e0 grande \u00e9chelle. : l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on s\u2019attendait \u00e0 trouver plusieurs populations distinctes coexistant \u00e0 travers le continent, il n\u2019y avait plus qu\u2019un seul rameau. Un arbre g\u00e9n\u00e9alogique r\u00e9duit \u00e0 une branche unique, de l\u2019Espagne au Caucase.<\/p>\n<p>Le sud-ouest de la France, dernier refuge<\/p>\n<p>Comment en est-on arriv\u00e9 l\u00e0 ? Le sc\u00e9nario reconstitu\u00e9 par les chercheurs commence bien avant le basculement g\u00e9n\u00e9tique, autour de -75 000 ans. Des conditions climatiques extr\u00eames il y a environ 75 000 ans ont fortement affect\u00e9 les N\u00e9andertaliens d\u2019Europe, r\u00e9duisant leurs populations autrefois diversifi\u00e9es g\u00e9n\u00e9tiquement. Les sites arch\u00e9ologiques diminuent alors en nombre et se concentrent de plus en plus dans le sud-ouest de l\u2019Europe.<\/p>\n<p>Selon Cosimo Posth, les groupes de N\u00e9andertaliens d\u2019Europe du Nord ont p\u00e9ri, tandis qu\u2019un groupe qui se trouvait d\u00e9j\u00e0 dans le sud-ouest de la France a surv\u00e9cu \u00e0 ce changement climatique. \u00ab\u00a0Les N\u00e9andertaliens avaient d\u00e9j\u00e0 connu plusieurs glaciations auparavant, mais la derni\u00e8re s\u2019est av\u00e9r\u00e9e particuli\u00e8rement rude pour leur survie.\u00a0\u00bb Le P\u00e9rigord, le Quercy, les vall\u00e9es de Dordogne, ces paysages que les touristes d\u2019aujourd\u2019hui parcourent pour leurs ch\u00e2teaux et leurs truffes \u2014 ont donc jou\u00e9 un r\u00f4le de refuge climatique pour la derni\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration d\u2019une esp\u00e8ce humaine enti\u00e8re.<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es ont permis de reconstruire leur retrait vers l\u2019actuelle France du Sud-Ouest. L\u00e0, il y a environ 65 000 ans, une nouvelle population a \u00e9merg\u00e9 et s\u2019est ensuite r\u00e9pandue dans toute l\u2019Europe. Plus tard, le climat s\u2019est r\u00e9chauff\u00e9 et les N\u00e9andertaliens ont commenc\u00e9 \u00e0 se d\u00e9placer plus largement, mais la majeure partie de leur diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique avait \u00e9t\u00e9 perdue, de sorte que m\u00eame des groupes tr\u00e8s dispers\u00e9s avaient un ADN tr\u00e8s similaire. Une expansion g\u00e9ographique sans expansion g\u00e9n\u00e9tique : le paradoxe d\u2019une esp\u00e8ce qui reconquiert l\u2019espace mais reste prisonni\u00e8re de son \u00e9troitesse biologique.<\/p>\n<p>Un individu, pourtant, \u00e9chappe \u00e0 ce sch\u00e9ma. Un individu nomm\u00e9 Thorin, d\u00e9couvert dans la Grotte Mandrin en France, dat\u00e9 d\u2019environ 50 000 ans, appartient \u00e0 l\u2019une des anciennes lign\u00e9es. Des preuves sugg\u00e8rent qu\u2019au moins l\u2019une de ces lign\u00e9es ant\u00e9rieures a r\u00e9ussi \u00e0 survivre \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement de contraction. Posth pr\u00e9cise que Thorin repr\u00e9sente \u00ab\u00a0le seul sp\u00e9cimen qui ne rentre pas dans l\u2019histoire.\u00a0\u00bb Une anomalie qui rappelle que la r\u00e9alit\u00e9 biologique r\u00e9siste toujours aux mod\u00e8les trop propres.<\/p>\n<p>La diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique : un facteur cl\u00e9 de l\u2019extinction<\/p>\n<p>En biologie \u00e9volutive, une faible diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique est un immense handicap, rendant les populations particuli\u00e8rement vuln\u00e9rables aux maladies et aux variations environnementales. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce pi\u00e8ge que les N\u00e9andertaliens tardifs n\u2019ont pas pu \u00e9viter. Comme ils semblaient provenir d\u2019un seul groupe, leur diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique globale avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9duite par rapport aux populations pr\u00e9c\u00e9dentes ; ils \u00e9taient tous extr\u00eamement similaires sur le plan g\u00e9n\u00e9tique \u00e0 travers l\u2019Europe. Cette faible diversit\u00e9, qui s\u2019est accentu\u00e9e il y a environ 42 000 ans, peu avant la disparition g\u00e9n\u00e9rale des N\u00e9andertaliens, \u00ab\u00a0a probablement contribu\u00e9 \u00e0 leur extinction\u00a0\u00bb, a soulign\u00e9 Posth.<\/p>\n<p>Les chercheurs ont utilis\u00e9 un programme statistique pour calculer si les changements de diversit\u00e9 de l\u2019ADN mitochondrial dans le temps \u00e9taient compatibles avec l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une population de taille constante. Ce n\u2019\u00e9tait pas le cas : selon les calculs, le nombre de N\u00e9andertaliens a d\u00e9clin\u00e9 rapidement et brutalement entre 45 000 et 42 000 ans avant notre \u00e8re. Trente mille ans apr\u00e8s le basculement g\u00e9n\u00e9tique du sud-ouest de la France, la chute finale \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 amorc\u00e9e.<\/p>\n<p>La question de la cause reste ouverte. Les chercheurs estiment qu\u2019il n\u2019y a pas eu une seule cause \u00e0 l\u2019extinction des N\u00e9andertaliens, mais que ce manque de diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique les a rendus plus vuln\u00e9rables face aux changements climatiques et autres perturbations. Malgr\u00e9 cette faible diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique, les N\u00e9andertaliens tardifs d\u2019Europe pr\u00e9sentaient une grande diversit\u00e9 d\u2019un site \u00e0 l\u2019autre, notamment en ce qui concerne leurs artefacts et leur art. Posth explique que les groupes de N\u00e9andertaliens tardifs \u00e9taient peu connect\u00e9s entre eux, ce qui aurait engendr\u00e9 des groupes plus consanguins, \u00ab\u00a0mais aussi une plus grande diversit\u00e9 culturelle et arch\u00e9ologique, car ces groupes isol\u00e9s auraient d\u00e9velopp\u00e9 des cultures plus sp\u00e9cialis\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 le paradoxe fascinant de cette histoire : les N\u00e9andertaliens ont peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9, dans leurs derniers mill\u00e9naires, les plus \u00ab\u00a0culturellement originaux\u00a0\u00bb au moment m\u00eame o\u00f9 ils \u00e9taient g\u00e9n\u00e9tiquement les plus fragiles. Et les prochaines \u00e9tapes de la recherche pourraient affiner encore ce tableau : de futures analyses pourraient chercher \u00e0 tester ces r\u00e9sultats en analysant l\u2019ADN des noyaux cellulaires des N\u00e9andertaliens plut\u00f4t que de leurs mitochondries, un d\u00e9fi majeur car l\u2019ADN nucl\u00e9aire est plusieurs centaines de fois moins abondant que l\u2019ADN mitochondrial dans les cellules. ce que l\u2019on sait aujourd\u2019hui n\u2019est peut-\u00eatre que le d\u00e9but du r\u00e9cit.<\/p>\n<p class=\"source-link\">Sources\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.futura-sciences.com\/planete\/actualites\/neandertaliens-cette-region-france-aurait-ete-dernier-refuge-neandertaliens-selon-nouvelle-analyse-genetique-133195\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">futura-sciences.com<\/a> | <a href=\"https:\/\/www.naturalsciences.be\/fr\/science\/actualites\/les-derniers-neandertaliens-d-europe-descendaient-d-une-seule-population\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">naturalsciences.be<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Il y a 65 000 ans, quelque chose a effac\u00e9 toute la diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique des N\u00e9andertaliens d\u2019Europe. 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