
Agathe Willaume, la nouvelle directrice de Citad’elles à Nantes
Crédit : Hélène Hamon
Alors que le sujet des violences faites aux femmes et aux enfants fait plus que jamais l’actualité, Citad’elles, le lieu d’accueil dédidé aux femmes victimes de violences à Nantes, est désormais dirigé par Agathe Willaume. Juriste, autrice, politologue mais aussi formatrice, le CV d’Agathe Willaume, qui arrive tout droit de Belgique, est impressionnant. Elle connaît bien le fléau des violences faites aux femmes. C’est donc, tout naturellement, qu’elle a décidé, fin mai, de rejoindre cette structure unique en France.
« C’est une ville qui ambitionne d’être d’ici 2030 la première ville non-sexiste de France, c’était très motivant… C’est un projet unique, et très intéressant parce qu’il pense vraiment l’accompagnement des femmes victimes et de leurs enfants de manière intégrale et intégrée.
Citad’elles – un projet unique en France
Intégrale, car Citad’elles propose un accompagnement des femmes dans toutes les sphères de leur vie, qui sont atteintes par les violences et on accompagne une majorité de violences conjugales ou intrafamiliales. La sphère de la santé, la sphère du droit au logement, au niveau du droit des étrangères quand ce sont des femmes issues de l’immigration. La sphère juridique, le lien avec le judiciaire mais également tout ce qui concerne le dépôt de plainte. Le corps aussi avec l’accompagnement dans la réparation au niveau du trauma par le corps avec une ostéopathe. Toute cette aide se fait au sein même de Citad’elles, ce qui évite aux femmes d’être « trimballées » d’un service à un autre à l’extérieur. C’est vraiment le projet de Citad’elles en lui-même en tant que structure intégrale intégrée qui m’a fait venir à Nantes ».
Agathe Willaume, la nouvelle directrice de Citad’ellesAgathe Willaume, la nouvelle directrice de Citad’elles
« Ce sont rarement des femmes seules »
Pour rappel, la structure, a accueilli depuis son ouverture, en 2019, près de 7 000 femmes victimes de violences. Ce lieu refuge ouvert sept jours sur sept, et 24h/24 s’adresse aussi aux enfants. « Au niveau des chiffres, on est à peu près à trois femmes par jour qui poussent la porte de Citad’elles, et qui ne connaissaient pas Citad’elles avant… et sur près de 7 000 femmes accompagnées, il y a plus de 80% de femmes qu’on accompagne qui sont mères. Ça veut dire qu’on accompagne les femmes et leurs enfants. Ce sont rarement des femmes seules, il peut y avoir un, deux, trois enfants, voire plus parfois… Et je pense qu’il y a aussi des femmes qui n’osent pas encore pousser la porte de Citad’elles, » donc le chiffre de 7 000 pourrait être plus élevé.
Agathe Willaume, la nouvelle directrice de Citad’ellesAgathe Willaume, la nouvelle directrice de Citad’elles
Agathe Willaume tient à rappeler que la structure est dédiée aux femmes victimes de toutes formes de violence, celles qui se voient et celles aussi qui ne se voient pas. « Dans certains milieux, il n’y aura pas de violences physiques, mais il y aura énormément de violences économiques. Il pourrait y avoir des violences administratives, mais on accompagne aussi ces types de violences.
Toutes formes de violences, physiques ou économiques et administratives
On a trop souvent le stéréotype de la femme battue, qui est la seule à pouvoir bénéficier de structures d’aide et d’accompagnement. A Citad’elles, il est important de rappeler qu’on accompagne aussi des femmes qui peuvent être, par exemple, victimes de violences administratives. Exemple : une femme d’origine étrangère se fait confisquer ses papiers d’identité par son conjoint. Ça peut être une femme qui n’a pas accès à son compte bancaire, ou une femme qui ne se verra pas payer la pension alimentaire en contexte post-séparation. Tout ce qui fait que la personne va être enfermée et privée de liberté, dans la relation conjugale. »
Agathe Willaume, la nouvelle directrice de Citad’ellesAgathe Willaume, la nouvelle directrice de Citad’elles
Agathe Willaume, reconnue dans le milieu depuis quinze ans a notamment beaucoup travaillé sur la notion de contrôle coercitif, une notion pas toujours très connue du grand public. Il s’agit d’un continuum de violences, d’humiliations et de manipulations exercées de façon répétée par l’auteur des violences, l’objectif est clair : établir un rapport de domination et priver de façon continue la victime de ses droits. La nouvelle directrice de Citad’elles a même écrit un ouvrage sur le sujet.
« C’est une violence qui est sur mesure, le contrôle coercitif. L’auteur des violences, il connaît parfaitement la victime, donc il sait où appuyer pour faire mal. Ce ne sera pas la même chose pour chaque victime, il sait précisément pour sa victime où appuyer pour l’empêcher de partir, pour la terroriser. Le contrôle coercitif permet de se concentrer sur quel est le schéma de comportement, quelles sont les actions répétées, multiples, qui sont mises en place par l’auteur pour qu’elle ne parte pas. Et ça permet d’arrêter de se demander, mais pourquoi n’est-elle pas partie ? La question n’est pas pourquoi elle n’est pas partie, la question est, qu’a-t-il mis en place pour qu’elle ne parte pas ? En regardant le contrôle coercitif, c’est ça qu’on regarde. C’est toutes les manifestations, toutes les micro-régulations qui sont mises en place pour que la victime ne parte pas. Le contrôle coercitif, ça va vraiment mettre le focus sur les actes qui sont mis en place au quotidien pour priver de son autonomie la victime, pour l’isoler, pour l’humilier, pour la violenter ».
Agathe Willaume, la nouvelle directrice de Citad’ellesAgathe Willaume, la nouvelle directrice de Citad’elles
C’est aussi l’occasion de rappeler que certaines remarques peuvent être dévastatrices. Pour Agathe Willaume, il est important, désormais, que la société toute entière s’empare de ces sujets.
« Il y a, à l’échelle plus élevée de la pyramide, les féminicides et les infanticides. La pyramide, elle descend, et en fait, le socle de base du continuum des violences faites aux femmes et aux enfants, c’est le sexisme ordinaire. C’est une société dans laquelle il y a une inégalité entre les hommes et les femmes. La responsabilité, elle est, au quotidien, de peut-être plus laisser passer des remarques sexistes, parce que la banalisation, en fait, du sexisme, ça entraîne un laisser-passer à la discrimination envers les femmes, qui, si on monte la pyramide, progressivement, du sexisme verbal, on va aller vers le sexisme dans les entreprises, ça peut aller vers, effectivement, des conduites d’humiliation, puis de violence, puis de viol, et puis à la fin, de féminicide, par exemple. Dans la majorité des cas de féminicide, il n’y avait pas eu de violence physique avant. Par contre, dans la grande majorité des cas de féminicide, il y avait eu du contrôle coercitif. C’est l’accumulation de ces petits éléments de privation de liberté qui, en fait, dans la majorité des cas de féminicide, ont conduit à l’acte létal ».