Le syndicat des travailleurs Corse (STC) de France 3 Via Stella a appelé à la grève ce lundi 15 juin devant les locaux de Bastia et d’Ajaccio de la chaîne. Si les autres syndicats, dont l’union majoritaire SNJ-UNSA, ne se sont pas officiellement joints à cet appel, certains de leurs représentants étaient tout de même présents. Ils dénoncent notamment des problèmes financiers, des conditions de travail dégradées, une qualité d’antenne en berne et un impact fort sur le tissu économique local et l’emploi de la langue corse.
À Ajaccio, une trentaine d’employés issus de différents services, était mobilisée autour du délégué STC Joseph Truddaiu. « Nous avons décidé de porter publiquement nos revendications et d’alerter les médias sur les menaces qui pèsent aujourd’hui sur l’avenir de la chaîne, sur ses missions de service public et sur les emplois qui lui permettent d’exister », a-t-il expliqué.
À Bastia, une partie du personnel de Via Stella a également débrayé pendant une heure. Doc CML’ombre d’une baisse du budget et de suppressions de postes
Selon les élus STC, Via Stella subirait une réduction budgétaire de 1,2 million d’euros et la suppression de cinq postes de CDD. Les recettes publicitaires du groupe seraient estimées à la baisse avec 21 millions d’euros pour 2026, « faisant craindre de nouvelles restrictions ». Ils ajoutent aussi qu’en 2025, 542 000 euros de budget n’auraient pas été « consommés » et « restitués » à France Télévisions.
Au-delà des craintes pour le fonctionnement de la chaîne, ces baisses de budget impactent l’ensemble du secteur audiovisuel insulaire puisqu’une partie des programmes est produite par des sociétés de production locales. Rappelons que Via Stella existe via une convention tripartite entre l’État, la Collectivité de Corse (CdC) et France Télévision. Ses budgets dépendent de ces trois entités.
Après avoir détaillé l’ensemble des points qui ont mené à ce préavis de grève, les représentants syndicaux ont établi une liste de revendications qui commence par la consommation « intégrale du budget 2026, sans aucune restitution à France Télévisions ». S’ajoute à cela le maintient du budget pour 2027 à hauteur de 2026, la mise en place de « points réguliers, précis et transparents sur l’exécution budgétaire », des garantis de maintien des CDD, la préservation des conditions de travail et la mise en place de mesure concrète pour diminuer « significativement le taux de rediffusion », qui s’élève à 56 %.
Pour le délégué STC Joseph Truddaiu, il était nécessaire d’exprimer publiquement les inquiétudes des salariés quand à l’avenir de la chaîne. PASCAL POCHARD-CASABIANCA »Les inquiétudes des salariés sont légitimes »
Jointe par téléphone, la directrice de la chaîne, Sylvie Acquaviva, a estimé que « les inquiétudes des salariés sont légitimes », mettant en avant la crise que traverse l’audiovisuel public dans le pays. Elle confirme que les budgets nationaux sont revus à la baisse alors que les recettes publicitaires sont effectivement en chute. Toutefois, elle précise que Via Stella « est perçue, considérée et arbitrée comme une chaîne de plein exercice » qui garde les « moyens de sa pérennité ».
Face à cette crise nationale, la directrice rappelle que la chaîne revoit ses process, ses modes de fabrications et s’adapte « pour garder le niveau » de diffusion qu’on lui connaît. « Le public sera seul juge », indique-t-elle. Concernant les chiffres de rediffusion et des budgets, elle souligne que l’ensemble est public et consultable facilement. « Les détails des 542 000 euros ont été présentés aux élus en comité social et économique (CSE). Ce n’est pas de l’argent que nous renvoyons à France Télévisions, c’est un résultat d’exploitation 2025 qui est en économie », mesure-t-elle.
Du côté de la CdC, les subventions sont restées stables depuis 2024 et s’élèvent à 800 000 euros par an, versé en deux fois, selon les documents officiels.
Depuis 2017, le taux de rediffusion est plutôt resté stable (60 % en 2019, 52 % en 2022). Malgré des discussions la semaine dernière, ce préavis de grève a été maintenu. Pour les représentants syndicaux l’avenir dépend des politiques et de la grille du programme de la rentrée qui devrait être dévoilée en juillet.