Société

Albert Corrieri saisit la Cour européenne des droits de l’homme réclamant réparation pour son travail forcé en Allemagne entre 1943 et 1945.

Publié le 15 juin 2026 à 19h30

Envoyé travailler sans salaire et dans des conditions inhumaines, Albert Corrieri réclame 43 200 euros. Photo © Capture d'écran reportage TF1

Envoyé travailler sans salaire et dans des conditions inhumaines, Albert Corrieri réclame 43 200 euros. Photo © Capture d’écran reportage TF1

Il a traversé un siècle. Il a aussi traversé l’horreur. Albert Corrieri, 104 ans, ancien requis du Service du travail obligatoire (STO), n’a pas renoncé à obtenir réparation pour les deux années qu’il a passées de force en Allemagne nazie, entre 1943 et 1945. Faute d’avoir été entendu par la justice française, il porte désormais son combat devant la Cour européenne des droits de l’homme.

A LIRE Esclavage : le « Code noir » va-t-il disparaître du droit français ?

J’ai été réduit à l’état d’esclave, contraint d’effectuer les travaux les plus pénibles sous la menace des armes, six jours sur sept, dix heures d’affilée, de jour comme de nuit, et sans percevoir le moindre centime de rémunération. J’estime que la France a une dette envers moi.

Envoyé travailler dans une usine chimique à Ludwigshafen, sans salaire et dans des conditions qu’il décrit comme inhumaines, Albert Corrieri réclame 43 200 euros, soit dix euros de l’heure pour son labeur forcé. Une somme modeste au regard de ce qu’il a enduré.

Reconnaître l’esclavage moderne de la Seconde Guerre mondiale

En février 2025, la cour d’appel de Marseille a rejeté sa demande, s’appuyant sur une loi de 1951 qui avait prévu une indemnisation des victimes du STO. Montant de cette réparation historique : l’équivalent de 260 à 300 euros actuels. La juridiction a jugé cette somme suffisante.

Son avocat ne l’entend pas ainsi. L’indemnisation versée il y a sept décennies est dérisoire, argue-t-il, et l’État « aurait dû créer un fonds d’indemnisation pour les rescapés comme Albert, qui se comptent sur les doigts d’une main ».

Au-delà des euros réclamés, c’est une reconnaissance que cherche Albert Corrieri. « Le temps presse. À 104 ans, Albert est au grand crépuscule de sa vie », et « la Cour européenne est donc notre ultime espoir », a poursuivi l’avocat durant une conférence de presse.

Le STO a mobilisé de force plusieurs centaines de milliers de Français entre 1943 et 1945, déportés dans les usines et chantiers du Reich pour pallier le manque de main-d’œuvre allemande. Pour Albert Corrieri, la CEDH représente la dernière instance, et la dernière chance, d’obtenir que son calvaire soit enfin nommé pour ce qu’il fut.

A LIRE Nos traditions sont-elles nazies ?