« Au volant d’une Audi R8, normalement, on est vite repéré. Mais pas sur la Côte d’Azur… », glisse le patron de la section de recherches (SR) de Marseille, le colonel Olivier Leblanc, moins d’une semaine après une délicate opération d’interpellation menée dans les Alpes-Maritimes avec l’appui de l’antenne GIGN d’Orange. Depuis des mois, les gendarmes travaillaient sur un groupe criminel aux origines turques et aux ramifications internationales, organisé comme une mafia et soupçonné, notamment, de se livrer à du trafic d’armes.

Mais c’est un simple contrôle routier qui avait mis les enquêteurs sur les traces du réseau, dissimulé dans des lieux insoupçonnés. Il y a un peu plus d’un an, des agents des douanes étaient tombés par hasard sur un automobiliste armé. Saisis de l’affaire, les militaires de la SR étaient alors remontés jusqu’à des figures du crime organisé européen, des ressortissants Turcs, pour certains déjà sous le coup de mandats d’arrêts internationaux. Ils étaient discrètement établis dans de luxueuses villas louées sur la Côte d’Azur, d’où ils menaient grand train.

Plusieurs armes de poing et leurs munitions, comme ce Glock 26, ont été découvertes par les enquêteurs qui ont dû être appuyés par le GIGN.Plusieurs armes de poing et leurs munitions, comme ce Glock 26, ont été découvertes par les enquêteurs qui ont dû être appuyés par le GIGN. Gendarmerie Nationale

Particulièrement méfiants, ces hommes, pour la plupart âgés d’une trentaine d’années, étaient aussi armés au quotidien, d’où le recours au GIGN. « Ce sont des polycriminels qui appartiennent à un groupe connu dans de nombreux pays européens, comme la Belgique ou l’Autriche, où certains étaient déjà recherchés, poursuit le colonel Leblanc. On peut penser qu’ils s’étaient établis sur la Côte d’Azur pour se mettre au vert, établir une base de repli ou de départ. »

L’ombre d’une figure majeure du crime organisé européen

« Dix personnes, toutes de nationalité turque, soupçonnées d’appartenir à cette organisation criminelle dirigée par un individu actuellement incarcéré en Turquie, ont été interpellées et placées en garde à vue », a indiqué ce 15 juin 2026 le parquet de Marseille à l’issue des auditions et du déferrement devant un juge d’instruction de la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs), précisant que neuf des dix suspects mis en examen ont, depuis, été placés en détention provisoire.

Selon nos informations, l’une des personnes interpellées ce 9 juin 2026 en France, Cem E., est considéré comme le « bras droit » de Necati Arabaci. Ce turco-allemand de 54 ans aux faux airs de Mickey Rourke, cadre des Hells Angels, est une figure du crime organisé en Turquie, où il a été une nouvelle fois arrêté en octobre 2025, et se trouve depuis détenu.

Il a également été interpellé à de multiples reprises en Allemagne et condamné au début des années 2000 pour traite des êtres humains, ou encore direction d’une organisation criminelle. Mais l’homme, qui jusqu’en septembre, se mettait en scène sur Instagram au volant d’une Rolls Royce ou aux côtés d’autres grands noms du crime organisé turc (il fait même l’objet d’une fiche sur Wikipedia), poursuivrait ses activités depuis la prison.  

Lors des perquisitions, les gendarmes ont saisi trois armes de poing, des munitions de 9mm, mais aussi plus de 30 000€ en liquide et des objets et véhicules de luxe, dont une Audi R8, pour un montant estimé à près de 1,5M€. Les armes font actuellement l’objet d’expertises. « Pour nous, c’est un dossier emblématique, estime le patron de la section de recherches, car on parvient à déceler et neutraliser en quelques mois une organisation criminelle internationale qui cherchait à s’implanter dans notre zone. »