Après un retard dû aux intempéries, la «Caverne du Pont-Neuf» imaginée par JR, a enfin ouvert ses portes au public. On a tenté l’expérience, laquelle s’achèvera le 28 juin prochain. 

Ce mardi 16 juin, alors que les Parisiens affrontaient l’heure de pointe dans le métro, de nombreux badauds et autres touristes se sont pressés à l’entrée de la «Caverne du Pont-Neuf» sous un soleil qui commençait à poindre. L’œuvre éphémère imaginée par l’artiste JR, a en effet été inaugurée la veille, à 18h, et à la surprise générale, après avoir vu sa date d’ouverture retardée de neuf jours, le temps de réparer la toile imprimée endommagée par de puissantes rafales de vent et des averses violentes. 

Après avoir aperçu les techniciens s’affairer jour et nuit pour effacer en partie les stigmates de l’incident, nous nous réjouissons nous aussi de pouvoir enfin pénétrer à l’intérieur de cette structure gonflable. Une création monumentale de 120 mètres de long et 20 mètres de large, à l’apparence rocheuse et inspirée de l’allégorie de Platon, qui rend hommage au couple Jeanne-Claude et Christo qui, il y a un peu plus de quarante ans, a empaqueté ce pont emblématique, le plus ancien de la capitale. 

© Eléa Jeanne Schmitter/2026 Atelier JR

Désormais engouffrés dans cet immense «boyau» sombre d’une hauteur vertigineuse, nous nous laissons aller à la contemplation, et observons avec attention les lignes et les reliefs de ce trompe-l’œil réaliste. L’illusion fonctionne. Mais en avançant pas à pas sur le bitume qui nous rappelle les milliers de voitures, scooters et vélos qui le foulent chaque jour, nous nous remémorons la promesse faite par JR : «(La Caverne sera) une traversée symbolique, une avancée vers l’inconnu, un voyage en soi, une expérience où le plein et le vide vivront en équilibre». Et là, nous restons sur notre faim. 

Un parcours en sens unique

Si la beauté des lieux est indéniable et nous plonge l’espace de quelques minutes dans une parenthèse hors du temps, l’immersion sonore et olfactive annoncée reste quelque peu survendue. La dimension acoustique sur laquelle a travaillé le compositeur électro Thomas Bangalter, ex-membre des Daft Punk, se confond avec le bruit de la ventilation. Les variations de bruits ne sont pas vraiment perceptibles, tout comme les odeurs souhaitées par la journaliste et spécialiste Sarah Bouasse et la maison de parfumerie Odore Scola pour accompagner le parcours. 

© Carine Schmitt / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Quant à «Echoes», l’expérience immersive en réalité augmentée également proposée et accessible grâce à des QR codes à scanner, elle reste difficile d’accès à moins d’avoir au préalable téléchargé l’application Snapchat. Il est plutôt conseillé de se tourner vers une session «Spectacle» à réserver gratuitement sur echoes-pontneuf.com, laquelle offre une immersion plus concluante avec des lunettes prévues à cet effet. 

A noter que la visite gratuite et ouverte 7j/7 et 24h/24, s’effectue exclusivement en sens unique avec un départ rive gauche, au niveau de l’île de la Cité. Le parcours se termine de l’autre côté de la Seine, face au parvis de la Samaritaine. Une information à prendre en compte. Cela vous évitera un détour d’une dizaine de minutes à pied pour rejoindre l’entrée si vous avez tapé «Pont-Neuf» sur votre GPS.  

A la sortie, les avis sont partagés. Certains crient au «génie», applaudissant «une prouesse artistique, visuelle et technique qui invite à la déconnexion». D’autres s’agacent de «tout ce raffut fait pour un simple barnum installé sur un pont». Mais n’est-ce pas simplement là la définition même de l’art : s’affranchir des conventions et susciter les débats ? En cela, JR et son équipe ont réussi leur pari.