Analyse :
Le fiasco iranien, plus grand échec de Netanyahu depuis le 7 octobre

Après avoir promis une victoire historique, le Premier ministre israélien
se retrouve avec une alliance affaiblie avec Trump
et peu de gains stratégiques à la clé.

Agrandir l’image : Illustration 1

Le président américain Donald Trump
et le Premier ministre Benjamin Netanyahu
se serrent la main lors d’une conférence de presse
après leur rencontre au club Mar-a-Lago de Trump
à Palm Beach, en Floride, le 29 décembre 2025.
Crédit : Jonathan Ernst/Reuters

Amos Harel, Haaretz, mardi 16 juin 2026

L’affaire iranienne s’annonce comme le deuxième plus grand fiasco de la longue carrière du Premier ministre Benjamin Netanyahu, après le massacre perpétré par le Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023. Non seulement la guerre contre le Hamas n’a pas abouti au désarmement complet de l’organisation ni à la victoire totale d’Israël, comme Netanyahu l’avait promis à maintes reprises, mais les premiers résultats en Iran sont décidément peu encourageants du point de vue israélien.

Le président américain Donald Trump cherche à mettre fin à la guerre et à retirer les forces américaines de la région. Et l’accord ne satisfera apparemment qu’une petite partie des attentes de Netanyahu.

Les détails complets de l’accord n’ont pas encore été rendus publics. Mais cette fois-ci, il existe un calendrier précis (le protocole d’accord a été signé lundi memorandum of understanding was signed on Monday et, selon la Maison Blanche, les détails complets seront publiés dans le courant de la semaine). La volonté de Trump de signer était évidente, et elle s’est accompagnée de tensions publiques avec Netanyahu qu’il ne prend plus la peine de dissimuler.

Sur le front libanais, Trump promet un cessez-le-feu. Mais comme d’habitude, il n’est pas entré dans les détails. De son côté, Israël menace de poursuivre les combats dans ce pays et insiste pour que les troupes israéliennes présentes au Liban restent sur place.

Agrandir l’image : Illustration 2

Des fumées s’élèvent suite à un bombardement israélien
près d’un village du sud du Liban, le 14 juin 2026.
Crédit : AFP

Pour les partisans de Netanyahou, ces espoirs déçus ont, une fois de plus, déclenché une crise de confiance. Cela s’était déjà produit lorsque Trump n’avait pas répondu aux illusions de la droite, qui espérait qu’il autoriserait Israël à annexer la Cisjordanie en 2020. Cela s’est reproduit lorsqu’il a contraint Netanyahou à signer l’accord final sur les otages avec le Hamas en octobre dernier.

Mettre fin à la guerre dans ces conditions n’est une bonne nouvelle pour aucun Israélien, car l’Iran semble actuellement être sorti de la guerre encore plus fort et plus déterminé. Il est néanmoins difficile de ne pas ressentir une certaine jubilation face à la détresse des porte-parole de Netanyahou, qui, pendant des mois, ont couvert d’admiration sa brillante manœuvre consistant à entraîner Trump dans une deuxième guerre contre l’Iran. Ils se vantaient également de l’alliance apparemment inébranlable entre les deux dirigeants.

Peu à peu, cependant, même eux ont commencé à réaliser que Trump avait abandonné leur héros Trump has abandoned their hero. Leur réaction a consisté en une avalanche d’insultes à l’encontre des proches du président – mais pas, pour l’instant, à l’encontre de Trump lui-même.

Agrandir l’image : Illustration 3

Le président américain Donald Trump
et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu
à la Knesset le jour du discours de Trump, dans un contexte d’échange
de prisonniers et d’otages et d’accord de cessez-le-feu
négociés par les États-Unis entre Israël et le Hamas, à Jérusalem, le 13 octobre 2025.
Crédit : Evelyn Hockstein/REUTERS

De nombreuses questions subsistent encore au sujet de cet accord. Dans un premier temps, le détroit d’Ormuz devrait être rouvert, ce qui entraînerait la levée de la plupart des sanctions économiques internationales contre l’Iran. Au cours des semaines suivantes, des discussions plus approfondies devraient avoir lieu sur les détails des accords relatifs au programme nucléaire iranien.

Ces derniers jours, Trump a évoqué la possibilité de diluer l’uranium hautement enrichi de l’Iran diluting Iran’s highly enriched uranium plutôt que de le faire sortir du pays. Le diable se cache dans les détails.

Quelle part de l’uranium sera retirée d’Iran ? (Dans le cadre de l’accord nucléaire de 2015, 98 % avaient été envoyés en Russie ; aujourd’hui, un chiffre de 50 % a été évoqué.) Que fera l’Iran de l’uranium enrichi à des niveaux plus faibles ? Quel rôle jouera l’Agence internationale de l’énergie atomique ? Et les Iraniens seront-ils autorisés à poursuivre leurs recherches nucléaires ?

What you need to know about the U.S.-Iran deal – and what it means for Israel Liza Rozovsky
A government addicted to war, blind to its limits Haaretz Editorial
Trump and Netanyahu hurtling toward a rupture that could shock U.S.-Israel ties Ben Samuels

En ce qui concerne les sanctions, des dizaines de milliards de dollars de fonds iraniens gelés, dont certains dans des banques qataries et chinoises, seront débloqués dans un premier temps. Trump tente de se démarquer de ce qu’il a qualifié d’« accord désastreux » signé il y a onze ans par le président américain Barack Obama. Il mettra également en avant les différences par rapport aux accords précédents, afin de se présenter comme celui qui a arraché des concessions aux Iraniens.

Une autre question concerne les manifestations massives que le régime iranien a brutalement réprimées en janvier Iranian regime brutally suppressed in January. L’afflux d’argent constituera une bouée de sauvetage pour le gouvernement, qui était au bord du gouffre avant la guerre récente. Si nous prenons un peu de recul, nous verrons que les États-Unis (et Israël) ont en substance abandonné le peuple iranien, malgré toutes leurs promesses de lui venir en aide.

Agrandir l’image : Illustration 4

Anti-regime protestors in Tehran, in January.
Credit: AP

Les invectives et les critiques que Trump lance à l’encontre de Netanyahou Trump has hurled at Netanyahu depuis maintenant deux semaines d’affilée témoignent de l’intensité des tensions entre les deux hommes. Il est clair que l’influence de Netanyahou sur Trump est limitée. En matière d’affaires moyen-orientales, Trump accorde davantage d’attention aux dirigeants des pays fortunés – l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis.

Une telle issue à la saga iranienne – sans changement de régime, sans fin aux programmes nucléaires et balistiques de l’Iran et avec un préjudice évident pour la relation privilégiée entre Israël et les États-Unis – révèle l’ampleur des dégâts que Netanyahou a causés à la position internationale d’Israël depuis 2023. Ce qui a commencé par la réforme judiciaire a atteint son paroxysme avec la fin qui se profile de la guerre contre l’Iran. Peut-être cela aurait-il pu être évité si Israël n’avait pas poussé les États-Unis à entrer en guerre avec un plan bâclé et des objectifs irréalisables.

L’analyste David Makovsky, de l’Institut de Washington pour la politique du Proche-Orient, a déclaré dimanche au journal Haaretz que Trump restait déterminé à empêcher l’Iran de devenir une puissance nucléaire, une question qui le préoccupe et dont il parle depuis les années 1990. Le président, a ajouté M. Makovsky, n’est pas isolationniste et n’écarte pas le recours à la force militaire, mais il se méfie des guerres longues et sanglantes. Pour lui, il s’agit d’agir rapidement et de manière décisive. C’est ce qu’il a fait lorsqu’il s’est agi d’assassiner le général iranien Qasem Soleimani et le chef de l’État islamique Abu Bakr al-Baghdadi, d’enlever le dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro et de bombarder l’installation nucléaire de Fordow avec des bombardiers B-2, a déclaré M. Makovsky.

Premier test : le Liban
Le premier point de friction entre les États-Unis et Israël pourrait concerner le Liban. Trump a annoncé que l’accord inclurait également le Liban, mais n’a pas encore donné de détails. Si Netanyahou pouvait tenter de brouiller les pistes en ce qui concerne l’Iran, il lui est plus difficile de le faire sur la scène libanaise. Outre la nécessité d’un cessez-le-feu sur ce front, on attend un accord qui garantirait que le Hezbollah ne recommence pas à lancer des roquettes et des drones sur Israël, afin de permettre un retour en toute sécurité des communautés israéliennes situées le long de la frontière Israeli communities along the border.

Agrandir l’image : Illustration 5

Des soldats de Tsahal inspectent les dégâts causés à une maison
par un drone du Hezbollah, le mois dernier,
dans la ville de Metula, au nord d’Israël.
Crédit : Gil Eliyahu

Dimanche, à la suite d’une frappe aérienne israélienne contre des membres du Hezbollah à Dahiyeh, un quartier de Beyrouth, l’Iran a menacé de riposter en tirant sur Israël. Trump a empêché Téhéran de passer à l’acte, mais a ajouté une réprimande publique à l’encontre de Netanyahu. Lundi, le ministre de la Défense, Israel Katz, a annoncé que l’armée israélienne resterait dans les zones de sécurité remain in security areas au Liban, en Syrie et à Gaza pour une durée indéterminée, et que les territoires conquis par Israël seraient vidés de leurs habitants arabes, avec la poursuite de la destruction massive de maisons, comme leçon tirée du 7 octobre. Il est déjà assez grave que Katz semble déterminé à se retrouver un jour devant la Cour pénale internationale de La Haye, mais ses propos sont perçus comme un défi délibéré à la politique américaine. À terme, la Maison Blanche peut s’attendre à un véritable casse-tête quant à la conduite à tenir face à la présence continue de l’armée israélienne dans le sud du Liban et à la manière d’empêcher le réarmement du Hezbollah.

Agrandir l’image : Illustration 6

Des habitants déblaient les décombres sur le site d’une frappe aérienne israélienne
qui a ciblé un immeuble dans la banlieue sud de Beyrouth le 14 juin 2026.
Crédit : AFP/IBRAHIM AMRO

Netanyahu a tenu lundi une conférence de presse relativement rare, donnant l’impression d’être mis au pied du mur. Comme à son habitude, il n’a pratiquement pas évoqué le massacre survenu à la frontière avec Gaza. Il n’a pas non plus fait mention de l’isolement international auquel Israël, sous sa direction, est désormais confronté, ni reconnu la grave crise qui touche ses relations avec Trump. Son affirmation selon laquelle l’Iran se précipitait vers la fabrication d’un engin nucléaire à la veille de la première campagne menée contre lui en juin 2025 est sans fondement, tout comme son affirmation selon laquelle, en l’absence de cette campagne, l’Iran serait déjà en possession de plusieurs bombes nucléaires. Le stock d’uranium enrichi, la question la plus urgente, n’a pas été abordé du tout par Netanyahu. Même l’affirmation selon laquelle le Hezbollah menaçait tout Israël depuis le château de Beaufort, récemment capturé, est sans fondement.

S’il avait été Premier ministre d’un pays doté d’un minimum de sens des responsabilités, Netanyahou aurait probablement démissionné, compte tenu des dommages immenses causés aux relations avec les États-Unis et de l’incapacité à traduire l’avantage militaire substantiel d’Israël sur l’Iran en un accord stratégique qui mettrait un terme à son programme nucléaire pour de nombreuses années. Mais quelqu’un qui n’a même pas envisagé de démissionner le 8 octobre ne le fera apparemment pas maintenant.

Amos Harel, Haaretz, mardi 16 juin 2026 (Traduction DeepL)