Hospitalisé depuis la mi-mars à l’UHSI de Nancy-Brabois, Francis Heaulme , 67 ans, a appris ce mardi qu’il allait une nouvelle fois passer aux assises. Un juge d’instruction du pôle cold-cases de Nanterre vient en effet de renvoyer le tueur en série messin devant la juridiction criminelle des Hauts-de-Seine pour le meurtre de Jean-Joseph Clément, réparateur de machines agricoles de 59 ans découvert mort le 8 août 1989, à Bédarrides (Vaucluse).
Âgée de 60 ans, la victime avait été retrouvée morte au bord de l’Ouvèze, à une cinquantaine de kilomètres de chez lui. Elle était à moitié nue, son visage avait été massacré par une pierre. Un jean taché de sang ne lui appartenant pas avait été découvert près du corps.
Le passage de Francis Heaulme à proximité de l’endroit où Jean-Joseph Clément avait été retrouvé avait été attesté. Le jour du meurtre, le criminel avait en effet été contrôlé par des gendarmes. Le corps du routard présentait plusieurs plaies. Il avait assuré avoir été agressé et hospitalisé.
Interrogé en 1992 et alors qu’il avouait le meurtre d’Aline Peres en Bretagne, Heaulme avait également indiqué qu’il avait tué Jean-Joseph Clément. « C’est moi aussi ». Il avait expliqué avoir obéi à « une pulsion » et avoir frappé l’homme à mort à l’aide d’un pistolet à peinture. Il avait réitéré ces aveux deux mois plus tard. En 2002, Heaulme s’était rétracté et un non-lieu avait été prononcé.
En 2023, le parquet de Reims avait rouvert le dossier à la demande des avocats de la famille Clément, qui avaient évoqué « un mode opératoire » rappelant ceux d’autres meurtres commis par Heaulme, notamment en 1986 à Montigny-lès-Metz. Le tueur en série avait de nouveau été mis en examen. Si les empreintes digitales retrouvées sur le rétroviseur et sur une portière de la voiture de la victime n’avaient pas correspondu à celles d’Heaulme, ce dernier, face aux gendarmes, s’était glissé sans problème dans le jean taché de sang retrouvé sur place. L’instruction avait ensuite été confiée au pôle cold-cases de Nanterre en février 2024.
« C’est à la fois une satisfaction et un regret »
Incarcéré depuis janvier 1992 au lendemain de son interpellation par le gendarme Jean-François Abgrall à Bischwiller (Alsace), Francis Heaulme a été condamné lors de huit procès pour un total de onze meurtres, commis entre 1984 et 1992. Il a écopé de la perpétuité à trois reprises et de 30 ans, trois fois également. Cinq de ses onze victimes ont été tuées en Lorraine : Laurence Guillaume, en 1991 près de Rugy (57), Lyonelle Gineste, en 1984 à Montauville (54), près de Pont-à-Mousson, Annick Maurice, en 1986 à Ogy (57), et Alexandre Beckrich et Cyril Beining, âgés de 8 ans et tués à coups de pierres en septembre 1986, dans ce que la presse a nommé le double meurtre de Montigny-lès-Metz (57).
Le tueur en série Francis Heaulme en 2006, lors d’une opération de reconstitution du meurtre de deux enfants en 1986 à Montigny-lès-Metz. Photo d’archives Hartmann Christian/Sipa
Le tueur en série qui est, en temps normal, détenu depuis 2006 à la centrale d’Ensisheim (Haut-Rhin), aux côtés de Dominique Pélicot, Nordahl Lelandais, Jonathann Daval ou Guy Georges, a par ailleurs obtenu un acquittement, en 1997, devant les assises de la Dordogne, pour le meurtre de Laurent Bureau (19 ans).
« C’est à la fois une satisfaction et un regret », souligne Me Didier Seban, l’avocat de la fille de Jean-Joseph Clément joint ce mardi. « Une satisfaction d’avoir pu, avec notre cliente qui s’est battue pour la vérité, sortir ce dossier qui était dans les oubliettes à Reims, et un regret car les éléments étaient connus depuis fort longtemps. Si la juridiction de Reims avait fait son travail, Heaulme aurait été jugé et condamné depuis longtemps. Ce regret vient s’ajouter à celui qu’il est malade. On espère avoir un procès pour qu’il puisse s’expliquer sur sa participation à ce crime. Un procès avant la fin de l’année ? Nous avons demandé à ce que le dossier soit rapidement audiencé. Un procès peut parfaitement être organisé avant fin 2026 ».
Jointe également, Me Liliane Glock, l’avocate de Francis Heaulme n’a pas souhaité faire de déclaration : « Il faut que je puisse d’abord consulter l’ordonnance de renvoi devant les assises. »