Si la mémoire était une arme, Max Gurney qui vient de fêter ses 105 ans lors d’un dîner à la Mère Germaine serait encore plus redoutable que le jeune GI qu’il était en 1943 lorsqu’il se battait sous l’uniforme américain contre les Allemands.
« Je suis né le 10 juin 1921 en Allemagne où mon père était diplomate pour mettre en place le Traité de Versailles », raconte-t-il.
Après des études en Suisse où il apprend le français et à Londres, le jeune Max rejoint les États-Unis et New York où l’attend son année universitaire.

Décodeur durant la Seconde Guerre mondiale
« Le 7 décembre 1941, en sortant d’un cinéma, nous apprenons l’attaque japonaise de Pearl Harbor et l’entrée en guerre des États-Unis ». Il rejoint d’abord l’artillerie puis comme il parle quatre langues, il est intégré à l’Intelligence service pour décoder les messages de l’ennemi.
S’ensuit un long parcours de combat, d’abord dans les déserts algérien et tunisien avant de débarquer en Italie – « nous étions commandés par le général Patton, l’un des meilleurs chefs que l’Amérique ait eu » – et monter jusqu’au Lac de Grade. « Nous avons réquisitionné une maison, nous y avons dormi et j’ai appris plus tard que c’était le lit que Mussolini avait occupé quelques heures avant », sourit-il, le regard plein de malice.
Ses bureaux au Négresco
Après la guerre, il rentre au service de la compagnie d’aviation PanAm et ouvre la première destination transatlantique, d’abord vers Marseille puis Nice, où il s’installe en 1957. Il partage alors son temps entre ses bureaux au Negresco et Villefranche-sur-Mer. « Mon fils est allé à l’école du Col et je venais très souvent voir la Mère Germaine qui était le lieu de rendez-vous de tous les Américains », se rappelle-t-il.
En 1991, il retourne aux États-Unis, « mais je reviens chaque année sur la Côte et toujours à Villefranche et à Monaco dont je suis devenu le consul à San Diego ». Forçant l’admiration de son entourage et de ceux qui découvrent son histoire, Max Gurney se veut modeste toujours, espiègle un peu.
« Si j’avais un secret, je ne vous le dirais pas. Enfin, je crois que j’ai été un bon garçon, c’est peut-être ça le secret », glisse-t-il avant de revenir et de lâcher un dernier « rendez-vous dans cinq ans pour mon 110e anniversaire ! »