INTERVIEW. Avec son projet de règlement sur l’accélération industrielle (Industrial Accelerator Act, ou IAA), la Commission européenne a ouvert un débat sur les conditions d’accès au marché européen et sur la capacité de l’Union à utiliser la commande publique comme levier de réindustrialisation. Le député Christophe Grudler (Renew Europe, France), rapporteur pour l’IAA, pointe les enjeux sensibles pour certaines filières.

Le débat sur le « Made in Europe » a été lancé en mars 2026 par Stéphane Séjourné, vice-président de la Commission européenne en charge de la prospérité et de la stratégie industrielle. Le projet de règlement sur l’accélération industrielle (Industrial Accelerator Act, ou IAA) marque un tournant dans la doctrine économique européenne : longtemps réticente à conditionner explicitement l’accès à son marché, l’Union cherche cette fois à concilier ouverture commerciale, réindustrialisation et souveraineté économique. L’enjeu de l’IAA est de déterminer jusqu’où la préférence européenne peut devenir un levier de politique industrielle, sans fragiliser les équilibres du marché intérieur, ni les relations commerciales extérieures.

Le sujet est sensible dans des secteurs comme l’automobile, l’acier, l’aluminium, le ciment ou les technologies propres, où la localisation de la production, la structure des coûts et l’accès aux marchés publics influent sur les décisions d’investissement. Les négociations sur l’IAA révèlent également un rapport de force politique entre la Commission européenne, le Parlement qui souhaite restreindre la définition du contenu européen, et des États membres dont les positions évoluent.

LA TRIBUNE – Où en est l’élaboration de l’Industrial Accelerator Act ?

Christophe Grudler : La Commission européenne a présenté sa proposition au mois de mars. Les commissions parlementaires chargées de l’industrie, du marché intérieur et du commerce international travaillent à l’amender. Une première version de notre rapport est prévue début septembre, avec un vote en commission suivi d’un passage en séance plénière en fin d’année 2026.

L’automobile est-elle un cas particulièrement sensible dans ce projet législatif ?

Oui, parce que les chaînes de valeur sont désormais mondiales. Je n’ai aucun problème avec le fait qu’un constructeur européen, comme Volkswagen, produise au Mexique pour servir le marché nord-américain. C’est une logique industrielle cohérente. En revanche, si des véhicules produits hors d’Europe pouvaient bénéficier des mêmes avantages que ceux fabriqués dans l’Union pour accéder aux marchés européens, cela créerait une forte incitation à la délocalisation. C’est précisément ce que nous voulons éviter.