Quand on pense à la peste, on imagine des villes du Moyen Âge décimées par des pandémies mortelles faisant des millions de morts. Pourtant, la peste affecte l’humanité depuis bien plus longtemps.
De précédentes études ont ainsi révélé que cette maladie circulait déjà au sein des populations humaines du Néolithique, il y a environ 5 000 ans. L’ADN de la bactérie Yersinia pestis a en effet été retrouvé dans les os de plusieurs individus au Danemark et en Suède, montrant que ces personnes étaient infectées au moment de leur mort.

Des chercheurs ont retrouvé la bactérie qui a provoqué la première pandémie de l’histoire
Il y a 1 500 ans, l’Europe et le Moyen-Orient affrontaient ce qui est reconnu comme la première pandémie de son histoire : 200 ans de peste qui a ravagé le bassin méditerranéen et pour laquelle un coupable a enfin été révélé…. Lire la suite
Toutefois, la létalité de ces premières souches de peste reste débattue. Pouvaient-elles produire des épidémies comme l’Europe en a connu au Moyen Âge ? Si certains chercheurs considèrent cela comme possible et vont jusqu’à corréler le déclin démographique observé en Scandinavie à la fin du Néolithique à des épidémies de peste, cette interprétation est encore discutée.
En effet, l’analyse du génome des souches anciennes de Yersinia pestis montre que cette bactérie ne possédait pas encore les traits génétiques caractéristiques de la peste bubonique lui permettant de se propager très rapidement via les puces. Les premières épidémies auraient donc pu être moins sévères que celles du Moyen Âge.

Tableau représentant une épidémie de peste au Moyen Âge. © Louis Duveau, Wikimedia Commons, domaine public
La peste déjà présente dans les communautés humaines il y a 5 500 ans
Une nouvelle étude vient cependant apporter des éléments qui permettent de mieux caractériser l’origine de cette maladie bactérienne mortelle.
L’analyse d’ADN humain retrouvé dans quatre cimetières néolithiques dans la région du Lac Baikal, en Sibérie, a en effet permis de mettre en évidence la plus ancienne infection de peste. L’ADN de la bactérie a ici été retrouvée au sein d’une population de chasseurs-cueilleurs datant de 5 500 ans. Ces résultats, publiés dans la revue Nature, révèlent que sur les 48 individus testés, 18 (dont de nombreux enfants) étaient porteurs de la bactérie au moment de leur mort, ce qui représente 40 % de cet échantillon. Un taux relativement fort, qui laisse penser que cette souche ancienne de peste était hautement létale.

Une étude révèle que les chasseurs-cueilleurs ont eu une fin violente en Europe voici 6 000 ans
Une étude portant sur le génome des populations de l’âge de pierre au Danemark révèle que l’arrivée des premières communautés d’agriculteurs a été fatale aux populations locales de chasseurs-cueilleurs. Loin d’avoir été paisible, cette transition entre deux modes de vie s’est soldée par l’éradication de toute une population…. Lire la suite
« En combinant l’ADN de la bactérie, les liens de parenté entre les victimes, les données archéologiques et les datations au radiocarbone, nous avons pu reconstituer avec une précision inédite le déroulement de ces épidémies préhistoriques », explique Ruairidh Macleod, auteur principal de l’étude.

Si la peste est une maladie emblématique du Moyen Âge, cette maladie mortelle frappait déjà au Néolithique. © Rawpixel.com, Adobe Stock
Une peste plus virulente qu’on ne l’aurait pensé
Les datations par radiocarbone ont ainsi permis de révéler que les décès se sont produits dans un intervalle de temps très court, une information qui corrobore l’idée d’une épidémie mortelle. D’ailleurs, plusieurs tombes renferment des membres d’une même famille, frères et sœurs, parents et enfants, semblent ainsi avoir été infectés simultanément.
Mais la découverte la plus importante réside dans l’analyse détaillée du génome de la bactérie. Cette souche ancienne possédait en effet un superantigène unique. Une caractéristique qui n’a jamais été observée dans les souches historiques. Or, les superantigènes sont connus pour déclencher des réactions immunitaires extrêmes et sont associés à de graves complications inflammatoires.
Pour les chercheurs, cette réaction immunitaire disproportionnée aurait pu aggraver la létalité de la maladie, même si sa propagation n’était pas encore aussi efficace que celle des souches du Moyen Âge.
Cette forme de peste ancienne pourrait donc avoir été particulièrement mortelle, notamment pour les enfants. En ce qui concerne la transmission, les auteurs de l’étude suggèrent que la peste, originaire d’Asie centrale ou du Nord-Est, se serait propagée sur le territoire eurasiatique via les rongeurs. Certaines données archéologiques laissent penser que les communautés de chasseurs-cueilleurs étudiées ici auraient quant à elles été infectées via un contact proche avec des… marmottes !
Il y a 5 500 ans, la peste aurait été transmise aux chasseurs-cueilleurs par les marmottes. © Ibex73, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
Si ces résultats se confirment, ils montrent que la peste était déjà capable de provoquer des épidémies meurtrières plusieurs millénaires avant l’apparition des grandes civilisations et bien avant les pandémies qui ont marqué l’histoire écrite.