« Que faire de ces années de vie gagnées ? » En ouvrant le Grand Forum Santé consacré au bien vieillir, organisé par La Provence, le directeur de la rédaction de La Provence Olivier Biscaye pose d’emblée le vrai sujet. La question n’est plus la durée de vie, mais ce que nous en faisons. « La longévité n’est plus un enjeu, elle est une réalité. C’est déjà acté », insiste-t-il. Et la France s’y dirige à grande vitesse : « En 2030, un Français sur trois aura plus de 60 ans. »

Mais vivre plus longtemps ne suffit pas. Encore faut-il vivre mieux : autonome, entouré, soigné, libre de choisir son lieu de vie. Un fil rouge s’impose : le bien vieillir ne commence pas à la retraite. Il se prépare bien avant.

Prévenir avant de réparer

Le docteur Matthieu de Stampa, médecin de santé publique et gériatre au Centre gérontologique départemental de Marseille, pose les bases : le vieillissement « n’est pas une maladie », mais un processus à anticiper par la prévention, du dépistage à l’adaptation du logement. Lucas Langomazino, conseiller municipal délégué aux cantines scolaires et à l’alimentation, prolonge cette idée par l’assiette : mieux manger dès l’enfance, c’est déjà préparer la santé de demain.

Martine Vassal, présidente du Département des Bouches-du-Rhône, ramène l’enjeu au territoire : 589 000 habitants y ont plus de 60 ans, et 128 000 vivent seuls. « Très souvent, on s’occupe du bien vieillir trop tard », regrette-t-elle. Maisons du Bel Âge, accompagnement administratif, lutte contre l’isolement : vieillir chez soi, oui, mais pas seul.

L’État promet une méthode

Moment attendu : l’intervention, en visioconférence, de Camille Galliard-Minier. Pour la ministre déléguée chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées, le vieillissement est « une bonne nouvelle », le fruit des progrès médicaux et sociaux. Mais cette victoire impose à s’organiser. Elle annonce une conférence nationale de l’autonomie à l’automne. Objectif : adapter les réponses aux réalités des territoires. « Pour construire une bonne politique publique, il faut avoir les bonnes données », défend-elle.

Six priorités sont avancées : cartographier les besoins, renforcer la prévention, valoriser les métiers de l’autonomie, diversifier les lieux de vie, transformer les Ehpad en « Maisons France Autonomie » et mieux soutenir les aidants. Une feuille de route qui répond aux préoccupations remontées de la scène marseillaise.

Les aidants en première ligne

Derrière les dispositifs, il y a des proches qui s’épuisent. Laurence Martinez, représentante de l’AIMST/ST Provence, évoque ces salariés qui adaptent leur travail pour accompagner un parent dépendant : « Cela se répercute sur les entreprises », alerte-t-elle.

Jean-Christophe Amarantinis, président du Syndicat des établissements et résidences privées pour personnes âgées (Synerpa), insiste sur les solutions intermédiaires entre domicile et établissement, notamment l’accueil de jour, qui offre du répit aux aidants. Le maintien à domicile suppose donc aides coordonnées, repos et professionnels en nombre suffisant.

Le docteur de Stampa alerte aussi sur l’accès aux soins : autour de Marseille, équipes mobiles, bilans mémoire ou gériatres deviennent parfois plus difficiles à atteindre. La ministre répond par la nécessité de développer « l’aller vers » et la mutualisation.

En une heure, la problématique d’un vrai défi pour la société a été posée : bien vieillir ne relève ni du seul médecin, ni de la seule famille, ni de l’État seul. C’est une chaîne à organiser : soins, logement, alimentation, travail, lien social, aidants. Vivre plus longtemps est une victoire. À condition d’anticiper, avant que l’urgence ne remplace le choix.