Parmi les reproches adressés par la CRC, le fait que la moitié des pistes cyclables soit à « hauteur de trottoir », avec des risques de conflits d’usage. Elle pointe aussi la « ruguosité » du revêtement, comme ici sur le boulevard Sakakini.

/ PHOTO ARCHIVES DAVID ROSSI

Le rapport de la Chambre régionale des comptes Paca sur le Plan vélo 2019-2024 de la Métropole était attendu : ce thème avait été choisi directement lors d’une consultation citoyenne. Avant qu’il ne soit rendu public lors du conseil de la Métropole du mercredi 24 juin, La Provence a pu le consulter. Ses conclusions rejoignent les critiques émises depuis des années par les associations de cyclistes, comme Vélos en ville.

Dans cette enquête flash, les magistrats financiers estiment que si ce plan – le premier du territoire – s’est traduit par « quelques avancées, il n’a pas permis d’atteindre les objectifs fixés en termes d’aménagements cyclables« . En outre, « la qualité des aménagements est inégale ». Le plan laisse apparaître « des disparités sur le territoire de Marseille ». En bref, « l’objectif principal de doter la Métropole Aix-Marseille-Provence d’un réseau de pistes cyclables sécurisées et continues n’est pas atteint, ni en quantité, ni en qualité ».

Pas d’état des lieux au départ

On a coutume de dire que pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient. La Métropole Aix-Marseille-Provence n’a visiblement pas appliqué cet adage, puisque le plan « ne présente pas d’état des lieux ». La représentation des futurs projets est tout juste sommaire puisque la Métropole ne dispose « que d’une illustration de cartographie à l’échelle d’une vignette ». D’entrée, la Chambre explore également une idée reçue : la ville serait trop pentue pour y faire du vélo. « La topographie (est) globalement favorable avec une majorité de son aire urbaine présentant de faibles pourcentages de pente », balaie-t-elle.

Seulement 38 km réalisés sur 107 prévus

Malgré une « ambition modeste » – faire passer la part modale du vélo de 1% à 5% quand elle est de 13% à Bordeaux -, le Plan vélo n’a pas atteint son but. Quand bien même les objectifs ont été revus à la baisse en cours de route. Les 107 kilomètres de réseau sécurisé prévus à Marseille intra-muros pour 2024 ont été ramenés à 85 km. Et seulement 38 km ont finalement été aménagés, même si les données manquent encore : la CRC note que le collectif Vélos en ville – une association d’usagers – est le seul à disposer d’un outil de suivi cartographique.

En revanche, une mention honorable est accordée au service LeVélo de vélos en libre-service qui « a trouvé son public » ou au plan de stationnement, l’action « la plus aboutie du Plan vélo ».

Une qualité à revoir

Les magistrats financiers listent les problématiques auxquelles sont confrontés les cyclistes marseillais. La moitié des « pistes sécurisées » sont situées à « hauteur de trottoir ». C’est-à-dire sans différence de niveau, ce qui peut entraîner des conflits d’usages avec les piétons, les terrasses de commerces ou le mobilier urbain. La qualité du revêtement est également mise en cause, comme sur le cours Lieutaud : « Rugosité nuisant au confort et à l’efficacité de roulage », nids-de-poule, plaques d’égout non affleurantes… Le manque d’entretien des abords et une signalétique défaillante sont également mentionnés. Seuls exemples positifs : les pistes de la Corniche Kennedy et du boulevard Charles-Livon.

Un manque de volonté politique

À l’instar du boulevard Sakakini, « la continuité des aménagements cyclables […] n’est pas à ce jour respectée ». « Cette discontinuité, assumée par la présidente de la Métropole (Martine Vassal, Ndlr), est antinomique avec le concept même de réseau », tance sévèrement le rapport qui rappelle que la moitié des accidents avec des victimes cyclistes ont lieu à des intersections. Pour la Chambre, dans une ville qui « se caractérise par l’omniprésence de l’automobile […] la volonté de laisser tous les choix dans les modes de déplacement des usagers se fait au détriment de ceux dits actifs ».

En creux, la CRC pointe un manque de volonté politique pour faire de la place au Vélo. En témoignent les « coronapistes » : non seulement elles ont été créées « tardivement » à Marseille, en mai 2021, mais en plus, celle du Prado « n’a été mise en service que cinq jours ». La Métropole estimait alors que cette coronapiste n’avait « pas trouvé son public », mais « ce constat ne s’appuie pas sur des données de comptage », critique la CRC, alors même que la crise du Covid a fait bondir nationalement la pratique du vélo en milieu urbain.

Plus globalement, l’esprit qui a guidé au Plan vélo témoigne selon le rapport d’un volontarisme défaillant. Exemple avec la largeur des aménagements cyclables : la moitié ont une taille inférieure « aux recommandations ». La Chambre préconise « un dimensionnement adapté aux flux projetés (futurs, Ndlr) et non à ceux constatés » pour encourager la pratique de la bicyclette.

Dans sa réponse au rapport, le nouveau président de la Métropole Nicolas Isnard (LR) ne reprend pas les reproches de la Chambre. Tout en mettant en avant les complexités administratives de la Métropole pour développer le Plan vélo sur tout le territoire, il promet de prendre en compte les remarques pour la deuxième partie du plan, mis en œuvre à l’horizon 2030. À condition que la Métropole évite d’ici là la sortie de piste…