Depuis trois ans, la part collective du pass Culture, habituellement réservée aux collèges et lycées, est élargie à 135 écoles maternelles et élémentaires marseillaises, souvent situées en Rep ou Rep+. Dotée de 600 000 euros par an, l’expérimentation permet d’identifier les manques culturels sur le terrain et d’y répondre.

« Plus l’éveil à la culture se fait tôt, mieux c’est », insiste Laurence Tison-Vuillaume, en poste depuis mars 2025. Sa journée marseillaise a commencé par un état des lieux avec les équipes éducatives, l’État, la Ville et les acteurs culturels, avant une rencontre avec les élus à la culture et à l’éducation, puis une visite à « l’incontournable » librairie Maupetit, sur la Canebière. Le livre reste, selon elle, « une histoire de cœur » du pass.

La montée de la culture

Dans les écoles marseillaises, la présidente cite avec fierté les ateliers radio et journalisme à Saint-Jérôme-des-Lilas, ou le travail autour de l’orchestre à la Busserine. Des projets qui illustrent une dynamique installée, portée par les pratiques artistiques vivantes. En tête, le théâtre, secteur le plus sollicité.

Pour Laurence Tison-Vuillaume, Marseille incarne cette montée en puissance. Le nombre d’acteurs culturels mobilisés y est passé de 400 à 710. À l’échelle nationale, le pass Culture revendique 5 millions de jeunes touchés, 4,2 millions d’élèves concernés par le volet scolaire en 2024-2025 et 46 000 partenaires. En Paca, 90% des jeunes de 18 ans l’utilisent.

Selon la présidente et les équipes éducatives, cette expérimentation favorise aussi les fondamentaux, la concentration et le travail en équipe. Une manière, selon elle, « d’ouvrir davantage les élèves au monde. »

Casser les barrières

Reste une question : le pass Culture touche-t-il vraiment tous les jeunes ? À Marseille, près de 30% des bénéficiaires vivent en quartier prioritaire, contre 10% au niveau national, et un jeune sur deux réside dans un territoire éloigné.

Pour la présidente, l’enjeu est de rendre visible « l’information culturelle de proximité ». Même si « la culture avec un grand C peut faire peur », avoue-t-elle, le rôle du pass est de « casser cette barrière ».

D’où l’importance de la médiation, des offres proches des habitants – des grandes institutions aux fêtes de quartier – et de la recommandation entre jeunes : « Regarde, vas-y ! C’est pour toi. » imite-t-elle. Manque d’information, représentations sociales, prix ressenti ou mobilité restent toutefois des freins. L’étude de cohorte prévue d’ici la fin de l’expérimentation devra mesurer l’impact réel sur cette « génération pass Culture ».