Poursuivi pour corruption, escroquerie et blanchiment aggravé, l’ex-maire du Kremlin-Bicêtre Jean-Marc Nicolle comparaissait au tribunal de Créteil mercredi. Il y a expliqué les dizaines de milliers de paris hippiques pour lesquels il a confondu ses poches avec celles de son club d’œnologie et de son parti politique.
Ancien conducteur de métro pour la RATP, l’ancien élu de 61 ans a raconté au tribunal comment il a basculé dans l’enfer des paris au PMU sur smartphone aux alentours de l’année 2013, reconnaissant qu’il effectuait de manière irrépressible jusqu’à vingt pronostics par jour. “Je pariais même en réunion”, confesse-t-il, décrivant un mécanisme d’évasion où seul le frisson de la mise comptait, plus que l’appât du gain. Au total, ce sont plus de 45 000 paris qui ont été épluchés par les enquêteurs sur une période allant d’avril 2010 à février 2017, pour un montant d’un peu plus de 700 000 euros.
Plus de 220 000 euros détournés via le club d’œnologie
Pour soutenir cette obsession, l’élu a admis avoir détourné plus de 220 000 euros via les chèques d’entreprises mécènes initialement libellés au nom du club d’œnologie Au Sergent du Kremlin dont il assurait la présidence. S’ajoutent 60 000 euros facturés pour des manuels de formation en grande partie copiés sur internet, et près de 17 000 euros de fausses factures aux frais de la fédération départementale du Mouvement républicain et citoyen (MRC).
S’il concède volontiers avoir franchi la ligne jaune en confondant les poches, l’ancien maire du Val-de-Marne nie la corruption. “L’association, bien sûr qu’il y a eu confusion. La commune non, jamais”, s’est-il vivement défendu à l’audience. Le parquet a en revanche pointé des marchés publics du Kremlin-Bicêtre ou de l’ancienne intercommunalité très opportunément décrochés par les généreux donateurs de son club d’œnologie.
La procureure a estimé que le prévenu avait“failli en tant qu’élu de la République” au profit exclusif de son addiction. Cette existence parallèle, cachée même à son épouse en modifiant frénétiquement les codes d’accès de leurs comptes bancaires est arrivé dans le viseur de la justice en septembre 2016 suite à un signalement des services de Bercy. L’affaire avait éclaté au grand jour début 2018, lors de sa garde à vue. Aujourd’hui reconverti comme consultant et formateur pour les collectivités, Jean-Marc Nicolle, qui réside désormais en Seine-et-Marne, a expliqué avoir vécu la perquisition et l’intervention des forces de l’ordre comme une forme de délivrance.
Candidat malgré tout en 2020
Malgré sa mise en examen, l’ancien élu avait tenté de se représenter aux municipales de 2020, contre son ancien mentor, Jean-Luc Laurent, ex-député-maire de la ville, qui lui avait passé le témoin en 2016, ne se doutant pas du problème d’addiction aux jeux de son adjoint. Battu en 2020, Jean-Marc Nicolle ne s’est pas représenté en 2026. Réélu en maire en 2020, Jean-Luc Laurent est décédé en janvier 2024, remplacé par Jean-François Delage qui a perdu les élections de 2026 face à Lionel Zinciroglu, faisant basculer la ville de gauche à droite.
5 ans d’inéligibilité requis et un an de prison ferme
Le parquet a réclamé une peine de quatre années d’emprisonnement, dont une année ferme aménageable sous bracelet électronique, assortie d’une inéligibilité de cinq ans.