Longtemps cantonnée aux films destinés aux plus jeunes, l’animation est aujourd’hui l’un des secteurs les plus créatifs et les plus dynamiques du 7e art. Portée par des succès publics et critiques, l’animation française traverse une période particulièrement florissante. À deux jours de l’ouverture du Festival international du film d’animation d’Annecy, considéré comme la référence mondiale du genre, les chiffres témoignent de cette vitalité. 14 longs-métrages français ou coproduits par la France figurent dans la sélection officielle de cette édition 2026. Mieux encore, six des onze films en compétition qui concourent pour le Cristal du long-métrage portent les couleurs hexagonales.

Un savoir-faire reconnu

Une réussite qui s’appuie sur un savoir-faire reconnu, des studios de renommée internationale, des écoles parmi les meilleures au monde et un système d’aides publiques qui permet à des œuvres ambitieuses de voir le jour. Ces dernières années, l’animation française a multiplié les succès, des Minions, conçus par Illumination Studios Paris, aux films plus singuliers comme Flow, Arco ou encore Amélie et la métaphysique des tubes. Le secteur n’hésite plus à explorer tous les registres. Histoires intimistes, récits historiques, adaptations littéraires ou documentaires animés : loin des seuls contes pour enfants, l’animation s’adresse désormais à tous.

Parmi les figures emblématiques de ce renouveau, Sébastien Laudenbach présentera à Annecy, après un passage à la Quinzaine des cinéastes, son nouveau film, Carmen, l’oiseau rebelle. Le réalisateur avait déjà marqué les esprits avec Linda veut du poulet ! César du meilleur film d’animation en 2024. Un projet dont l’écriture avait notamment été accueillie en résidence à Casell’Arte, à Venaco. Depuis plusieurs années, cette structure accompagne des auteurs venus de toute la France et contribue à l’émergence de nouveaux talents.

De Casell’arte à Cinetica

Autre rendez-vous qui témoigne de cet intérêt grandissant : le festival Cinetica. Organisé en novembre, à Bastia, il met régulièrement à l’honneur le cinéma d’animation et ses différentes formes, du court au long, de la 2D à la 3D en passant par le stop-motion, tout en favorisant les rencontres avec les professionnels. Par ailleurs, plusieurs projets de longs-métrages d’animation sont actuellement développés sur le territoire. À l’image d’Angélique Cantara qui a récemment dévoilé son projet de réaliser un film d’animation in lingua nustrale. Un développement suivi de près, qui témoigne de l’émergence d’une nouvelle génération de créateurs insulaires. Car derrière la magie des images se cache une véritable filière économique. En France, plusieurs centaines de studios emploient des milliers de professionnels : scénaristes, animateurs, décorateurs, compositeurs ou spécialistes des effets visuels. On pourra découvrir leur travail sur les bords du lac d’Annecy jusqu’au 27 juin. En effet, la sélection 2026 propose, en plus du film de Laudenbach, des œuvres comme Le Corset, de Louis Clichy, In Waves, de Phuong Mai Nguyen, Lucy Lost, d’Olivier Clert, Tangles de Leah Nelson ou encore We Are Aliens, de Kohei Kadowaki. Des films passés par Cannes, tout comme le fantasque et hilarant Jim Queen de Marco Nguyen et Nicolas Athane, actuellement en salle.

In Waves, au cœur de la vague

Présenté en ouverture de la Semaine de la critique, à Cannes, In Waves marque l’arrivée remarquée de la réalisatrice Phuong Mai Nguyen dans le long-métrage. Adapté du roman graphique autobiographique d’AJ Dungo, ce film d’animation français est également en compétition cette semaine au Festival d’Annecy avant sa sortie en salles, le 1er juillet.

À travers une histoire d’amour portée par la passion du surf et traversée par l’épreuve d’un deuil, la réalisatrice livre une œuvre d’une grande sensibilité. Si le sujet peut paraître écrasant, In Waves choisit au contraire la douceur, l’élégance et la lumière. L’émotion y naît moins des grands effets que de la justesse des sentiments et de la délicatesse de la mise en scène. Phuong Mai Nguyen n’a jamais caché le lien intime qu’elle entretient avec l’ouvrage d’AJ Dungo.  » C’est l’un des rares romans graphiques qui m’a permis de mettre des mots sur des émotions que, pendant longtemps, je n’arrivais pas à formuler « , confie-t-elle. Une sincérité qui irrigue tout le film. Visuellement, In Waves séduit par ses couleurs pastel, ses mouvements fluides et sa capacité à traduire en images les élans du cœur. Les vagues, omniprésentes, deviennent autant le symbole des joies que des chagrins qui rythment une existence. Sans jamais sombrer dans le pathos, ce premier long-métrage impressionne par sa maturité et sa pudeur. Une parenthèse de tendresse et de poésie qui va, sans aucun doute, compter parmi les plus belles surprises de l’été.

A l’affiche aussi

Backrooms
de Kane Parsons. 1 h 51

 » Une étrange porte apparaît dans le sous-sol d’un magasin de meubles.  » Phénomène né sur Internet à partir d’une simple image devenue virale, les  » Backrooms  » désignent un univers labyrinthique aux couloirs jaunâtres et infinis, source d’innombrables récits d’horreur en ligne. Âgé de 20 ans, Kane Parsons s’est imposé comme l’une des figures majeures de cet imaginaire grâce à sa série de vidéos visionnée des dizaines de millions de fois sur YouTube. Produit par A24, ce premier long-métrage transpose sur grand écran cet univers inquiétant et minimaliste qui a fasciné toute une génération d’internautes.

Toy Story 5
d’Andrew Stanton et McKenna Harris. 1 h 42

« Buzz, Woody, Jessie et le reste de la bande verront leur travail remis en question lorsqu’ils découvriront que ce qui obsède les enfants d’aujourd’hui s’appelle… l’électronique !  » Trente ans après le premier volet, la franchise phare de Pixar poursuit son aventure en s’intéressant à un sujet très contemporain : la concurrence des écrans et des nouvelles technologies face aux jouets traditionnels. Aux commandes, Andrew Stanton, vétéran du studio et réalisateur du Monde de Nemo et de Wall-E, épaulé par McKenna Harris. L’épisode de trop ? À vous de vous faire une idée en salle !

Shana
de Lila Pinell. 1 h 20

 » Shana traverse les galères du quotidien avec une énergie débordante et le soutien de sa bande de copines. Lorsque sa grand-mère décède, elle hérite d’une bague censée protéger du mauvais œil. Shana a bien besoin de ce coup de pouce. D’autant qu’avec la sortie de prison de son compagnon toxique, les mésaventures s’accumulent !  » Après plusieurs courts-métrages remarqués, dont Le Roi David en 2021, Lila Pinell signe son premier long-métrage. La cinéaste retrouve pour l’occasion sa comédienne Eva Huault, déjà au centre de son précédent film, prolongeant une collaboration née d’un véritable coup de cœur artistique. Entre chronique sociale et comédie teintée de superstition populaire, Shana suit le parcours d’une jeune femme déterminée à reprendre sa vie en main malgré les coups du sort et le retour d’une relation toxique dont elle tente de s’émanciper. Le tout rythmé par les dix plaies d’Égypte.