Ömer Öztürk Interiors : @omerozturkinteriors
Dans le Marais, un appartement historique rénové dans un style « gothique joyeux »
L’architecte Clément Lesnoff-Rocard a transformé un bien historique en un lieu de vie étonnamment lumineux et plein d’humour pour une famille passionnée d’art.
L’architecte Clément Lesnoff-Rocard signe une rénovation ludique dans le Marais : un appartement historique transformé en lieu de vie moderne.
Paris peut être bien des choses : une scène, une promesse, un écran de projection. Mais ce n’est certainement pas un endroit où l’on abat des murs à la légère. Ce qu’a réalisé Clément Lesnoff-dans le Marais avec cet appartement n’en est que plus étonnant : l’architecte a courageusement remis en question toutes les interventions antérieures. Et que reste-t-il quand on enlève le perfectionnisme à ce qui semble parfait ? De la pierre, beaucoup de lumière, des murs arrondis, et la liberté de transformer soudainement 250 ans d’histoire en une sorte de cathédrale de style « gothique joyeux » pour une jeune famille de six personnes.
Là où commence l’histoire de Paris
Le bâtiment en lui-même n’a rien d’ordinaire. Il compte parmi les tout premiers exemples de « promotion immobilière » et a été construit vers 1775, sous le règne de Louis XVI, alors que Paris commençait à se réinventer. Le Marais est longtemps resté un terrain humide, un espace de transition entre la nature et la ville, avant d’être asseché pour la construction du Temple du Marais. L’immeuble Aubert était une expérience : un projet d’habitat collectif, mené par le sculpteur Denis Aubert et son frère, l’architecte André Aubert. Des artistes et des artisans s’y sont installés, créant un environnement qui perdure encore aujourd’hui. C’est peut-être ce mélange originel de pragmatisme et d’imagination audacieuse que Clément Lesnoff-Rocard a perçu lorsqu’il a pénétré pour la première fois dans cet appartement de 160 mètres carrés.

L’enceinte est une pièce unique signée Avantgarde Acoustic. Au-dessus de la Quinta Chair (1985) de Mario Botta est accrochée une œuvre de Martín Ramírez, et au-dessus de celle-ci, un tableau représentant un gaucho maniant le lasso, réalisé par l’artiste allemand Aleksandar Pertemov. Entre les fenêtres : un tableau d’Aloïse Corbaz. La table basse est une trouvaille vintage, tandis que la chaise Pura a été dessinée par Elina Ulvio.
Ludovic Balay; Courtesy of Aleksandar Pertemov, Gemälde; Courtesy of Aloïse Corbaz, Zeichnung; Courtesy of Martin Ramirez, Zeichnung;Le point zéro de la construction
« Le bien avait été parfaitement rénové, et pourtant, il était totalement dépourvu d’âme. Du parquet à chevrons, des murs lisses, bref, l’élégance parisienne habituelle. » Mais rien de tout cela n’avait de valeur aux yeux de l’architecte. « J’essaie toujours de revenir à la vérité d’un lieu. » Il a commencé par ce que l’on pourrait appeler la recherche du point zéro architectural, c’est-à-dire supprimer tout ce qui avait été ajouté et n’était pas nécessaire. Ce qui est apparu, ce sont avant tout les proportions claires, une sorte de mémoire tectonique. Un élément particulièrement marquant a été la cour intérieure ronde à l’arrière, qui s’inscrit comme un écho dans le plan de l’appartement. Pour lui, cette forme circulaire inhabituelle a été déterminante pour la conception du reste de la maison. En entrant dans le bâtiment et en traversant la cour, le regard se porte automatiquement vers le haut, presque comme dans une œuvre « Skyspace » de James Turrell. Le résultat est un espace qui ne se referme pas, mais qui s’ouvre.