La crise entre Kiev et Varsovie s’envenime: des responsables ukrainiens répondent par un geste symbolique

Des drapeaux rouge et noir – la bannière de l’UPA lors de la Seconde guerre mondiale – sont d’ailleurs volontiers brandis en hommage aux soldats ukrainiens tombés au front depuis 2022 pour repousser l’agresseur russe.

Ordre de l’aigle blanc

Il n’en fallait pas plus, pour le que Président nationaliste polonais menace, le 29 mai, de retirer à Volodymyr Zelensky l’Ordre de l’Aigle blanc dont il avait été décoré en 2023 par son prédécesseur, Andrzej Duda, pour sa contribution jugée « exceptionnelle à l’approfondissement des relations d’amitié » entre les deux pays.

Malgré la venue du numéro 2 de Zelensky, Kyrylo Boudanov, à Varsovie et les tentatives de désamorcer la polémique entre les deux pays ces trois dernières semaines, les deux présidents – soumis aux intérêts partisans dans leurs pays respectifs – ont campé sur leurs positions. Et le dénouement drastique est finalement intervenu le 19 juin, avec le retrait de l’insigne par Karol Nawrocki, et son renvoi par la poste – mis en scène le lendemain par son homologue ukrainien.

« La situation ne fait qu’envenimer depuis presque trois anciens présidents – Leonid Koutchma, Viktor Iouchtchenko, Petro Porochenko- et de nombreux autres dignitaires ukrainiens ont aussi rendu leurs médailles.

L’événement est fâcheux pour les deux pays. Et les commentateurs en Pologne y voient tout sauf un hasard du calendrier du côté de Karol Nawrocki, qui mène la vie dure au Premier ministre de centre droit Donald Tusk, depuis son investiture en août 2025.

« L’avantage secret de l’ennemi sert désormais à défendre la démocratie » : l’Ukraine lance une arme inédite contre la RussieConflits internes

La décision du chef de l’État polonais – qui ne s’est encore jamais rendu à Kiev et que l’on sait critique envers une adhésion accélérée de l’Ukraine à l’Union européenne – est intervenue le lendemain d’une rencontre entre Donald Tusk et Volodymyr Zelensky, à Bruxelles. Surtout, elle tombe à six jours de la conférence URC (Ukraine Recovery Conference), dédiée à la reconstruction de l’Ukraine, tenue cette année à Gdansk, dans le nord de la Pologne.

Alors que les plus grands dirigeants européens avaient prévu de faire le déplacement, la présence de Volodymyr Zelensky se retrouve désormais fortement compromise. L’absence du chef d’État ukrainien constituerait une catastrophe pour les autorités mais aussi les milieux d’affaire polonais qui préparent l’événement depuis plusieurs mois. Et cela risquerait d’amoindrir le rayonnement international de la Pologne, qui n’était d’ailleurs pas invitée au rassemblement de l’E3 (Royaume-Uni, France et Allemagne), le 7 juin à Londres pour réaffirmer le soutien à l’Ukraine de ses alliés.

Grzegorz Hryciuk, historien polonais qui a participé à un congrès commun d’historiens polonais et ukrainien, organisé en mai en Pologne confie sa grande frustration. « En tant que personne engagée, à mon niveau, dans le dialogue des historiens polono-ukrainiens, j’ai le sentiment que nos efforts sont réduits à néant […] alors que tout pointait vers un renouvellement du dialogue », écrit-il à la Libre Belgique.

« Il m’est difficile de dire si la décision de Karol Nawrocki était la bonne, mais en tout cas, il ne pouvait pas ne pas se plier à ce qu’il avait dit qu’il ferait », estime de son côté Karolina Romanowska, à la tête de l’Association de réconciliation polono-ukrainienne. L’Ukraine lutte pour sa survie, pour son identité certes, mais dans l’Union Européenne, nous savons qu’il faut parfois renoncer à quelque chose pour le bien de l’autre et la sécurité de tous, c’est comme ça que l’UE s’est construite », rappelle cette descendante de victimes ayant péri en Volhynie en 1943.

Cette trentenaire avoue avoir découvert avec étonnement qu’une des rues d’un village des alentours de Lviv (ouest de l’Ukraine) soit rebaptisée au nom de Vasyl Levkovych, un colonel de l’UPA impliqué dans les massacres de ses ancêtres. « C’est un peu comme si les Ukrainiens nous disaient : vous pouvez procéder à vos exhumations mais ceux qui vous ont assassinés restent nos héros »