Par Matthieu Le Gall

Six ans après son élection à la tête du Parti travailliste, dix-huit mois après avoir offert à la gauche britannique les clés du Parlement de Westminster, Keir Starmer a été éliminé par son propre camp. Honni des élus conservateurs, lâché par ses députés, le premier ministre de Charles III n’a pas résisté à la fronde menée au sein du Labour par le maire de Manchester, Andy Burnham. Ce dernier reproche au locataire du 10 Downing Street son impuissance face à la montée de l’extrême droite outre-Manche.

La démission du premier ministre britannique apparaît comme une énième manifestation de l’instabilité politique qui s’est emparée du Royaume-Uni depuis le Brexit, en 2020. Mais l’effacement de Keir Starmer n’est pas le problème de nos seuls voisins anglais. À 2.500 kilomètres de Londres, dans l’Ukraine en guerre, Volodymyr Zelensky a en effet accueilli à regret l’annonce de ce départ, tant son homologue a prouvé être, à chaque minute de son mandat, un allié indéfectible de Kiev. L’engagement du Royaume-Uni auprès de la France, son leadership au sein de la coalition des volontaires a même donné l’illusion, fugace, que Londres n’avait jamais quitté l’Europe.

S’il est désigné par ses pairs, Andy Burnham deviendra le septième premier ministre britannique en seulement dix ans. Nous verrons alors comment, et à quelle échelle, il poursuit le soutien de Londres à l’Ukraine. Personne n’est irremplaçable et le propre des démocraties libérales est de renouveler ses dirigeants. Mais le rythme du « turnover » britannique est tel qu’il affaiblit aujourd’hui tous les Européens.