Posted On 24 juin 2026
Le 15 juin, Grenoble le Changement publiait l’analyse de la journée « Mairie ouverte » annoncée pour le 20 juin, décortiquant le dispositif avant même qu’il se tienne : gadget participatif conçu pour la photo et dialogue simulé dans un hôtel de ville ordinairement fermé malgré les discours de proximité. Le 20 juin, la journée s’est tenue. Le compte-rendu qu’en fait le Dauphiné Libéré est stupéfiant : tout s’est déroulé à la virgule près comme annoncé. Il est intéressant de se pencher sur ce que ça révèle de la façon dont cette majorité fabrique désormais industriellement le récit qu’elle substitue à la réalité.
SERGE MASSÉ, FIDÈLE AU POSTE
Il faut commencer par le messager. Serge Massé, correspondant du Dauphiné Libéré, signe la couverture de cette journée. Ce n’est pas la première fois que son nom figure dans nos colonnes : en juillet 2024, lors d’une opération de communication municipale similaire à Flaubert, il relatait la présence de « nombreux habitants ». Bruno de Lescure, alors président du comité de liaison des unions de quartier, le corrigeait directement dans les commentaires du DL : « on en compte 25 sur la photo, dont la totalité sont des militants. Aucun habitant lambda ne s’est déplacé ». 2 ans plus tard, le même journaliste procède au même traitement biaisé pour un événement organisé par les Verts.



Les foules ébahies samedi à l’hôtel de ville…
LA MATINÉE « INÉDITE » BOUDÉE PAR LE PUBLIC
Son article décrit une « matinée inédite », des stands thématiques, un quiz de participation citoyenne, une « ambiance volontairement informelle », des « dizaines d’agents » mobilisés, une Caravane des droits.. Le registre de l’enthousiasme tourne à plein régime. Mais les photos de la matinée révèlent une assistance d’une minceur saisissante, aux antipodes de la foule ébahie que suggère la prose de Serge Massé. Significatif de l’arnaque : il ne prend lui-même ne risque aucun chiffre de fréquentation et se réfugie dans la formule commode de « des habitants ». Mais la disproportion entre la réalité de l’événement réel et sa couverture est hallucinant.
« JACQUELINE » : LE TÉMOIGNAGE QUI COCHE TOUTES LES CASES
Le clou de l’article est le témoignage de « Jacqueline ». Elle y dit exactement ce qu’un cabinet de communication aurait écrit : 30 ans sans avoir osé entrer (= l’authenticité grenobloise certifiée), un bureau de maire accessible et sans apparat (= Ruffin désacralisée), une maire « simple, souriante » prenant le temps d’écouter (= l’image de marque souhaitée), un problème de trottoir « vraiment noté » (= l’édile réactive), et pour conclure « cette maison, c’est un peu la nôtre aussi », soit le message politique de la journée, mot pour mot. Comment croire à l’authenticité d’un témoignage qui transpire à ce point les éléments de langage du cabinet de Laurence Ruffin ?
« JE GARDE EN TÊTE CE QU’EST ÊTRE HABITANTE »
Ruffin confie dans l’article qu’elle « garde fortement en tête ce qu’est être habitant de Grenoble ». Il faut rappeler qu’elle n’habite dans la ville que depuis début 2025, date à laquelle elle y a acheté une résidence pour pouvoir s’y présenter aux municipales. L’imposture d’une Maire qui va jusqu’à revendiquer la mémoire intime d’une ville dans laquelle elle n’a jamais vécu avant son élection et à laquelle elle ne connait toujours rien…
Laurence Ruffin en discussion avec des « habitants » : Margot Belair adjointe au Maire (verts), et Jérôme Cucarollo conseiller départemental (verts)
LA CHAÎNE DE PRODUCTION DE PROPAGANDE VERTE
La chaine de propagande est bien rodée. Le cabinet conçoit et calibre l’événement pour l’image souhaitée. Serge Massé produit l’hagiographie. Le témoignage de « Jacqueline » vient sceller le tout. L’article du Dauphiné n’est pas un compte rendu fidèle de la journée, il en est le produit livrable, celui pour lequel l’opération était conçue dès le départ. La communication municipale (3,3 millions d’euros annuels attestés par la Chambre régionale des comptes, un service « coordination générale » de 16 agents fonctionnant comme une sorte de cabinet bis sur fonds publics) ne raconte pas l’événement. Elle le fabrique.
CE QUE L’ARTICLE DE MASSÉ NE CONTIENT PAS
Inutile de chercher, voici ce que vous ne trouverez pas dans le Dauphiné : les lecteurs de badges verrouillant chaque étage les 364 autres jours de l’année ; les courriers du groupe d’opposition Réconcilier Grenoble restés sans réponse depuis le début du mandat ; le refus d’attribuer la commission des finances à l’opposition consacrée par les urnes, comme le veut l’éthique démocratique la plus élémentaire ; la faible affluence de la journée…
FAIRE OUBLIER L’ABSENCE DE FEUILLE DE ROUTE
Et bien sûr les sujets de fond qui n’ont pas pénétré les murs samedi : finances, insécurité, politique du logement, vacance commerciale à 14 %, dégradation de l’espace public… La communication remplit exactement l’espace que l’action laisse vide car plus de 3 mois après son élection, Laurence Ruffin n’a toujours aucune feuille de route et aucune idée de ce qu’elle souhaite faire pour Grenoble.
Ruffin se permet aussi de dispenser ses leçons à la gauche française
TOUT ÉTAIT PRÉVISIBLE AVANT D’ÊTRE MIS SUR PIED
Le plus accablant , c’est que cette opération « porte ouvertes » à l’hôtel de ville a pu être facilement décrite avec précision avant même qu’elle n’existe. Quand un système de communication est à ce point périmé qu’il peut être entièrement anticipé et démonté en amont, c’est bien le signe qu’il a commencé à mourir. La propagande efficace surprendrait alors que celle-ci, dès le premier regard, ennuie profondément à l’image de ce début de mandat.
LA MACHINE À FABRIQUER LE RÉEL
Douze années de Verts/LFI ont produit une machine à fabriquer le réel qui tourne encore, mais dont le bruit de moteur est désormais reconnaissable à des kilomètres à la ronde. Incapable d’inventer quoi que ce soit et entourée par les mêmes personnes que son prédécesseur, Laurence Ruffin a repris l’appareil intact. Ce qui a changé, c’est que les Grenoblois savent désormais de mieux en mieux lire la partition avant qu’elle soit jouée.